Avant qu’il (que Dieu l’agrée) ne rende son jugement au sujet des Banû Qurayza, et une autre fois après cela, comme nous l’avons déjà mentionné en premier lieu – louange et reconnaissance à Dieu –, nous évoquerons la manière dont il mourut(1), son inhumation et son mérite dans cette affaire, une fois que nous aurons achevé notre récit.
Ibn Isḥâq(2) a dit : « Puis on les fit descendre et le Messager de Dieu (ﷺ) les enferma à Médine dans la demeure de la fille d’al-Ḥârith, une femme appartenant aux Banû al-Najjâr. »
– J’ai dit : « Il s’agit de Nasîba bint al-Ḥârith ibn Karaz ibn Ḥabîb ibn ʿAbd Shams. Elle fut initialement l’épouse de Musaylima le Menteur, puis épousa ensuite ʿAbd Allâh ibn ʿÂmir ibn Kurayz. »
Ensuite, il (le Prophète) se rendit au marché de Médine et y creusa des fossés. Puis il ordonna qu’on leur amène les prisonniers et fit trancher leurs cous au-dessus de ces fossés, en les envoyant vers lui par groupes successifs. Parmi eux se trouvait l’ennemi de Dieu Ḥuyayy ibn Akhṭab ainsi que Kaʿb ibn Asad, le chef du groupe. Ils étaient six cents ou sept cents, et certains exagèrent en disant qu’ils étaient entre huit cents et neuf cents.
J’ai dit : Il a pourtant été rapporté précédemment, d’après al-Layth, qui tenait d’Abû al-Zubayr, lui-même de Jâbir, qu’ils étaient quatre cents. Dieu est plus savant.
Ibn Isḥâq(3) a également raconté : « Ils dirent à Kaʿb ibn Asad, tandis qu’on les emmenait par groupes devant le Messager de Dieu (ﷺ) : “Ô Kaʿb, que penses-tu qu’il fera de nous ?” Il répondit : “Allez-vous donc ne jamais comprendre ? Ne voyez-vous pas que celui qui appelle ne faiblit pas, et que quiconque est emmené ne revient pas ? C’est, par Dieu, la mise à mort.” Les choses se poursuivirent ainsi jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun.
Puis on amena Ḥuyayy ibn Akhṭab, vêtu d’une houppelande de couleur vive qu’il avait lacérée tout autour, à peine de la largeur d’un ongle, pour qu’on ne la lui arrache pas. Ses deux mains étaient liées à son cou par une corde. Lorsqu’il posa son regard sur le Messager de Dieu (ﷺ), il déclara : “Mais je ne me reproche nullement mon inimitié envers toi ! Seulement, lorsque Dieu abandonne quelqu’un, il se trouve bel et bien abandonné.” Après quoi il s’adressa à la foule en disant : “Ô gens, il n’y a rien à redouter du décret divin ; c’est un livre déjà écrit, un destin, et une bataille que Dieu a imposée aux Enfants d’Israël.” Puis il s’assit, et on lui trancha la tête.
Alors, Jabal ibn Jawwâl al-Thaʿlabî récita :
[mètre : at-ṭawîl]
“Par ta vie, Ibn Akhṭab ne s’est aucunement blâmé,
Mais celui qu’abandonne Dieu est assurément abandonné.
Il a lutté jusqu’à ce que son âme n’ait plus à se justifier,
Se débattant en quête de gloire, comme tout combattant acharné.”
Ibn Isḥâq(4) a ensuite évoqué l’histoire de Zubayr ibn Baṭâ. C’était un vieillard qui avait fait grâce, le jour de Buʿâth, à Thâbit ibn Qays ibn Sham mâs, et lui avait rasé la mèche du front. Lorsque survint ce jour (celui de Banû Qurayza), Thâbit voulut lui rendre la pareille et vint le voir en disant : “Me reconnais-tu, Abû ʿAbd ar-Raḥmân ?” Il répondit : “Est-il possible qu’un homme de mon rang ignore un homme du tien ?” Thâbit lui dit : “Je souhaite te récompenser de ta bienveillance.” Le vieil homme répliqua : “L’homme de valeur sait rémunérer celui qui l’a traité avec générosité.” Thâbit alla donc auprès du Messager de Dieu (ﷺ) et intercéda pour qu’il le libère. Le Prophète (ﷺ) l’accorda. Thâbit retourna alors annoncer la bonne nouvelle, mais Zubayr déclara : “C’est un vieil homme sans famille ni enfant : à quoi lui sert la vie tout seul ?” Thâbit repartit alors demander au Messager de Dieu (ﷺ) la grâce pour la femme et les enfants de Zubayr, et celui-ci les libéra pour lui. Thâbit revint lui annoncer, mais le vieillard objecta encore : “Une famille qui n’a ni biens ni ressources au Ḥijâz, que leur reste-t-il pour subsister ?” Thâbit s’en fut alors de nouveau requérir du Prophète (ﷺ) qu’il rendît aussi les biens de Zubayr, et il les lui octroya. À son retour, Thâbit lui demanda : “Ô Zubayr, qu’en est-il advenu ?”