Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Il m’est indispensable, ô Messager de Dieu, de parler.» Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) répondit : «Parle donc.» Hajjaj poursuivit : «Je suis alors sorti et, lorsque j’arrivai à La Mecque, je trouvai à Thaniyya al-Bayda’ des hommes de Quraysh qui tendaient l’oreille aux nouvelles, s’interrogeant sur la situation du Messager de Dieu. Ils avaient appris qu’il était en route vers Khaybar, sachant qu’il s’agissait d’une cité du Hijaz pourvue de champs fertiles, de fortifications et d’hommes. Ils questionnaient les voyageurs sur les derniers développements.

Quand ils m’aperçurent, ils dirent : “Voici Hajjaj ibn ‘Illat — par Dieu, il doit être au fait de l’information. Renseigne-nous, ô Abou Muhammad, car on nous a rapporté que ‘celui qui sème la rupture’ (en parlant du Prophète) est parti vers Khaybar, une terre juive et région nourricière du Hijaz.”» (Hajjaj précisa qu’ils ne savaient pas alors qu’il s’était converti à l’islam.) «Je répondis : “J’en ai effectivement entendu parler, et je détiens une nouvelle qui vous réjouira.” Alors ils se serrèrent autour de ma chamelle en disant : “Dis-nous, Hajjaj !” Et je dis : “Il a subi une défaite dont on n’a jamais entendu pareille, ses compagnons ont été massacrés d’une façon inouïe, et Muhammad a été fait prisonnier. On raconte même qu’ils ne le tueront pas avant de l’avoir envoyé à La Mecque pour qu’on l’exécute là-bas, en représailles des hommes qu’il avait fait périr parmi vous.”»

Hajjaj poursuit : «Ils se levèrent alors, clamant la nouvelle à La Mecque en criant : “Voici le dernier rapport ! Voilà Muhammad ! Ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’il ne soit amené parmi vous pour que vous l’exécutiez sous vos yeux.” Puis je leur dis : “Aidez-moi à rassembler mes biens à La Mecque et à régler les dettes que j’y ai, car je veux me rendre à Khaybar pour tirer profit de ce qu’il restera du butin de Muhammad et de ses compagnons avant que d’autres marchands ne m’y devancent.” Aussitôt, ils se mirent à rassembler pour moi tout ce qui m’appartenait à La Mecque, d’une manière plus rapide que tout ce que j’avais pu voir jusque-là.

Je retournai ensuite auprès de ma compagne et lui dis : “Donne-moi mon argent — j’en ai besoin, car j’aimerais peut-être partir vers Khaybar afin de profiter des opportunités de négoce avant que d’autres marchands ne s’y rendent.” Lorsque la nouvelle parvint à al-‘Abbas ibn ‘Abd al-Muttalib de ma part, il vint me trouver pendant que j’étais assis dans une tente appartenant à des marchands, et me dit : “Ô Hajjaj, qu’est-ce donc que cette histoire que tu rapportes ?” Je répliquai : “As-tu la discrétion nécessaire pour ce que j’ai laissé chez toi en dépôt ?” Il répondit : “Oui.” Je lui dis alors : “Eloigne-toi de moi pour le moment, le temps que je finisse de collecter mon argent comme tu le vois. Ensuite, je te rejoindrai en secret.”»

Hajjaj ajoute : «Lorsque j’eus fini de rassembler tout ce que je possédais à La Mecque et que je fus prêt à partir, je rencontrai al-‘Abbas et lui dis : “Garde mon secret, ô Abou al-Fadl, car je crains qu’on ne me poursuive. Fais-le pendant trois jours, ensuite tu pourras révéler la vérité. — C’est entendu, répondit-il. — Eh bien, par Dieu, j’ai laissé ton neveu (le Prophète) en pleine liesse : il vient d’épouser la fille du chef de ce peuple (Safiyya bint Huyayy), il a conquis Khaybar et s’est emparé de tout ce qu’elle contenait. Tout est désormais à lui et à ses compagnons.” Al-‘Abbas l’interrogea : “Que dis-tu là, Hajjaj ?” Et je repris : “Oui, par Dieu ! Tais-toi cependant jusqu’à mon départ. Sache aussi que je me suis converti à l’islam et que mon seul objectif en venant ici était de récupérer mes biens de crainte qu’on ne m’en prive. Une fois trois jours passés, divulgue ce que tu voudras, et par Dieu, je ne t’ai dit que la stricte vérité.”»

Hajjaj poursuit : «Trois jours plus tard, al-‘Abbas mit ses plus beaux habits, se parfuma, prit son bâton, puis sortit pour faire le tawaf (circumambulation) autour de la Ka‘ba. À sa vue, les Quraysh lui dirent : “Ô Abou al-Fadl, voilà que tu prends une apparence élégante alors que tu es censé être affligé par ce désastre !” Mais il répliqua : “Non, par Dieu, je jure par Celui en qui vous prêtez serment que Muhammad a conquis Khaybar. Il est resté là-bas, nouvelle mariée, aux côtés de la fille de leur roi, il a saisi leurs biens qui sont à présent en sa possession et à celle de ses compagnons.” Ils lui demandèrent alors : “Qui t’a informé de cela ?” Et il leur répondit : “Celui qui vous a rapporté vos rumeurs ! Il est entré chez vous converti à l’islam pour reprendre ses biens, puis il est parti rejoindre Muhammad et ses compagnons.” Ceux de Quraysh s’écrièrent : “Au secours !”»

