Le soleil se coucha, puis il accomplit ensuite la prière du Maghreb. Ce hadith a également été rapporté par al-Bukhârî, par Muslim, par at-Tirmidhî et par an-Nasâ’î, selon différentes chaînes de transmission, d’après Yahyâ ibn Abî Kathîr, qui le tenait d’Abû Salama (1).
L’imam Ahmad (2) a dit : « ‘Abd as-Samad nous a rapporté (ce hadith), en disant : “Thâbit nous a rapporté, Hilâl (a rapporté) d’après ‘Ikrima, d’après Ibn ‘Abbâs, lequel a dit : ‘Le Prophète (que la paix et le salut soient sur lui) combattit un ennemi et ne parvint à en finir avec eux qu’après avoir retardé la prière de ‘Asr au-delà de son heure. Lorsqu’il s’en aperçut, il dit : “Ô Seigneur, comble de Feu leurs demeures et leurs tombes, eux qui nous ont empêchés d’accomplir la prière médiane.”’” » Ou des propos proches de ceux-ci. Ahmad est le seul à rapporter cette version. Elle provient de la transmission de Hilâl ibn Khabbâb al-‘Abdî al-Kûfî, un narrateur jugé fiable, et dont at-Tirmidhî et d’autres ont validé l’authenticité de ses récits.
Un groupe de savants s’est fondé sur ces hadiths pour affirmer que la « prière médiane » (as-salâh al-wustâ) est la prière de ‘Asr, comme l’indiquent explicitement ces récits. Le juge al-Mâwardî a d’ailleurs imposé cette position au madhhab de l’imam ash-Shâfi‘î, en raison de l’authenticité du hadith. Nous avons clarifié ce point, par la transmission et l’argumentation, dans notre commentaire du verset : « Soyez assidus aux prières et [surtout] à la prière médiane, et tenez-vous debout, obéissants, devant Dieu » (Coran 2:238). Un autre groupe de savants a également déduit de ce récit qu’il est permis de retarder la prière en cas de combat, conformément à l’opinion de Makḥoul et d’al-Awzâ‘î. Al-Bukhârî a consacré un chapitre à ce sujet (3), en citant ce hadith ainsi que la parole du Prophète (que la paix et le salut soient sur lui) le jour où il ordonna de se rendre chez les Banû Qurayẓa, comme nous le verrons : « Que personne ne fasse la prière de ‘Asr s’il n’est parvenu chez Banû Qurayẓa. » Certains accomplirent alors la prière de ‘Asr en chemin, d’autres ne la firent qu’une fois arrivés à Banû Qurayẓa, après le coucher du soleil ; le Prophète ne blâma ni les uns ni les autres. On se fonde également sur ce qui a été rapporté des Compagnons et de ceux qui étaient avec eux lors du siège de Tustar en l’an 20 [de l’Hégire], sous le califat de ‘Umar, où ils retardèrent la prière de l’aube (ṣubḥ) jusqu’après le lever du soleil, pour cause de combats intenses et parce que la conquête de la forteresse était imminente.
D’autres savants, majoritaires, dont ash-Shâfi‘î, ont dit que ce qui advint le jour du fossé (al-Khandaq) fut abrogé par la législation de la prière de la peur (ṣalât al-khawf), qui n’était pas encore prescrite à cette époque ; c’est pourquoi ils l’avaient retardée ce jour-là. Cela reste toutefois problématique : en effet, Ibn Isḥâq et d’autres affirment que le Prophète (que la paix et le salut soient sur lui) accomplit déjà la prière de la peur à ‘Asfân – laquelle est rapportée par Ibn Isḥâq, un spécialiste reconnu de la Sîra – avant [la bataille du] fossé, et mentionnent aussi l’épisode de Dhât ar-Riqâ‘ avant Khandaq. Dieu seul sait ce qu’il en est.
Quant à ceux qui soutiennent que le retard de la prière, le jour du fossé, fut dû à l’oubli – comme l’ont rapporté certains commentateurs de Muslim –, cette explication est sujette à caution : il semble peu probable qu’un tel oubli frappe un groupe nombreux, surtout compte tenu de leur zèle à préserver la prière en temps voulu. En effet, on rapporte qu’ils laissèrent passer les prières de Ẓuhr, de ‘Asr et de Maghreb jusqu’à ce qu’ils les accomplissent toutes au moment de la prière de ‘Ishâ’.
L’imam Ahmad (4) a dit : « Yazîd et Ḥajjâj nous ont rapporté (ce hadith), en disant : “Ibn Abî Dhî’b nous raconta, d’après al-Maqburî, d’après ‘Abd ar-Raḥmân ibn Abî Sa‘îd al-Khudrî, d’après son père, qui a dit : ‘Nous fûmes retenus le jour du fossé jusqu’à ce qu’une partie de la nuit se fût écoulée, jusqu’à…’” »