Il était accompagné de trois cents musulmans, et son guide était Ḥusayl ibn Nuwaira, celui qui avait servi de guide au Prophète (ﷺ) [vers Khaybar]. C’est ce qu’a rapporté al-Wāqidī (1).
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Expédition d’Abū Ḥadrad vers al-Ghāba
Yūnus rapporte d’après Muḥammad ibn Isḥāq (2) : « L’histoire d’Abū Ḥadrad et de son expédition à al-Ghāba est celle que m’a transmise Jaʿfar ibn ʿAbd Allāh ibn Aslam, qui la tenait d’Abū Ḥadrad. »
Abū Ḥadrad dit : « J’ai épousé une femme de mon peuple, à qui j’ai attribué une dot de deux cents dirhams. Je me rendis alors auprès du Messager de Dieu (ﷺ) pour lui demander son aide au sujet de mon mariage. Il me demanda : “Quelle somme as-tu donnée en dot ?” Je répondis : “Deux cents dirhams.” Il s’exclama : “Subḥān Allāh ! Par Dieu, même si vous les tiriez d’une quelconque vallée, je n’ai rien dont je puisse te faire don.” Je patientai quelques jours.
Puis survint un homme de la tribu de Jusham ibn Muʿāwiya, appelé Rifāʿa ibn Qays ou Qays ibn Rifāʿa, à la tête d’un important groupe de Jusham. Il s’installa parmi les siens à al-Ghāba, dans l’intention de rallier Qays contre le Messager de Dieu (ﷺ). C’était un homme de renom et d’importance chez Jusham.
Abū Ḥadrad poursuit : « Le Messager de Dieu (ﷺ) me convoqua, moi et deux autres musulmans, puis nous dit : “Partez et obtenez des informations précises sur cet homme.” Il mit à notre disposition une chamelle chétive (shārif), et l’un de nous la monta. Par Dieu, elle ne parvenait pas à se lever tant elle était faible : on dut la soutenir par derrière pour qu’elle se remette debout, ce qui ne fut pas aisé. Il déclara alors : “Servez-vous de celle-ci pour avancer tant bien que mal.”
Nous partîmes avec nos armes — arcs, flèches et épées — jusqu’à ce que nous arrivions près du camp, au coucher du soleil. Je me cachai dans un endroit, et j’ordonnai à mes deux compagnons de se poster dans un autre secteur du camp. Je leur dis : “Quand vous m’entendrez pousser le takbīr (Allāhu akbar) et charger le camp, faites de même et attaquez avec moi.” Par Dieu, nous attendions ainsi, guettant un moment d’inattention, jusqu’à ce que la nuit soit tombée et que l’obscurité se soit installée.
Ils avaient un berger qui faisait paître les troupeaux dans le secteur, mais qui tarda à revenir, ce qui suscita leur inquiétude. Leur chef, Rifāʿa ibn Qays, se leva, saisit son épée et la passa autour de son cou, en disant : “Par Dieu, je dois m’assurer de l’état de notre berger ; il lui est peut-être arrivé un malheur.” Plusieurs de ses compagnons l’en dissuadèrent : “Par Dieu, ne pars pas, nous nous en chargerons.” Il répondit : “Personne ne s’en occupera à part moi.” Ils reprirent : “Alors, nous t’accompagnons.” Il objecta : “Par Dieu, aucun de vous ne me suivra !”
Il partit donc et passa près de moi. Au moment opportun, je lui décochai une flèche qui l’atteignit au cœur. Par Dieu, il ne prononça pas un mot. Je bondis ensuite sur lui et lui tranchai la tête, puis je me dirigeai vers le camp en criant le takbīr, et mes deux compagnons firent de même de leur côté. Par Dieu, ce ne fut plus qu’une fuite générale : ils s’étaient enfuis en emportant leurs femmes, leurs enfants et tout ce qu’ils pouvaient de leurs biens.
Nous nous emparâmes alors d’un grand nombre de chameaux et d’un important troupeau de moutons que nous amenâmes au Messager de Dieu (ﷺ). J’arrivai avec la tête de leur chef, et le Prophète m’attribua treize chameaux de ce butin pour ma dot, me permettant de réunir ma famille. » (3)