Le roi me dit : « Quelque chose ? »
Je répondis : « Oui, ô roi, je t’ai apporté une grande quantité de peaux. » Puis je les lui présentai, et il les trouva à son goût et en eut envie. Ensuite, je poursuivis : « Ô roi, j’ai vu un homme sortir de chez toi ; c’est l’émissaire d’un homme qui nous est ennemi. Remets-le-moi que je le tue, car il a porté tort à nos notables et à nos meilleurs hommes. »
Le roi se mit alors en colère. Il leva la main et frappa son propre nez d’un coup qui me fit croire qu’il se l’était brisé. Si la terre s’était fendue à ce moment-là, j’y serais volontiers entré tant j’étais terrifié. Je lui dis alors : « Ô roi, par Dieu, si j’avais su que tu désapprouvais cela, je ne te l’aurais pas demandé ! » Il répliqua : « Oserais-tu me demander de te livrer l’émissaire d’un homme à qui parvient le grand message (l’Ange) qui se rendait auprès de Moïse, pour que tu le tues ? » Je répondis : « Ô roi, serait-ce donc ainsi ? » Il s’exclama : « Malheur à toi, ‘Amr ! Obéis-moi et suis-le, car par Dieu il est dans le vrai et il triomphera de ses opposants, tout comme Moïse fils de ‘Imrân triompha de Pharaon et de ses armées. »
Je dis alors : « Veux-tu me prêter allégeance, ô roi, pour que j’entre dans l’islam ? » Il répondit : « Oui. » Il me tendit la main et je lui prêtai allégeance en embrassant l’islam. Je sortis donc retrouver mes compagnons ; mon opinion avait changé, mais je tus mon islam. Plus tard, je partis trouver le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) afin de me convertir. En chemin, je croisai Khâlid ibn al-Walîd, peu avant la conquête (de La Mecque), qui venait de La Mecque. Je lui dis : « Où vas-tu, Abou Sulaymân ? » Il répondit : « Par Dieu, la vérité est désormais claire : cet homme est réellement un prophète. Je pars donc me convertir, car jusqu’à quand devrions-nous attendre ? » Je rétorquai : « Par Dieu, je ne suis sorti que pour me convertir moi aussi. »
Nous arrivâmes alors à Médine, auprès du Prophète (que la paix et le salut soient sur lui). Khâlid s’avança le premier, se convertit et prêta allégeance. Puis je m’approchai et dis : « Ô Messager de Dieu, je te prête allégeance à condition que mes péchés passés soient pardonnés, sans évoquer ce qui adviendra ensuite. » Le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) déclara : « Ô ‘Amr, prête allégeance, car l’islam efface tout ce qui précède, et l’émigration (hijra) efface tout ce qui la précède. » Je lui prêtai alors allégeance et repartis.
Ibn Ishâq (1) a rapporté que, selon ce que lui ont relaté certains, ‘Uthmân ibn Talha ibn Abî Talha était avec eux et s’était converti en même temps qu’eux. Alors, ‘Abd Allâh ibn az-Zuba‘râ as-Sahmî (2) déclama ces vers (du mètre at-tawîl) :
« Je rappelle à ‘Uthmân ibn Talha notre pacte,
Et l’endroit où les sandales du peuple sont déposées, près d’al-Muqabbal.
Tout ce que nos pères ont conclu comme alliances,
Khalid ne saurait aisément s’en dégager.
Cherches-tu la clé d’une Maison qui n’est pas la tienne ?
Pourquoi brigueraient-ils l’honneur d’une Maison fameusement illustre ?
Ne te fie donc pas à Khalid après cela,
Car ‘Uthmân est revenu avec un mal fort redoutable. »
Je dis : Leur conversion eut lieu après le traité de Hudaybiya, car Khalid ibn al-Walîd se trouvait ce jour-là dans la cavalerie des polythéistes, comme nous le verrons. Il convenait donc de mentionner ici leur conversion, mais nous l’évoquons en suivant l’imam Muhammad ibn Ishâq, que Dieu lui accorde Sa miséricorde, car la première fois qu’‘Amr ibn al-‘Âs se rendit chez le Négus eut lieu après la bataille du Fossé. Il est vraisemblable qu’il y soit allé pendant le reste de la cinquième année de l’Hégire. Dieu sait mieux.