Il dit : « Quel prétexte as-tu donc vis-à-vis d’un guerrier ? Ne vois-tu pas que tu as déposé ton armure alors que nous ne l’avons pas encore déposée ? »
Alors le Prophète (ﷺ) se leva en sursaut, et il ordonna aux gens de ne pas accomplir la prière d’al-‘Asr avant d’arriver chez Banû Qurayza. Les gens revêtirent donc leurs armes, mais ils n’atteignirent Banû Qurayza qu’après le coucher du soleil. Au crépuscule, ils se disputèrent : certains dirent que le Messager de Dieu (ﷺ) leur avait demandé expressément de ne pas prier avant d’arriver à Banû Qurayza, et qu’en obéissant à cet ordre, ils ne commettraient aucun péché. Un groupe de fidèles accomplit donc la prière, cherchant la récompense divine, tandis qu’un autre groupe la retarda jusqu’à l’arrivée à Banû Qurayza, toujours par foi et en quête de rétribution. Le Messager de Dieu (ﷺ) ne réprimanda aucun des deux groupes.
Al-Bayhaqî (1) rapporta ensuite, par la voie de ‘Abd Allâh al-‘Umarî, d’après son frère ‘Ubayd Allâh, d’après al-Qâsim ibn Muhammad, d’après ‘Â’isha, que le Messager de Dieu (ﷺ) se trouvait chez elle lorsque quelqu’un entra et nous salua. Le Prophète (ﷺ) se leva subitement, et je le suivis. C’était alors Dihya al-Kalbî, et le Prophète (ﷺ) déclara : « C’est Jibrîl, il m’a ordonné d’aller à Banû Qurayza. » Puis il ajouta : « Vous avez déposé vos armes, mais nous ne l’avons pas fait, car nous avons poursuivi les polythéistes jusqu’à ce que nous atteignions Hamrâ’ al-Asad. » C’était à son retour du Fossé. Le Prophète (ﷺ) s’empressa donc et déclara à ses compagnons : « Je vous ordonne de ne pas prier la prière d’al-‘Asr avant d’arriver chez Banû Qurayza. » Cependant, le soleil se coucha avant qu’ils ne parviennent sur place. Une partie des musulmans dit : « Le Prophète (ﷺ) n’a certainement pas voulu que nous délaissions la prière. » Ils prièrent donc en route, tandis qu’un autre groupe affirma : « Par Dieu, nous sommes bien en train d’obéir à l’ordre formel du Messager de Dieu (ﷺ), et il n’y a pas de faute pour nous. » Ainsi, un groupe pria par foi et en comptant sur la récompense divine, tandis que l’autre retarda la prière par foi et en quête de rétribution. Le Prophète (ﷺ) ne blâma aucun des deux. Il se mit en chemin et passa devant des assemblées situées entre lui et Banû Qurayza. Il leur demanda : « Quelqu’un est-il passé par ici ? » On lui répondit : « Dihya al-Kalbî est passé sur une mule grise, recouverte d’une étoffe de soie. » Le Prophète (ﷺ) dit : « C’était Jibrîl, envoyé à Banû Qurayza afin de les ébranler et de jeter la terreur dans leurs cœurs. » Le Prophète (ﷺ) entreprit alors le siège de Banû Qurayza et demanda à ses compagnons de le protéger à l’aide de boucliers (3) afin qu’ils puissent entendre ses propos. Il les interpella : « Ô frères des singes et des pourceaux ! » Ils répondirent : « Ô Abû al-Qâsim, tu n’as pas l’habitude d’être grossier. » Il les assiégea jusqu’à ce qu’ils se soumettent au jugement de Sa‘d ibn Mu‘âdh, leur ancien allié. Celui-ci décréta qu’on exécuterait les hommes valides et que femmes et enfants seraient faits prisonniers. Ce hadith nous est parvenu selon divers chemins, rapportés entre autres d’après ‘Â’isha.
Les savants ont divergé pour savoir qui, parmi les Compagnons, avait raison ce jour-là. Mais on s’accorde à dire que chaque groupe fut récompensé et excusé, sans être réprimandé. Un groupe de savants avance que ceux qui retardèrent la prière jusqu’à l’arrivée à Banû Qurayza étaient dans le vrai, parce que l’ordre de retarder la prière était particulier à ce jour-là et prévalait donc sur l’ordre général de prier à l’heure prescrite par la Loi.