Il dit alors : « Apportez vos épées. » Nous les lui apportâmes et il les examina. Puis, à propos de l’épée d’Abdallah ibn Unays, il déclara : « C’est celle-ci qui l’a tué, j’y vois encore des traces de nourriture. »
Ibn Ishaq raconte : Hassân ibn Thâbit (1) composa alors, à ce sujet, ces vers (mètre al-kâmil) :
« Louange à Dieu pour la troupe que j’ai affrontée, ô fils d’Al-Huqayq, et toi, fils d’Al-Ashraf.
Ils s’avancent vers vous, brandissant de légères lames, pleins d’entrain, tel des lions dans leur repaire ombragé,
jusqu’à vous atteindre au cœur même de votre contrée, et vous abreuver de mort avec des épées affûtées.
Clairsvoyants dans leur soutien à la religion [de leur Prophète], ils considèrent négligeable toute entreprise accablante. »
C’est ainsi que l’imam Muhammad ibn Ishaq – qu’Allah lui fasse miséricorde – rapporta cette histoire.
L’imam Abou Abdallah Al-Bukhârî (2) a dit : « Nous a rapporté Ishaq ibn Nasr, qui tenait de Yahyâ ibn Âdam, lequel tenait de Ibn Abî Za’ida, d’après son père, d’après Abou Ishaq, d’après Al-Barâ’ ibn ‘Âzib, lequel raconta : “Le Prophète ﷺ envoya un groupe chez Abou Râfi‘, et ‘Abdallah ibn ‘Atîk entra de nuit dans sa maison pendant qu’il dormait et le tua.” »
Al-Bukhârî (3) rapporte encore : « Nous a rapporté Youssouf ibn Mûsâ, qui tenait de ‘Ubaydallah ibn Mûsâ, d’après Isra’îl, d’après Abou Ishaq, d’après Al-Barâ’ : “Le Messager de Dieu ﷺ envoya chez Abou Râfi‘ le Juif plusieurs hommes des Anṣâr, plaçant ‘Abdallah ibn ‘Atîk à leur tête. Car Abou Râfi‘ offensait le Messager de Dieu ﷺ et le soutenait contre lui, et il se trouvait dans une forteresse au Ḥijâz. Lorsqu’ils s’en rapprochèrent et que le soleil s’était couché tandis que les gens ramenaient leurs troupeaux, ‘Abdallah dit à ses compagnons : ‘Restez ici, je vais tenter de me faire passer pour quelqu’un d’inoffensif auprès du gardien, peut-être pourrai-je entrer.’ Il s’approcha alors de la porte, se drapa dans son vêtement comme pour faire un besoin, tandis que les gens pénétraient dans la forteresse.
Le portier l’interpella : ‘Ô Abdallah, si tu veux entrer, fais-le vite, car je souhaite fermer la porte.’ J’entrai alors et me mis à l’affût. Quand les gens furent rentrés, il ferma la porte puis suspendit les clefs à un crochet. Je me levai, m’emparai des clefs et ouvris la porte. Abou Râfi‘ veillait avec des convives, et il se trouvait dans son étage supérieur. Quand ceux qui étaient avec lui s’en allèrent, je montai. Chaque fois que j’ouvrais une porte, je la refermais derrière moi de l’intérieur en me disant : ‘S’ils découvrent ma présence, ils ne pourront m’atteindre avant que je ne l’aie tué.’ J’arrivai jusqu’à lui. Il était dans une pièce obscure, au milieu de sa famille ; j’ignorais où il se trouvait exactement.
Je dis : ‘Abou Râfi‘ !’ Il répondit : ‘Qui est-ce ?’ Je me dirigeai vers la voix et le frappai d’un coup d’épée, encore surpris, sans que cela ne suffise à le tuer. Il se mit à crier, je sortis de la pièce et attendis un moment, puis j’entrai de nouveau et demandai : ‘Quel est ce cri, Abou Râfi‘ ?’ Il répondit : ‘Qu’Allah te maudisse ! Un homme est venu et m’a frappé d’un coup d’épée tout à l’heure !’ Je lui portai alors un second coup, plus sévère, mais sans le tuer encore. Puis j’enfonçai la pointe affûtée de mon arme dans son ventre, la faisant ressortir par son dos, et je compris alors que je l’avais tué. Je me mis ensuite à ouvrir…” »