Abû Râfiʿ faisait partie de ceux qui avaient rallié les factions (al-aḥzâb) contre le Messager de Dieu ﷺ. Or, avant la bataille d’Uḥud, la tribu des Aws avait tué Kaʿb ibn al-Ashraf. Par la suite, la tribu des Khazraj sollicita la permission du Messager de Dieu ﷺ pour tuer Sallâm ibn Abî al-Ḥuqayq, qui se trouvait alors à Khaybar. Le Prophète ﷺ leur en donna l’autorisation.
Ibn Isḥâq (1) rapporte : « Muḥammad ibn Muslim az-Zuhrî m’a raconté d’après ʿAbd Allâh [ibn Kaʿb] ibn Mâlik, qui a dit : “C’est ainsi que Dieu œuvra en faveur de Son Messager ﷺ : les deux clans des Anṣâr, [les Aws et les Khazraj], rivalisaient l’un avec l’autre devant le Messager de Dieu ﷺ comme deux étalons se défiant. Chaque fois que les Aws accomplissaient un fait marquant pour soutenir le Messager de Dieu ﷺ, les Khazraj disaient : ‘Par Dieu, ils ne partiront pas en nous surpassant devant le Messager de Dieu ﷺ et au sein de l’islam !’ Ils ne cessaient donc pas avant d’avoir réalisé un acte similaire. Et lorsque les Khazraj accomplissaient quelque chose, les Aws réagissaient de la même façon.”
Il poursuivit : “Lorsque les Aws tuèrent Kaʿb ibn al-Ashraf en raison de son hostilité envers le Messager de Dieu ﷺ, les Khazraj déclarèrent : ‘Par Dieu, ils ne nous surpasseront plus jamais de la sorte !’ Ils discutèrent alors pour savoir quel individu, faisant preuve d’inimitié [semblable à celle d’ibn al-Ashraf] envers le Messager de Dieu ﷺ, ils pourraient attaquer. Ils rappelèrent le nom d’ibn Abî al-Ḥuqayq, demeurant à Khaybar. Ils demandèrent donc l’autorisation au Messager de Dieu ﷺ afin de le tuer, et celui-ci y consentit.
Cinq hommes de la tribu des Khazraj, appartenant aux Banû Salima, partirent dans ce but : ʿAbd Allâh ibn ʿAtîk, Masʿûd ibn Sanân, ʿAbd Allâh ibn Unays, Abû Qatâda al-Ḥârith ibn Ribʿî et Khuzaʿî ibn Aswad, un allié issu des Aslam. Ils se mirent en route et le Messager de Dieu ﷺ désigna ʿAbd Allâh ibn ʿAtîk comme leur chef, tout en leur interdisant de tuer un enfant ou une femme. Ils gagnèrent donc Khaybar et atteignirent, de nuit, la demeure d’ibn Abî al-Ḥuqayq, fermant toutes les portes derrière les habitants afin que nul ne puisse sortir.
Toujours selon ce récit : “ibn Abî al-Ḥuqayq se trouvait dans une pièce élevée à laquelle on accédait par un petit escalier. Les hommes grimpèrent jusqu’à sa porte et demandèrent à entrer. Sa femme sortit et leur dit : ‘Qui êtes-vous ?’ Ils répondirent : ‘Nous sommes des gens de la Péninsule arabe, venus chercher des vivres.’ Elle dit : ‘Le voilà, entrez !’ Lorsque nous fûmes à l’intérieur, nous fermâmes la pièce sur lui et nous-mêmes, craignant qu’il ne se défende ou qu’on l’y protège. Sa femme se mit à crier et nous trahit par ses cris. Nous le surprîmes alors sur son lit, dans l’obscurité ; seul son teint clair, semblable à une étoffe copte, le révélait. Quand elle cria, l’un d’entre nous leva son épée contre elle, mais se rappela aussitôt l’interdiction du Messager de Dieu ﷺ et s’abstint. Sans cela, nous nous en serions débarassés cette même nuit.
Nous le frappâmes de nos épées, puis ʿAbd Allâh ibn Unays s’acharna sur son ventre au point de le transpercer, tandis que l’ennemi s’écriait : ‘Ça suffit, assez !’ Ensuite, nous repartîmes. Comme ʿAbd Allâh ibn ʿAtîk avait une vue défaillante, il tomba de l’escalier et se blessa grièvement au bras. Nous le transportâmes jusqu’à un canal de la région pour nous y cacher. Les gens de Khaybar allumèrent alors des feux et nous cherchèrent dans tous les sens, puis abandonnèrent et retournèrent auprès de leur blessé, qu’ils entourèrent alors qu’il agonisait.
Nous nous demandâmes : ‘Comment vérifier qu’il est bel et bien mort ?’ L’un d’entre nous déclara : ‘J’y vais pour m’en assurer.’ Il se mêla alors à ses proches et vit la femme de l’ennemi ainsi que des Juifs autour de lui. Elle tenait une lampe, examinait son visage et disait : ‘N’as-tu pas entendu la voix d’ʿAbd Allâh ibn ʿAtîk ? J’ai d’abord cru me tromper en me disant : comment ʿAbd Allâh ibn ʿAtîk serait-il ici ?’ Puis elle se pencha sur lui, l’observa et s’exclama : ‘Il est mort, par le Dieu des Juifs !’ Jamais je n’ai entendu phrase plus douce à mon oreille. Celui qui vérifia vint ensuite nous en informer. Nous transportâmes notre compagnon blessé et allâmes retrouver le Messager de Dieu ﷺ pour lui annoncer la mort de l’ennemi de Dieu. Nous nous disputâmes en sa présence pour déterminer qui, de nous tous, l’avait tué, car chacun en revendiquait le mérite.”
Et il poursuivit en disant :