Il a été jugé licite de tuer l’animal par crainte que l’ennemi n’en tire profit, ainsi que l’affirme Abou Ḥanīfa au sujet des moutons qui ne suivent pas la marche, et pour lesquels on redoute que l’ennemi ne les rejoigne et ne s’en serve. Dans un tel cas, on les égorge et on les brûle afin d’empêcher cet avantage. Dieu est plus savant.
As-Suhaylī (1) a déclaré : « Personne ne reprocha cet acte à Jaʿfar, preuve qu’il est permis [si l’on craint] que l’ennemi s’en empare, et cela n’entre pas dans l’interdiction de tuer un animal sans raison valable. »
Ibn Hishām (2) a rapporté : « Quelqu’un en qui j’ai confiance parmi les savants m’a dit que Jaʿfar saisit l’étendard de sa main droite qui fut coupée, puis il le prit de sa main gauche qui fut également coupée, avant de le serrer contre sa poitrine jusqu’à ce qu’il fût tué, à l’âge de trente-trois ans. Dieu le gratifia alors de deux ailes au Paradis grâce auxquelles il vole où il veut. On raconte également qu’un homme parmi les Romains le frappa ce jour-là d’un coup qui le coupa en deux. »
Ibn Isḥāq (3) a rapporté : « Yaḥyā ibn ʿAbbād ibn ʿAbd Allāh ibn az-Zubayr m’a transmis, de la part de son père, ʿAbbād, qui disait : “Mon père, qui m’a allaité et qui était l’un des Banū Marrah ibn ʿAwf, m’a informé que lorsque Jaʿfar fut tué, ʿAbd Allāh ibn Rawāḥah saisit la bannière et avança à cheval. Il se réprimandait intérieurement, hésitant un peu, puis il dit (4) :
[vers de rajez]
« Je jure, ô mon âme, que tu iras (au combat),
Que tu y iras de gré ou de force !
Même si les gens se lancent et poussent de grands cris,
Pourquoi te vois-je répugner au Paradis ?
Il y a si longtemps que tu es dans l’assurance…
N’es-tu qu’une goutte au fond d’une outre ? »
Il ajouta également :
[vers de rajez]
« Ô mon âme, si tu ne meurs pas, tu mourras (quand même) !
Voici la mort : tu y as déjà goûté.
Ce que tu désirais t’a été accordé.
Agis comme tes deux compagnons et tu seras guidée ! »
Il faisait allusion à ses deux compagnons : Zayd et Jaʿfar. Puis il descendit de sa monture. C’est alors qu’un cousin lui apporta un morceau de viande et lui dit : « Fortifie-toi avec cela, car tu as subi bien des épreuves ces derniers jours. » Il en arracha une bouchée, puis il entendit soudain le fracas du combat dans un coin de l’armée et s’exclama : « Et toi, es-tu encore en ce monde ?! » Il jeta alors la viande, s’empara de son épée et s’élança au combat jusqu’à ce qu’il fût tué — que Dieu lui accorde Sa miséricorde.
Ensuite, Thābit ibn Aqrām, membre des Banū al-ʿAjlān, prit la bannière et s’écria : « Ô musulmans, désignez un homme parmi vous ! » Ils lui dirent : « C’est toi ! » Il répondit : « Je ne le ferai pas. » Les combattants se mirent donc d’accord pour donner la bannière à Khālid ibn al-Walīd. Lorsque celui-ci la saisit, il tint l’ennemi en respect et les repoussa, puis il se retira et les autres se retirèrent avec lui, jusqu’à ce qu’il ramène les troupes en sûreté.