J’ai dit :
Les Juifs de Khaybar ont prétendu, à une époque postérieure à l’an trois cent (de l’Hégire), détenir un document émanant du Messager de Dieu (ﷺ), où il aurait annulé le paiement de la jizya pour eux. Certains savants se sont laissés tromper par ce document, au point de déclarer la jizya levée à leur égard. Parmi les chaféites, il y a notamment eu le cheikh Abou ‘Alî Ibn Khayrûn qui l’a affirmé. Or, ce document est un faux, mensonger et falsifié, sans aucun fondement. J’ai démontré son caractère invalide à partir de nombreux éléments dans un ouvrage dédié à ce sujet. Plusieurs de nos compagnons ont également mentionné et réfuté ce document dans leurs livres, comme Ibn al-Sabbâgh dans son “Al-Shâmil” et le cheikh Abou Hâmid dans son “Ta‘lîq”. De plus, Ibn al-Musallamah a composé un fascicule indépendant pour le contredire.
Après l’an sept cents (de l’Hégire), ils s’agitèrent de nouveau autour de ce document et produisirent un texte comprenant la même version que celle rapportée par nos compagnons dans leurs ouvrages. Lorsque je l’ai consulté, j’ai constaté qu’il s’agissait d’une forgerie : il portait notamment la signature de Sa‘d ibn Mu‘âdh, qui était déjà décédé avant la bataille de Khaybar, ainsi que celle de Mu‘âwiyah ibn Abî Sufyân, qui n’avait pas encore embrassé l’Islam à ce moment-là. On trouvait à la fin : « Rédigé par ‘Alî ibn Abû Tâlib », ce qui comporte une faute de langue (car l’on dit « par ‘Alî ibn Abî Tâlib ») et une erreur manifeste. Par ailleurs, on y mentionnait la suppression de la jizya alors même qu’elle n’était pas encore instaurée. En effet, elle fut instituée pour la première fois et prélevée sur les habitants de Najrân, lesquels, d’après les récits, seraient venus en l’an neuf de l’Hégire, et Dieu sait mieux.
Ibn Ishâq a ensuite rapporté (1) : « Nâfi‘, le client d’Abdallah ibn ‘Umar, m’a rapporté d’après Ibn ‘Umar : “Je suis parti avec al-Zubayr ibn al-‘Awwâm et al-Miqdâd ibn al-Aswad vers nos biens situés à Khaybar pour les surveiller. À notre arrivée, nous nous sommes dispersés chacun vers sa propriété. Pendant la nuit, alors que je dormais, j’ai subi une agression pendant laquelle mes bras ont été gravement blessés au niveau des coudes. Je me suis alors mis à appeler à l’aide, et mes deux compagnons sont venus me trouver. Ils m’ont demandé : Qui t’a fait cela ? J’ai répondu : Je l’ignore. Ils se sont occupés de moi, puis m’ont ramené devant ‘Umar. Celui-ci a dit : ‘C’est l’œuvre des Juifs.’ Puis il s’adressa à la population en ces termes : ‘Ô gens ! Le Messager de Dieu (ﷺ) avait passé un accord avec les Juifs de Khaybar, selon lequel nous pourrions les expulser quand bon nous semblerait. Or, voilà qu’ils s’en sont pris à ‘Abdallah ibn ‘Umar, lui causant ce que vous savez, de même qu’ils avaient déjà agressé un homme des Ansârs auparavant. Nous ne doutons pas qu’ils en soient les auteurs, n’ayant point d’autre ennemi dans cette région. Que ceux d’entre vous qui possèdent des biens à Khaybar s’y rendent, car je vais expulser les Juifs.’ C’est ainsi qu’il les expulsa.” »
J’ai dit : ‘Umar ibn al-Khattâb possédait une part du butin de Khaybar dont il avait fait un waqf (donation pieuse) pour la cause de Dieu, et il en avait fixé les conditions selon les recommandations du Messager de Dieu (ﷺ), comme cela est attesté dans les deux recueils authentiques (2). Il y stipulait que l’administration (nadhar) de ce waqf devait revenir à la personne la plus apte parmi ses filles et ses fils.
L’hâfiẓ Abou Bakr al-Bayhaqî dit dans son ouvrage “Dalâ’il” (3) : « Voici un ensemble de récits portant sur les expéditions militaires qui ont eu lieu après la conquête de Khaybar et avant la ‘Umrat al-Qaḍiyyah, même si la date précise de certaines d’entre elles n’est pas clairement établie par les spécialistes du Maghâzî. »