Après trois jours, al-‘Abbâs se rendit auprès de la femme d’al-Hajjâj et lui demanda : « Qu’est devenu ton mari ? » Elle l’informa alors qu’il était parti tel jour, en ajoutant : « Qu’Allah ne te peine point, ô Abû al-Fadl ! Nous avons eu grand chagrin à la nouvelle qui t’est parvenue. » Il répondit : « Oui, qu’Allah ne me peine pas. Il ne s’est rien produit, louange à Allah, si ce n’est ce que nous aimions : Allah a accordé la victoire à Son Messager à Khaybar, les flèches d’Allah y ont été tirées, et le Messager d’Allah (ﷺ) a choisi Safiyya pour lui-même. Si tu souhaites rejoindre ton mari, alors va le retrouver. » Elle dit : « Par Allah, je te crois. » Il reprit : « En vérité, je suis sincère. L’affaire est bien telle que je te l’ai décrite. »
Il se rendit ensuite dans les assemblées de Quraysh. Quand il passait devant eux, ils disaient : « Rien de mal ne t’arrivera, ô Abû al-Fadl ! » Il leur répondit : « Rien de fâcheux ne m’est parvenu, louange à Allah. Al-Hajjâj ibn ‘Allât m’a informé qu’Allah a ouvert Khaybar à Son Messager, que les flèches d’Allah y ont été lancées, et que le Prophète a choisi Safiyya pour lui-même. Al-Hajjâj m’a aussi demandé de garder cela secret trois jours, car il était venu récupérer ses biens et tout ce qu’il possédait ici, puis repartir. »
C’est ainsi qu’Allah retourna la tristesse des musulmans contre les polythéistes. Les musulmans – ainsi que ceux qui s’étaient enfermés chez eux, abattus – sortirent pour gagner la demeure d’al-‘Abbâs afin d’apprendre la nouvelle. Les musulmans se réjouirent, tandis qu’Allah reporta sur les polythéistes la tristesse, la rage et l’affliction qu’ils ressentaient.
Cette chaîne de transmission répond aux conditions retenues par al-Bukhârî et Muslim, et, parmi les auteurs des six recueils de hadith, seul an-Nasâ’î (1) la rapporte, par l’intermédiaire d’Is’hâq ibn Ibrâhîm et de ‘Abd ar-Razzâq, avec un texte dont le sens est semblable. Al-Hâfizh al-Bayhaqî (2) l’a également transmise par la chaîne de Mahmûd ibn Ghaylân, puis ‘Abd ar-Razzâq. Il existe une autre version (3) par la voie de Ya‘qûb ibn Sufyân, depuis Zayd ibn al-Mubârak, Muhammad ibn Thawr et Ma‘mar, qui en rapportent une semblable.
Mûsâ ibn ‘Uqbah mentionne aussi dans son « Maghâzî » (4) que Quraysh avait contracté d’importants paris et marchés : certains affirmaient que Muhammad et ses compagnons allaient l’emporter, tandis que d’autres imaginaient que leurs alliés et les Juifs de Khaybar triompheraient. Al-Hajjâj ibn ‘Allât as-Sulamî (puis al-Bahzî) s’était déjà converti et avait assisté avec le Messager d’Allah (ﷺ) à la conquête de Khaybar. Il était marié à Umm Shaybah, la sœur [des Banû] ‘Abd ad-Dâr ibn Qusayy. Al-Hajjâj possédait d’importants biens, ainsi que des mines sur les terres de Banû Sulaym. Quand le Messager d’Allah (ﷺ) triompha à Khaybar, il autorisa al-Hajjâj, qui lui en fit la demande, à se rendre à la Mecque pour rassembler ses biens. Dès lors, al-Hajjâj mit en œuvre ce qu’il a été dit plus haut, et Allah est plus savant.
Ibn Ishâq (5) précise : « Parmi les poèmes composés au sujet de l’expédition de Khaybar figure celui de Hassân (6), de mètre al-Khafîf. »