Il sortait, et chaque fois qu’il sortait, les gens l’interpellaient en criant : « Ô fuyard ! Avez-vous fui dans la voie de Dieu ? » Au point qu’il resta chez lui et ne sortit plus. Il avait participé à l’expédition de Mu’ta.
J’ai dit : Peut-être qu’un groupe d’entre eux avait effectivement fui lorsqu’ils virent la supériorité numérique écrasante de l’ennemi, lequel se trouvait en bien plus grand nombre. En effet, les Compagnons (que Dieu les agrée) étaient au nombre de trois mille, tandis que, d’après les récits, l’ennemi comptait deux cent mille hommes. Une telle situation justifiait la retraite, comme il est établi. Ainsi, lorsque ces quelques-uns s’enfuirent, les autres tinrent bon, et Dieu leur accorda la victoire, les délivrant des mains de l’ennemi. Ils infligèrent aussi à l’ennemi de lourdes pertes, comme l’ont rapporté al-Wâqidî et Mûsâ ibn ‘Uqba auparavant.
Ce qui corrobore et renforce davantage cette explication, c’est le hadith rapporté par l’imam Ahmad (1) : « Nous raconta al-Walîd ibn Muslim, qui dit : “Safwân ibn ‘Amr m’a rapporté, d’après ‘Abd al-Rahmân ibn Jubayr ibn Nufayr, d’après son père, d’après ‘Awf ibn Mâlik al-Ashja’î : ‘Je partis avec ceux qui partirent avec Zayd ibn Hâritha parmi les Musulmans, lors de l’expédition de Mu’ta. M’accompagnait un auxiliaire venu du Yémen, qui n’avait pour tout équipement que son sabre. Alors, un homme parmi les Musulmans égorgea un chameau, et l’auxiliaire lui demanda un morceau de sa peau, qu’il obtint, et dont il fit une sorte de bouclier. Nous avançâmes et rencontrâmes les armées byzantines, parmi lesquelles se trouvait un homme sur un cheval alezan, muni d’une selle et d’armes dorées. Ce Byzantin s’acharnait sur les Musulmans. L’auxiliaire se posta derrière un rocher, et lorsque le Byzantin passa près de lui, il trancha les tendons de son cheval. Le cavalier tomba, et l’auxiliaire l’acheva, puis s’empara de sa monture et de ses armes. Lorsque Dieu accorda la victoire aux Musulmans, Khâlid ibn al-Walîd le convoqua et lui prit son butin.’”
‘Awf poursuit : “Je me rendis auprès de lui et lui dis : ‘Ô Khâlid, ne sais-tu pas que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a décrété que le butin est à celui qui tue l’ennemi ?’ Il répondit : ‘Oui, mais j’ai trouvé ce butin trop important.’ Je lui dis alors : ‘Tu vas le lui rendre, ou bien je porterai cette affaire devant le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue).’ Khâlid refusa de le lui rendre. Alors, nous nous sommes réunis auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), et je lui ai rapporté l’histoire de l’auxiliaire et l’attitude de Khâlid.”
Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) dit alors : “Ô Khâlid, rends-lui ce que tu lui as pris.”
‘Awf poursuit : “Je dis : ‘Prends donc, ô Khâlid ! Ne t’avais-je pas prévenu ?’ Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) demanda : ‘De quoi s’agit-il ?’ Je lui expliquai, et il se mit en colère, puis dit : ‘Ô Khâlid, ne lui rends pas. Me laisserez-vous tranquille avec mes émirs ? Vous bénéficiez de ce qu’ils ont de bon et ils supportent ce qu’ils ont de pénible.’”
Al-Walîd dit : “J’ai interrogé Thawr au sujet de ce hadith, et il me l’a rapporté d’après Khâlid ibn Ma’dân, d’après Jubayr ibn Nufayr, d’après ‘Awf, dans un récit approchant.” Ce hadith fut également rapporté par Muslim et Abû Dâwud (3), d’après Jubayr ibn Nufayr, d’après ‘Awf ibn Mâlik, dans une version similaire.
Cela implique qu’ils ont remporté un butin, dépouillé les notables de l’ennemi et tué certains de leurs chefs. Il a déjà été mentionné dans le hadith rapporté par al-Bukhârî (4) que Khâlid (que Dieu l’agrée) a dit : “Il s’est brisé dans ma main, au jour de Mu’ta, neuf sabres, et il n’est resté dans ma main qu’un sabre yéménite.”