Le Prophète (ﷺ) se rendit donc auprès d’eux. Il dit : « Où donc ? » et l’on désigna les Banû Qurayza. Le Messager de Dieu (ﷺ) s’y rendit et ils se soumirent à son jugement. Celui-ci fut confié à Saʿd, qui déclara : « Je décide que les combattants soient mis à mort, que les femmes et les enfants soient faits captifs et que leurs biens soient répartis. »
Hishâm rapporta : « Mon père m’a informé, d’après ʿÂʾisha, que Saʿd avait dit : “Ô Dieu, Tu sais qu’il n’y a personne pour qui je préfère combattre en Ton nom que ces gens qui ont traité de menteur Ton Messager et l’ont expulsé. Ô Dieu, je pense que Tu as mis un terme à la guerre entre nous et eux. S’il reste encore une part de la guerre contre Quraysh, alors maintiens-moi en vie pour que je puisse les combattre pour Toi. Si Tu as vraiment mis un terme à la guerre, fais éclater ma blessure et fais que j’y trouve la mort.” Sa plaie s’ouvrit alors (1) et, dans la mosquée, il y avait une tente appartenant aux Banû Ghifâr, où l’on vit soudain du sang couler vers eux. Ils s’exclamèrent : “Ô vous de la tente, d’où vient ce sang qui arrive de chez vous ?” et c’était la blessure de Saʿd qui se remit à saigner (2). Il en mourut. »
Muslim (3) le rapporte ainsi, selon la chaîne de transmission remontant à ʿAbd Allâh ibn Numayr. Je dis : Il avait formulé cette première prière avant de prononcer son jugement sur Banû Qurayza. C’est pourquoi il avait dit : « Ne me fais pas mourir avant que mes yeux ne se réjouissent de ce qu’il adviendra à Banû Qurayza. » Dieu exauça son vœu. Lorsqu’il eut prononcé ce jugement et que Dieu l’eut comblé de la plus parfaite satisfaction, il invoqua de nouveau, et Dieu fit de cela une cause de martyre pour lui (– qu'Allah soit satisfait de lui –) et agréa son âme. Nous mentionnerons sa mort bientôt, s’il plaît à Dieu.
L’imam Ahmad (4) en a également fait mention, selon une autre voie, d’après ʿÂʾisha, dans un récit très détaillé qui renferme plusieurs enseignements. Il dit : « Yazîd nous a rapporté, et Muhammad ibn ʿAmr nous a informés d’après son père, d’après son grand-père ʿAlqama ibn Waqqâs, lequel fut informé par ʿÂʾisha. Elle raconta : “Le jour du Fossé (al-Khandaq), je sortis en suivant la trace des gens. J’entendis alors derrière moi un bruit sourd, et je vis Saʿd ibn Muʿâdh accompagné de son neveu al-Hârith ibn Aws, qui portait un bouclier. Je m’assis alors à terre. Saʿd passa devant moi, vêtu d’une cotte de mailles dont certaines parties laissaient sa peau à découvert, ce qui m’inquiétait pour lui, car il était l’un des plus grands et des plus imposants parmi les hommes. Il passa en scandant ces vers (rajaz) :
‘Attends un peu, tu verras la mêlée approcher… Qu’il est beau de mourir lorsque l’heure est venue !’
Je me relevai et enjambai un jardin (ḥadîqa), où j’aperçus un groupe de musulmans, parmi lesquels se trouvait ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb, ainsi qu’un homme qui portait une tisbigha (5), c’est-à-dire un casque. ʿUmar me dit : ‘Qu’est-ce qui t’amène ici ? Par Dieu, tu es bien audacieuse. Comment peux-tu être sûre qu’il n’arrivera pas quelque malheur ou que nous ne soyons repoussés ?’ Il ne cessa de me réprimander, au point que je souhaitai que la terre s’ouvre afin de m’engloutir. À ce moment-là, l’homme releva la tisbigha (6) de son visage, et voilà que c’était Ṭalḥa ibn ʿUbayd Allâh. Il s’exclama : ‘Ô ʿUmar, malheur à toi : tu parles bien trop depuis ce matin…’” »