Abd al-Raḥmân ibn ʿUyayna mena une attaque contre les chamelles du Messager de Dieu (ﷺ). Il en tua le gardien et, accompagné de quelques hommes à cheval, se mit à les poursuivre.
Alors je dis : « Ô Rabâḥ, monte sur ce cheval, rejoins Ṭalḥa et informe le Messager de Dieu (ﷺ) qu’on a attaqué son troupeau. » Je me plaçai ensuite sur un tertre, le visage tourné vers Médine, et j’appelai trois fois : « Yâ ṣabâḥâh ! » (au secours, ce matin !). Puis je partis à la poursuite de ces hommes, muni de mon épée et de mes flèches. Je commençai à leur décocher des flèches et à blesser leurs montures, profitant de l’abondance des arbres. Si un cavalier rebroussait chemin pour m’attaquer, je me mettais à l’abri d’un tronc, puis je lui lançais mes flèches. Ainsi, pas un d’entre eux ne parvenait à m’approcher sans que je blesse son cheval. Je criais : « Je suis le fils d’al-Akwaʿ, et aujourd’hui est le jour des nourrissons ! »
Je rattrapai l’un d’eux, le touchai d’une flèche qui lui traversa l’épaule : « Reçois cela, je suis le fils d’al-Akwaʿ… aujourd’hui est le jour des nourrissons ! » Lorsque j’étais dissimulé parmi les arbres, je les harcelais de flèches ; et quand les passages se rétrécissaient, je gravissais la montagne et leur lançais des pierres. Je ne cessai de les poursuivre et de scander mes vers jusqu’à ce que tout ce que Dieu avait créé comme monture appartenant au Messager de Dieu (ﷺ) se trouve finalement derrière moi, arraché de leurs mains. Je continuai alors à les cribler de flèches jusqu’à ce qu’ils abandonnent plus de trente lances et plus de trente manteaux dont ils cherchaient à s’alléger ; chaque fois qu’ils en laissaient quelque chose, j’y empilais des pierres à l’intention du Messager de Dieu (ﷺ).
Lorsque le soleil fut haut dans le ciel, ʿUyayna ibn Badr al-Fazârî vint les renforcer pendant qu’ils se trouvaient dans un col étroit. Je gravis la montagne pour les dominer. ʿUyayna demanda : « Qu’est-ce que je vois là ? » On lui répondit : « Nous subissons la détresse que nous inflige cet homme depuis l’aube jusqu’à maintenant : il nous a tout repris et l’a mis derrière lui. » ʿUyayna dit : « Sans la certitude qu’il s’attend à des renforts derrière lui, il vous aurait déjà laissés. Que quelques-uns d’entre vous montent donc vers lui. » Quatre d’entre eux s’avancèrent alors pour grimper la montagne.
Quand je les entendis, je leur dis : « Me reconnaissez-vous ? » Ils demandèrent : « Qui es-tu ? » Je répondis : « Je suis le fils d’al-Akwaʿ. Par Celui qui a honoré le visage de Muḥammad, si l’un d’entre vous me pourchasse, il ne m’attrapera pas ; et si c’est moi qui le poursuis, il ne me fuira pas. » Et l’un d’eux dit : « Je doute fort… » Je restai à ma place jusqu’à ce que je vis apparaître des cavaliers du Messager de Dieu (ﷺ) qui traversaient les arbres : le premier était al-Akhram al-Asadî, suivi d’Abû Qatâda, le cavalier du Messager de Dieu (ﷺ), puis al-Miqdâd ibn al-Aswad al-Kindî. Les polythéistes s’enfuirent alors, et je redescendis de la montagne pour saisir la bride du cheval d’al-Akhram.
Je lui dis : « Ô Akhram, avertis-les (prends garde) : je crains qu’ils ne te surprennent ; modère-toi jusqu’à ce que le Messager de Dieu (ﷺ) et ses Compagnons te rejoignent. » Il répondit : « Ô Salama, si tu crois en Dieu et au Jour dernier, et que tu sais que le Paradis est vrai et que l’Enfer est vrai, ne t’interpose pas entre moi et le martyre. » Je lâchai alors la bride de son cheval. Il rejoignit ʿAbd al-Raḥmân ibn ʿUyayna, qui se retourna contre lui : ils échangèrent chacun une lance. Al-Akhram blessa ʿAbd al-Raḥmân, mais ce dernier le poignarda et le tua, puis prit la monture d’al-Akhram. Abû Qatâda arriva sur ces entrefaites, croisa lui aussi ʿAbd al-Raḥmân ; ils échangèrent deux coups de lance. Abû Qatâda blessa son adversaire, puis le tua, et prit à son tour la monture d’al-Akhram.
Je continuai alors à courir derrière ces hommes au point de ne plus voir la poussière des Compagnons du Prophète (ﷺ). Ils s’arrêtèrent avant le coucher du soleil dans un défilé où coulait une eau appelée Dhû Qurd et voulurent y boire. M’apercevant lancé à leur poursuite, ils s’en détournèrent et s’engagèrent plus loin dans le col de Dhî Bi’r. Le soleil se coucha. Je rattrapai l’un d’eux et lui décochai une flèche. Je lui dis :