J’ai vécu cette nuit des Coalisés (Al-Aḥzāb) alors que nous étions assis en rangs, tandis qu’Abou Sufyân et ceux qui l’accompagnaient parmi les coalisés se trouvaient au-dessus de nous, et que les Juifs de Qurayẓah étaient en contrebas. Nous craignions qu’ils ne s’attaquent à nos familles. Jamais nous n’avions connu une nuit si sombre, ni un vent si violent. Le bruit de ce vent rappelait celui des coups de foudre, et son obscurité était telle que nul ne voyait son propre doigt.
C’est alors que les hypocrites se mirent à demander la permission au Prophète (ﷺ) de s’en aller en disant : « Nos maisons sont sans protection. » En vérité, elles ne l’étaient pas. Quiconque lui demandait l’autorisation l’obtenait et s’éclipsait. Nous étions alors trois cents à peu près. Le Messager d’Allah (ﷺ) s’avança vers nous un par un, jusqu’à ce qu’il arriva à moi. Je n’avais pour me protéger ni de l’ennemi ni du froid qu’un simple manteau de mon épouse, qui ne dépassait pas mes genoux.
Il vint alors que j’étais accroupi sur mes genoux et demanda :
« Qui est là ? »
Je répondis : « Hudhayfah. » il répéta : « Hudhayfah ? » Je restai près du sol et dis : « Oui, ô Messager d’Allah, » car je rechignais à me lever. Il me dit : « Lève-toi. » Je me levai, et il poursuivit : « Il se passe quelque chose dans le camp (ennemi). Va donc t’en enquérir et rapporte-m’en la nouvelle. » J’étais parmi ceux qui ressentaient le plus de peur et le plus de froid. Je partis donc et le Prophète (ﷺ) invoqua : « Ô Allah, protège-le de devant et de derrière, de sa droite et de sa gauche, d’en haut et d’en bas. » Par Allah, toute crainte et tout froid disparurent alors de mon cœur, je n’en éprouvais plus rien.
Au moment de partir, le Prophète (ﷺ) me recommanda : « Ô Hudhayfah, ne fais rien contre eux avant de revenir vers moi. » Je m’approchai du camp de l’ennemi et, à la clarté d’un feu qu’ils avaient allumé, j’aperçus un homme, grand et au teint sombre, qui se réchauffait les mains, tout en se frottant le flanc et disant : « En route ! En route ! » Je ne connaissais pas Abou Sufyân auparavant. Je pris alors de mon carquois une flèche à la plume blanche, la plaçai dans mon arc, prêt à le frapper à la lueur du feu. Mais je me souvins de la parole du Prophète (ﷺ) : « Ne fais rien contre eux avant de revenir vers moi. » Je remis donc ma flèche dans mon carquois.
Prenant mon courage à deux mains, j’entrai dans le camp. Les plus proches de moi étaient les Banou ‘Âmir, qui se disaient les uns aux autres : « Ô gens de ‘Âmir, partez ! Partez ! Vous ne pouvez rester ici plus longtemps. » Le vent s’abattait sur leur camp si fort qu’il n’y avançait pas d’un pouce. Je les entendais se faire projeter par les pierres qui percutaient leurs bagages et leurs couchages. Je pris alors la route pour rejoindre le Messager d’Allah (ﷺ). À mi-chemin, environ, je croisai une vingtaine de cavaliers masqués qui me dirent : « Informe ton compagnon que Dieu l’a suffi (contre ses ennemis). »
Quand je revins auprès du Messager d’Allah (ﷺ), il était emmitouflé dans un vêtement et priait. Je jure que, sitôt arrivé, le froid m’envahit à nouveau et je me mis à grelotter. Le Prophète (ﷺ), toujours en prière, me fit signe de la main de m’approcher. Je vins près de lui et il me recouvrit de son manteau. Quand le Prophète (ﷺ) faisait face à une affaire grave, il priait. Je l’informai alors de ce que j’avais vu : j’avais laissé l’ennemi en plein repli.
Alors Allah révéla : « Ô vous qui avez cru ! Rappelez-vous la faveur d’Allah sur vous : lorsque des armées vinrent à vous, Nous envoyâmes contre elles un vent et des légions que vous ne pouviez voir. Et Allah observait parfaitement ce que vous faisiez » (Al-Aḥzâb : 9), et ce jusqu’à Ses paroles : « Allah refoula les mécréants dans leur rage, sans qu’ils obtiennent aucun profit ; et Allah préserva les croyants du combat. Allah est Fort et Puissant » (Al-Aḥzâb : 25). C’est-à-dire qu’Allah détourna d’eux leurs ennemis par ce vent qu’Il envoya, ainsi que par les légions – anges et autres – qu’Il mobilisa ; « Allah préserva les croyants du combat », c’est-à-dire qu’ils n’eurent nul besoin d’affronter ou de défier l’ennemi. Dieu, le Puissant, l’Invincible, les repoussa par Sa force et Sa puissance.