« Ô Zayd, Ô Zayd des montures élancées… la nuit s’est allongée, sois bien guidé et descends ! »
Ibn Isḥāq (1) rapporte :
« Ensuite, l’armée avança jusqu’à ce qu’elle atteigne les confins du Balqāʾ, où les troupes d’Héraclius – composées de Byzantins et d’Arabes – leur firent face dans un village du Balqāʾ appelé Mashārif. L’ennemi approcha alors, et les musulmans se retirèrent dans un autre village nommé Muʾta. Ils s’y rencontrèrent, et les musulmans se disposèrent pour la bataille. Sur leur aile droite, ils placèrent un homme de Banū ʿUdhra nommé Qoṭbah ibn Qatāda, et sur leur aile gauche un homme parmi les Anṣār nommé ʿAbāyah ibn Mālik. »
Al-Wāqidī (2) déclare : « Rabiʿah ibn ʿUthmān m’a rapporté, d’après al-Maqburī, d’après Abū Hurayra, qui a dit : “J’ai assisté à la bataille de Muʾta. Lorsque les polythéistes se rapprochèrent de nous, nous vîmes une force qu’aucun homme n’aurait pu affronter : un déploiement de troupes, d’armes, de chevaux, de brocart, de soie et d’or. Ma vue en fut éblouie. Thābit ibn Aqram s’adressa alors à moi : ‘Ô Abū Hurayra, aurais-tu l’impression de faire face à une armée innombrable ?’ Je répondis : ‘Oui.’ Il répliqua : ‘Tu n’étais pas des nôtres à Badr ; ce n’est pas grâce au nombre que nous avons été secourus.’” » Ce récit est rapporté par al-Bayhaqī (3).
Ibn Isḥāq (4) poursuit : « Puis les deux armées s’affrontèrent et combattirent. Zayd ibn Ḥāritha combattit avec l’étendard du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) jusqu’à ce qu’il tombe transpercé par les lances de l’ennemi. Alors Jaʿfar s’empara de l’étendard et combattit [avec lui ; quand la bataille s’intensifia], il bondit de sa jument alezane et la sabra, puis il lutta jusqu’à être tué. Ainsi, Jaʿfar fut le premier parmi les musulmans à sabrer sa monture en Islam. »
Ibn Isḥāq (6) rapporte encore : « Yaḥyā ibn ʿAbbād [ibn ʿAbd Allāh ibn al-Zubayr, d’après son père ʿAbbād] m’a raconté : “Mon père, qui m’a allaité, faisait partie des Banū Murra ibn ʿAwf et participa à cette expédition, la bataille de Muʾta. Par Dieu, j’ai encore devant les yeux la scène de Jaʿfar sautant de sa jument alezane avant de la sabrer, puis combattant jusqu’à être tué, tout en disant :
‘Ô que le Paradis est plaisant et proche,
Délicieux, à la boisson rafraîchissante !
Les Romains sont là, leur supplice s’est approché :
Infidèles, leur ascendance nous est lointaine !
Je m’engage, si je les rencontre, à leur porter de rudes coups !’” »
Ce hadith a également été rapporté par Abū Dāwūd (7) d’après Ibn Isḥāq, sans mentionner la poésie. Et l’on s’en est servi comme preuve