Le chemin de la conversion à l’Islam de Khâlid ibn al-Walîd
Al-Waqidî (1) a dit : « Yahyâ ibn al-Mughîra ibn ‘Abd al-Rahmân ibn al-Hârith ibn Hishâm m’a rapporté avoir entendu son père raconter de la part de Khâlid ibn al-Walîd : “Lorsque Dieu voulut pour moi le bien qu’Il avait décrété, Il insuffla l’Islam dans mon cœur et me rendit lucide. Je me suis alors dit : ‘J’ai combattu dans toutes ces batailles contre Muhammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), et jamais je ne le quitte sans éprouver en moi-même la certitude d’être engagé dans une cause vaine, tandis que lui finira par triompher.’ Puis, quand le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) sortit pour al-Hudaybiyya, je partis avec une troupe de cavaliers polythéistes. Nous rencontrâmes le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) et ses compagnons à ‘Usfân. Je me postai face à lui et me mis en embuscade. Il accomplit alors avec ses compagnons la prière de midi devant nous. Nous songeâmes à les attaquer, mais nous n’en fûmes pas résolus — c’était un bienfait — et il prit connaissance de notre dessein. Il fit ensuite avec ses compagnons la prière de l’après-midi selon la “Prière de la crainte”. Cela produisit sur nous un grand effet, et je me dis : ‘Cet homme est sous la protection divine.’ Il s’éloigna donc de nous, prit un autre chemin et s’écarta de la route de notre cavalerie.
Lorsqu’il conclut le traité avec Quraysh à al-Hudaybiyya, et que Quraysh l’en écarta pour un temps, je me dis : ‘Qu’est-ce qu’il me reste désormais comme issue ? Où aller ? Chez le Négus ? Mais il a déjà rejoint Muhammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), et ses compagnons y vivent en sécurité. Partir auprès de Héraclius ? Pour quitter ma religion et devenir chrétien ou juif, afin de demeurer parmi des étrangers dont je dépends ? Ou bien rester dans mon pays ? Sur qui pourrais-je alors compter ?’
J’étais encore dans ces pensées lorsque le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) entra à la Mecque pour accomplir la ‘Umrat al-Qadâ’ (la ‘Omra de “réparation”) ; je me cachai alors et n’assistai pas à son entrée. Mon frère, al-Walîd ibn al-Walîd, était quant à lui entré avec le Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) pendant cette ‘Umra. Il me chercha, mais ne me trouva pas. Il m’écrivit alors une lettre où il était dit : ‘Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Pour en venir au fait, je n’ai jamais rien vu d’aussi étonnant que l’égarement de ton jugement concernant l’Islam, alors que tu es doué d’une raison ! Qui d’autre ignorerait l’Islam ? Le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) m’a interrogé à ton propos en disant : “Où est Khâlid ?” Je lui ai répondu : “Dieu nous l’amènera.” Le Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) a alors déclaré : “Un homme comme lui ne saurait être ignorant de l’Islam. S’il engageait sa vaillance et sa force aux côtés des musulmans, ce serait bien meilleur pour lui, et nous l’aurions préféré à d’autres.” Reprends-toi au plus vite, ô mon frère, car tu as déjà laissé échapper de bonnes occasions !’
Khâlid poursuit : ‘Lorsque je reçus sa lettre, je me hâtai de partir et je fus encore plus enhardi à embrasser l’Islam. Le fait que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) se soit enquis de moi me procura une grande joie. J’ai alors vu en rêve que je me trouvais dans un pays sec et exigu, avant d’en sortir pour une terre verdoyante et vaste. Je me suis dit : “C’est là une vision.” Quand j’arrivai à Médine, je résolus d’en parler à Abû Bakr, qui me dit : “C’est ton départ par lequel Dieu t’a guidé vers l’Islam, alors que l’étroitesse représente l’idolâtrie dont tu sortais.”’
Khâlid raconte encore : ‘Quand je décidai de partir rejoindre le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), je me suis demandé : “Qui m’accompagnera auprès de lui ?” Je rencontrai alors Safwân ibn Umayya et lui dis : “Ô Abû Wahb, ne vois-tu pas dans quelle situation nous sommes ? Nous sommes comme des molaires (prêtes à être arrachées), tandis que Muhammad triomphe déjà sur les Arabes et les non-Arabes. Si nous le rejoignions et que nous le suivions, l’honneur de Muhammad serait aussi le nôtre.” Mais Safwân refusa catégoriquement et me répondit : “S’il ne restait plus au monde que moi, je ne le suivrais jamais.” »