Rada‘ (1) al-Ahmar. Ils livrèrent alors un combat acharné, et Zayd ibn Hâritha prit l’étendard avant d’être tué, puis Ja‘far le saisit et fut tué à son tour, puis ‘Abd Allâh ibn Rawâha le prit et fut également tué. Ensuite, après les émirs envoyés par le Messager de Dieu ﷺ, les musulmans se mirent d’accord pour désigner Khâlid ibn al-Walîd al-Makhzûmî, et Dieu mit l’ennemi en déroute, accordant la victoire aux musulmans.
Il dit : Le Messager de Dieu ﷺ les envoya au cours de Jumâdâ al-Ulâ, c’est-à-dire l’an huit.
Mûsâ ibn ‘Uqba déclara : On rapporte que le Messager de Dieu ﷺ a dit : « Ja‘far est passé devant moi parmi les anges, il vole comme ils volent, et il est doté de deux ailes. »
Il poursuivit : On rapporte – et Dieu sait mieux – que Ya‘lâ ibn Umayya revint auprès du Messager de Dieu ﷺ avec des informations sur les gens de Mu’ta. Le Prophète ﷺ lui dit alors : « Si tu le souhaites, raconte-moi ce qui s’est passé ; sinon, je te l’annoncerai moi-même. » Ya‘lâ répondit : « Raconte-moi, ô Messager de Dieu. » Le Prophète ﷺ leur raconta donc tout ce qui était arrivé et le leur décrivit. Ya‘lâ déclara alors : « Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, tu n’as omis aucun détail de leur histoire sans le mentionner, et leur affaire est exactement comme tu l’as racontée. » Le Messager de Dieu ﷺ conclut : « Dieu a élevé la terre pour moi si bien que j’ai vu l’endroit où ils se sont battus. »
Cette version comporte donc de nombreux enseignements qui ne se trouvent pas chez Ibn Ishâq. Elle contredit également son récit, selon lequel Khâlid n’aurait fait que dégager les siens pour échapper aux Byzantins et aux Arabes chrétiens. Or, Mûsâ ibn ‘Uqba et al-Wâqidî affirment clairement qu’ils vainquirent les troupes byzantines et les Arabes qui les accompagnaient, ce qui concorde avec le hadith déjà cité, rapporté d’Anas (version marfû‘) : « Puis l’étendard fut pris par une épée parmi les épées de Dieu, et Dieu accorda la victoire grâce à lui. » Ce hadith est rapporté par al-Bukhârî (2). C’est également l’avis privilégié par l’hâfiẓ al-Bayhaqî (3), après avoir mentionné les deux positions, en raison du hadith cité.
Je dis : Il est possible de concilier les propos d’Ibn Ishâq avec ceux des autres en avançant que, lorsque Khâlid reçut l’étendard, il se dégagea avec les musulmans pour les libérer des Byzantins et des Arabes mécréants. Puis, au matin, il réorganisa l’armée en un flanc droit, un flanc gauche, une avant-garde et une arrière-garde, comme l’a indiqué al-Wâqidî. Les Byzantins crurent alors que les musulmans avaient reçu des renforts et, lorsque Khâlid lança l’assaut, ils furent mis en déroute par la permission de Dieu. Dieu est plus savant.
Cependant, Ibn Ishâq (4) a rapporté que Muhammad ibn Ja‘far lui transmit, d’après ‘Urwa, qu’au retour des compagnons de Mu’ta, le Messager de Dieu ﷺ les accueillit, accompagné des musulmans. Des enfants accouraient, tandis que le Prophète ﷺ avançait avec le groupe, monté sur sa monture. Il dit : « Prenez les enfants et portez-les, et amenez-moi le fils de Ja‘far. » On lui présenta alors ‘Abd Allâh, qu’il installa devant lui. Les gens se mirent alors à leur jeter de la terre en leur criant : « Ô vous les fuyards, avez-vous donc fui sur le sentier de Dieu ? » Le Messager de Dieu ﷺ déclara : « Ils ne sont pas des fuyards, mais ce sont des assaillants qui reviendront à la charge, si Dieu le veut. »
Ce hadith est mursal selon cette chaîne de transmission et il est étonnant. Pour ma part, je pense qu’Ibn Ishâq s’est mépris, croyant que cela visait l’ensemble de l’armée. En réalité, cela ne concernait que ceux qui avaient fui au moment de la rencontre entre les deux troupes, alors que les autres ne fuirent pas et furent victorieux, comme l’a rapporté le Messager de Dieu ﷺ.