«–– N’êtes-vous pas pour moi comme un père ? demandait-il. Ils répondirent : “Mais oui.” Il poursuivit : “Ne suis-je pas pour vous comme un fils ?” Ils répondirent : “Bien sûr.” Il demanda alors : “Me soupçonnez-vous de quelque chose ?” Ils répondirent : “Non.” Il dit : “Ne savez-vous pas que j’ai appelé au secours les gens de ‘Ukādh, et quand ils tardèrent à me répondre, je suis venu à vous avec ma famille, mes enfants et ceux qui m’ont obéi ?” Ils dirent : “Oui.” Il ajouta : “Une proposition judicieuse vous a été faite : acceptez-la et laissez-moi aller le rencontrer.” Ils lui dirent : “Va le voir.” Il se rendit donc auprès du Prophète (ﷺ) et se mit à lui parler. Le Prophète (ﷺ) lui exposa alors ce qu’il avait déjà dit à Budayl.
À ce moment, ‘Urwa s’exclama : “Ô Muḥammad, si tu extermines ton peuple, as-tu jamais entendu qu’un Arabe ait détruit les siens avant toi ? Et s’il en va autrement, par Dieu, je ne vois ici que des hommes d’origines diverses, capables de fuir et de t’abandonner.” Abou Bakr rétorqua : “Va sucer le clitoris d’al-Lāt ! Te figure-tu que nous allons l’abandonner ?” ‘Urwa demanda : “Qui parle ?” On lui répondit : “C’est Abou Bakr.” Il reprit : “Par Celui dont dépendent mon âme, si je n’avais à te rendre une faveur, je t’aurais répondu !”
Ensuite, ‘Urwa continua de s’adresser au Prophète (ﷺ), et chaque fois qu’il parlait, il lui saisissait la barbe. De son côté, al-Mughīra ibn Shu‘ba se tenait debout près du Prophète (ﷺ), l’épée à la main et portant un casque. Chaque fois qu’‘Urwa avançait la main vers la barbe du Messager de Dieu (ﷺ), al-Mughīra la repoussait avec le fourreau de son épée en disant : “Ôte ta main de la barbe du Messager de Dieu (ﷺ).” ‘Urwa leva la tête et demanda : “Qui est-ce ?” On lui dit : “C’est al-Mughīra ibn Shu‘ba.” ‘Urwa s’écria : “Ô traître ! N’étais-je pas en train de négocier pour effacer ta trahison ?”
En effet, avant l’Islam, al-Mughīra ibn Shu‘ba avait accompagné des gens, puis il les avait tués et s’était emparé de leurs biens, avant de venir embrasser l’Islam. Le Prophète (ﷺ) lui dit à ce sujet : “Pour ce qui est de ton Islam, il est valable ; mais quant à ces biens, je n’y suis pour rien.”
‘Urwa se mit alors à observer les Compagnons du Messager de Dieu (ﷺ). Il déclara : “Par Dieu, jamais le Messager de Dieu (ﷺ) ne crachait sans que son crachat ne tombât dans la main de l’un d’eux, qui s’empressait de s’en frotter le visage et la peau. S’il leur donnait un ordre, ils s’empressaient de l’exécuter. Lorsqu’il faisait ses ablutions, ils étaient sur le point de se disputer pour recueillir l’eau de son ablution. Quand ils prenaient la parole devant lui, ils parlaient à voix basse. Par respect, ils ne le regardaient jamais fixement.”
‘Urwa retourna alors auprès des siens et leur dit : “Ô mon peuple, par Dieu, j’ai été en délégation auprès des rois ; j’ai vu César, Chosroès et le Négus. Par Dieu, je n’ai jamais vu un roi que ses sujets vénèrent autant que les Compagnons de Muḥammad vénèrent Muḥammad. Par Dieu, il ne crache pas sans que l’un d’eux ne recueille son crachat pour s’en enduire le visage et la peau ; quand il leur ordonne quelque chose, ils accourent pour l’accomplir ; quand il fait ses ablutions, ils manquent de se battre entre eux pour récupérer l’eau de son ablution ; quand ils parlent en sa présence, ils baissent la voix ; et, par respect, ils évitent de le fixer du regard. C’est une proposition de bon sens qu’il vous a soumise, alors acceptez-la !”
Quelqu’un parmi les Banū Kināna dit : “Laissez-moi aller le voir.” Ils lui répondirent : “Va donc.” Lorsqu’il apparut devant le Prophète (ﷺ) et ses Compagnons, celui-ci déclara : “C’est untel, il fait partie d’un peuple qui vénère les bêtes consacrées (pour le sacrifice). Envoyez-les-lui.” On les lui envoya, et les gens allèrent à sa rencontre en prononçant la talbiya. Lorsqu’il vit cela, il s’exclama : “Gloire à Dieu ! On ne saurait empêcher ces gens d’accéder à la Maison Sacrée.” Une fois de retour parmi les siens, il dit : “J’ai vu ces bêtes marquées et ornées de colliers ; je ne pense pas qu’ils seront empêchés d’aller à la Maison (sainte).”
Alors un autre se leva, nommé Mikrāz ibn Ḥafṣ, et déclara : “Laissez-moi y aller.” Ils lui répondirent : “Vas-y.” Quand il s’approcha, le Prophète (ﷺ) annonça : “Voici Mikrāz, c’est un homme pervers.” Il se mit à discuter avec le Prophète (ﷺ), mais voilà que Suhayl ibn ‘Amr arriva. Selon Ma‘mar, Ayyūb raconta d’après ‘Ikrima qu’à l’arrivée de Suhayl ibn ‘Amr, le Prophète (ﷺ) dit : “Votre cause vient d’être facilitée.”
Ma‘mar poursuit, citant le récit d’al-Zuhrī : “Suhayl arriva alors et dit : ‘Viens, rédigeons un pacte entre nous.’ Le Prophète (ﷺ) appela le scribe et déclara : ‘Écris : Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.’ Suhayl s’y opposa en disant : ‘Quant à “le Très Miséricordieux”, par Dieu, je ne sais pas ce que c’est. Écris plutôt : Au nom de Toi, ô Dieu, comme tu avais l’habitude de le faire.’” »