Al-Himyari l’interrogea à ce sujet, et celui-ci lui répondit : « Tu es tombé sur la personne la mieux renseignée. J’ai accompli le pèlerinage l’année d’Ibn az-Zubayr, lors de la première entrave, et j’ai offert une bête à sacrifier. Mais on nous a empêchés d’accéder à la Maison sacrée, si bien que j’ai immolé dans le périmètre sacré, puis je suis retourné au Yémen. J’ai alors dit : “J’ai pour exemple le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix).” Lorsque l’année suivante je suis revenu en pèlerinage, j’ai rencontré Ibn ‘Abbâs et je l’ai interrogé à propos de l’animal que j’avais déjà immolé : devais-je le remplacer ou non ? Il me répondit : “Oui, remplace-le. Car le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) et ses Compagnons ont remplacé les bêtes qu’ils avaient immolées l’année où les polythéistes les avaient empêchés (d’entrer à La Mecque). Ils les ont remplacées lors de la ‘Umra al-Qadâ’. Comme les chamelles étaient devenues rares pour eux, le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) leur a permis d’offrir des bovins.” »
Al-Wâqidî (1) rapporte : « Ghanim ibn Abî Ghanim m’a relaté, d’après ‘Abd Allâh ibn Dînâr, d’après Ibn ‘Umar, que le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) plaça Nâjiyya ibn Jundub al-Aslamî à la tête des bêtes de sacrifice, allant devant lui pour leur trouver de quoi paître dans les arbres, accompagné de quatre jeunes gens de la tribu d’Aslam. Le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) avait en effet mené soixante chamelles destinées au sacrifice lors de la ‘Umra al-Mudayya (ou “de la réparation”). »
Il ajoute (2) que Muḥammad ibn Nu‘aym al-Mujmir, d’après son père, d’après Abû Hurayra, a dit : « J’étais moi-même avec celui qui s’occupait de ces bêtes, les conduisant. » Al-Wâqidî (3) poursuit : « Le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) avança en prononçant la talbiya, et les musulmans l’accompagnaient en faisant de même. De son côté, Muḥammad ibn Maslama partit avec la cavalerie jusqu’à Marr az-Zahrân, où il trouva quelques membres de Quraysh. Ils l’interrogèrent et il répondit : “Voici le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) qui se préparera à faire étape ici demain, si Dieu le veut.” Ils aperçurent alors de nombreuses armes avec Bashîr ibn Sa‘d ; ils s’empressèrent de retourner vers Quraysh pour leur décrire ce qu’ils avaient vu. Quraysh fut saisie de frayeur et s’écria : “Par Dieu, nous n’avons commis aucun acte hostile ! Nous sommes toujours fidèles à notre traité, pourquoi donc Muḥammad viendrait-il nous attaquer avec ses compagnons ?” »
Le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) s’arrêta alors à Marr az-Zahrân. Il envoya les armes à l’intérieur de la vallée de Ya’jj, tout près des bornes délimitant le sanctuaire sacré. Quraysh dépêcha alors Mikraz ibn Ḥafṣ ibn al-Aḥnaf avec un groupe de Quraysh, qui le rejoignirent dans la vallée de Ya’jj, tandis que le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) était avec ses compagnons, les bêtes de sacrifice et les armes, qui s’étaient tous réunis. Ils dirent : « Ô Muḥammad, nous ne t’avons jamais connu, ni jeune ni adulte, coupable de traîtrise. Viendrais-tu donc pénétrer dans le sanctuaire armé contre ton peuple, alors que tu avais promis de n’entrer qu’avec l’équipement ordinaire du voyageur, c’est-à-dire le sabre dans son fourreau ? » Le Prophète (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) répondit : « Je ne compte pas pénétrer (dans la ville) avec des armes. » Mikraz ibn Ḥafṣ dit : « C’est bien ce que nous attendons de toi : la droiture et la fidélité. » Puis il se hâta de retourner avec ses compagnons vers La Mecque et annonça : « Muḥammad n’entrera pas armé, il reste conforme à ce qu’il vous avait promis. »
Quand Mikraz ibn Ḥafṣ rapporta ce qu’il avait vu au sujet du Prophète (que Dieu lui accorde bénédiction et paix), Quraysh sortit de La Mecque jusqu’aux sommets des montagnes, abandonnant la ville, et disant : « Nous ne voulons pas le voir, ni lui ni ses compagnons. » Le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) ordonna alors que les bêtes de sacrifice soient conduites devant lui, et elles furent retenues à Dhu Tuwa. Puis le Prophète (que Dieu lui accorde bénédiction et paix) sortit avec ses compagnons, monté sur sa chamelle nommée al-Qaṣwâ’, et les compagnons formaient un cercle tout autour de lui en proclamant la talbiya, épées au côté. Lorsqu’il arriva à Dhu Tuwa, il s’arrêta sur sa monture.