J’ai franchi les portes l’une après l’autre jusqu’à parvenir à un escalier qui lui appartenait. J’y ai posé le pied en croyant avoir déjà atteint le sol, mais je suis tombé en pleine nuit de lune, et ma jambe s’est brisée. Je l’ai alors bandée avec un turban, puis je suis parti m’asseoir près de la porte. Je me suis dit : « Je ne sortirai pas cette nuit sans être certain de l’avoir tué. » Lorsque le coq a chanté, l’annonceur s’est levé sur le rempart et a proclamé : « J’annonce la mort d’Abou Rafi‘, le marchand du Hedjaz. » Je suis donc allé trouver mes compagnons et je leur ai dit : « Hâtons-nous, car Dieu a mis fin à la vie d’Abou Rafi‘. » Puis je suis arrivé auprès du Prophète (ﷺ) et je lui ai rapporté l’événement. Il m’a alors dit : « Étends ta jambe. » Je l’ai étendue et il l’a passée doucement sur ma jambe : aussitôt, c’est comme si elle n’avait jamais souffert.
Al-Boukhari dit ensuite (1) : « Nous a rapporté Ahmad ibn ‘Othmân ibn Hakîm al-Awdî, qui tient de Chourayh, lui-même tenant d’Ibrâhîm ibn Yousuf, d’après son père, d’après Abou Is’hâq, avoir entendu al-Barâ’ dire : “Le Messager d’Allah (ﷺ) envoya vers Abou Rafi‘ ‘Abdallah ibn ‘Atîk et ‘Abdallah ibn ‘Otbah, accompagnés de plusieurs personnes. Ils partirent jusqu’à s’approcher de la forteresse. ‘Abdallah ibn ‘Atîk leur dit : ‘Restez ici jusque ce que j’y aille voir.’” »
Il dit : « J’ai fait preuve d’adresse pour entrer dans la forteresse, puis ils se sont aperçus de la disparition d’un de leurs ânes et sont sortis avec une torche pour le chercher. J’ai eu peur d’être reconnu, alors j’ai couvert ma tête et je me suis assis comme si j’étais en train de satisfaire un besoin. Le gardien a dit : “Que celui qui veut entrer le fasse avant que je ne ferme.” J’ai donc pénétré à l’intérieur, puis je me suis dissimulé dans un enclos à âne, près de la porte de la forteresse. Ils ont dîné chez Abou Rafi‘ et ont discuté jusqu’à ce qu’une partie de la nuit soit passée, puis ils sont rentrés chez eux. Quand les bruits se sont tus et qu’aucun mouvement ne se faisait entendre, je suis sorti. J’ai vu alors où le gardien avait déposé la clé de la forteresse dans une niche. Je l’ai prise et j’ai ouvert la porte. Je me suis dit : ‘Si jamais on me remarque, je pourrai partir pas à pas.’ Puis je suis allé aux portes de leurs habitations que j’ai verrouillées de l’extérieur. Ensuite, je suis monté vers Abou Rafi‘ par un escalier. La pièce était plongée dans l’obscurité, la lampe éteinte. Je ne savais pas où se trouvait l’homme.
Je l’ai donc appelé : “Abou Rafi‘ !” Il a répondu : “Qui est-ce ?” Je me suis dirigé vers la voix et je l’ai frappé d’un coup d’épée, il a crié, mais cela ne l’a pas anéanti. Je suis alors revenu vers lui, feignant de le secourir, et j’ai dit : “Qu’as-tu donc, Abou Rafi‘ ?” en modifiant ma voix. Il s’est exclamé : “Ne trouves-tu pas cela étonnant, que ta mère soit en deuil ! Un homme est entré et m’a frappé à l’épée !” Je me suis de nouveau approché et je l’ai frappé une seconde fois, mais là encore cela n’a pas suffi. Il a crié, et sa famille s’est levée. Je suis revenu une troisième fois, imitant la voix d’un secoureur, et je l’ai trouvé étendu sur le dos. J’ai alors enfoncé mon épée dans son ventre et me suis penché sur lui jusqu’à entendre le bruit de l’os, puis je suis sorti, bouleversé. Parvenu à l’escalier, je voulais redescendre, mais je suis tombé et ma jambe s’est déboîtée. Je l’ai bandée, puis j’ai rejoint mes compagnons en clopinant. Je leur ai dit : “Allez annoncer la bonne nouvelle au Messager d’Allah (ﷺ), car je ne partirai pas avant d’avoir entendu le crieur.” Quand l’aube parut, le crieur est monté et a proclamé : ‘J’annonce la mort d’Abou Rafi‘.’ Je me suis alors levé en marchant sans éprouver la moindre douleur et j’ai rejoint mes compagnons avant qu’ils ne soient arrivés auprès du Messager d’Allah (ﷺ) pour lui porter la nouvelle.” »
Al-Boukhari est le seul à rapporter ces détails parmi les auteurs des six recueils. On a dit : il est possible que, lorsque ‘Abdallah ibn ‘Atîk chuta de cet escalier, son pied se soit démis, sa jambe se soit brisée, et qu’il se soit blessé au pied et à la main. Quand il les banda, sa douleur s’est temporairement calmée en raison de l’extraordinaire situation qu’il vivait ; et lorsque, plus tard, il voulut se remettre en route, il reçut l’aide nécessaire compte tenu de ce combat fructueux. Ensuite, quand il parvint auprès du Messager d’Allah (ﷺ) et que son âme fut apaisée, la souffrance reprit son cours.