(1) Dans (Ā) : « vous regardez ». (2) C’est-à-dire : se parfume avec le khulūq (nature, tempérament).
لا بد لي يا رسول اللّه من أن أقول. قال: "قل" . قال الحَجَّاج: فخرجت حتى [إذا] قدمت مكّة، وجدت بثنيَّة البيضاء رجالًا من قريش يستمعون الأخبار، ويسألون عن أمر رسول اللّه، وقد بلغهم أنه قد سار إلى خيبر، وقد عرفوا أنها قرية الحجاز؛ ريفًا ومَنَعةً ورجالًا، وهم يتجسَّسون الأخبار من الرُّكبان، [فلمَّا رَأَوني] قالوا: الحَجَّاج بن عِلَّاط - قال: ولم يكونوا علموا بإسلامي - عنده واللّه الخبر، أخبرنا يا أبا محمد، فإنه قد بلغنا أن القاطع قد سار إلى خيبر، وهي بلد يهود وريف الحجاز. قال: قلت: قد بلغني ذلك، وعندي من الخبر ما يسرُّكم. قال: فالتبطوا بجنبي ناقتي يقولون: إيه يا حجاج. قال: قلت: هزم هزيمة لم تسمعوا بمثلها قطُّ، وقد قتل أصحابه قتلًا لم تسمعوا بمثله [قطُ] وأسر محمد أسرًا، وقالوا: لا نقتله حتى نبعث به إلى مكة، فيقتلوه بين أظهرهم بمن كان أصاب من رجالهم. قال: فقاموا وصاحوا بمكة، وقالوا: قد جاءكم الخبر، وهذا محمد، إنما تنتظرون (١) أن يقدم [به] عليكم، فيقتل بين أظهركم. قال: قلت: أعينوني على جمع مالي بمكّة [و] على غُرمائي، فإني أُريد أن أقدَم خيبر، فأُصيب من فَلِّ محمد وأصحابه قبل أن يسبقني التُّجار إلى ما هنالك. قال: فقاموا فجمعوا لي ما كان لي كأحثِّ جمع سمعت به. قال: وجئت صاحبتي فقلت: مالي - وكان عندها مال موضوع - فلعلي ألحق بخيبر فأصيب من فرص البيع قبل أن يسبقني التُّجار. قال: فلما سمع العباس بن عبد المطَّلب الخبر وجاءه عني، أقبل حتى وقف إلى جنبي وأنا في خيمة من خيام التُّجار، فقال: يا حَجَّاج، ما هذا الذي جئت به؛ قال: قلت: وهل عندك حفظ لما وضعت عندك؟ قال: نعم. قال: قلت: فاستأخر عنّي حتى ألقاك على خَلاء؛ فإني في جمع مالي كما ترى، فانصرف عنّي حتى أفرُغ. قال: حتى إذا فرغت من جمع كلِّ شيء كان لي بمكة، [و] أجمعت الخروج، لقيت العباس فقلت: احفظ عليَّ حديثي يا أبا الفضل، فإني أخشى الطلب، ثلاثًا، ثم قل ما شئت. قال: أفعل. قلت: فإني واللّه لقد تركت ابن أخيك عَروسًا على بنت ملكهم - يعني صَفِيّة بنت حُييٍّ - وقد افتتح خيبر، وانتثل ما فيها، وصارت له ولأصحابهء قال: ما تقول يا حجاج؟ قال: قلت: إي واللّه، فاكتم عني، ولقد أسلمت، وما جئت إلَّا لآخذ مالي؛ فرقًا من أن أغلب عليه، فإذا مضت ثلاث فأظهر أمرك، فهو واللّه [على ما تحبُّ. قال: ] حتى إذا كان اليوم الثالث، لبس العباس حلَّة له وتخلَّق (٢) وأخذ عصاه، ثم خرج حتى أتى الكعبة فطاف بها، فلمَّا رأوه قالوا: يا أبا الفضل، هذا واللّه التَّجلُد لحرِّ المصيبة. قال: كلَّا واللّه الذي حلفتم به، لقد افتتح محمد خيبر، وتُرك عَروسًا على بنت ملكهم، وأحرز أموالهم وما فيها، وأصبحت له ولأصحابه. قالوا: من جاءك بهذا الخبر؟ قال: الذي جاءكم بما جاءكم به، ولقد دخل عليكم مسلمًا وأخذ ماله، فانطلق ليلحق بمحمد وأصحابه فيكون معه. فقالوا: يا لَعباد الله،
(١) في (آ): "تنظرون". (٢) أي: تطيب بالخلوق.

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