«Je suis un homme qui protège et se protège… pour le Prophète élu et illettré.»
Ibn Jarir (1) a rapporté qu’après que Nofal se fut retrouvé empêtré dans le fossé, les gens se mirent à le cribler de pierres. Il s’exclamait : «Ô gens des Arabes, qu’on m’inflige plutôt une mise à mort plus digne que celle-ci !» Alors ‘Alî descendit vers lui et le tua. Les polythéistes offrirent à l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) une somme d’argent en échange de son corps, mais il refusa de recevoir quoi que ce soit d’eux et leur permit simplement de le récupérer. Ceci est un récit étonnant à deux égards.
Al-Bayhaqî (2) a rapporté, via Hammâd ibn Zayd, d’après Hishâm ibn ‘Urwa, d’après son père, d’après ‘Abd Allâh ibn Az-Zubayr, qui dit : «Le jour du Fossé, on m’avait placé, moi ainsi que les femmes et les enfants, dans un fort. ‘Umar ibn Abî Salama était avec moi. Il se penchait pour que je puisse grimper sur son dos et ainsi regarder ce qu’il se passait. J’observais alors mon père, qui se déplaçait tantôt ici, tantôt là, et nul adversaire ne s’élevait contre lui sans qu’il n’aille immédiatement à sa rencontre. Lorsque vint le soir, il nous rejoignit dans le fort. Je lui dis : “Ô mon père ! Je t’ai vu aujourd’hui et j’ai vu ce que tu faisais.” Il me répondit : “Tu m’as vu, mon fils ?” Je dis : “Oui.” Il ajouta : “Que mon père et ma mère te soient sacrifiés.”»
Ibn Ishâq (3) relate d’après Abû Laylâ ‘Abd Allâh ibn Sahl ibn ‘Abd Ar-Rahmân ibn Sahl Al-Ansârî, l’un des Banû Hâritha, qu’Aïcha, Mère des Croyants, se trouvait dans le fort des Banû Hâritha le jour du Fossé. C’était l’un des forts les plus sûrs de Médine. La mère de Sa‘d ibn Mu‘âdh s’y trouvait également et, à cette période, le voile n’était pas encore imposé à Aïcha. Cette dernière raconte : «Sa‘d passa près de nous, portant une cotte de mailles serrée, laissant tout son bras à découvert. Dans sa main, il tenait une lance et courait en disant, en vers (rajaz) :
“Attends un peu, ô porteur des armes, que la bataille éclate… Il n’est pas à craindre la mort quand l’heure est venue.”
Sa mère lui cria : “Rattrape le combat, mon fils, tu arrives bien tard, par Dieu !” Alors je dis à la mère de Sa‘d : “Ô mère de Sa‘d, j’aurais souhaité que la cotte de ton fils fût plus ample qu’elle ne l’est.” J’avais peur pour lui à l’endroit où la flèche l’avait atteint. En effet, Sa‘d ibn Mu‘âdh fut touché par une flèche qui sectionna son artère al-akhal.»
Ibn Ishâq (4) rapporte aussi, d’après ‘Âsim ibn ‘Umar ibn Qatâda, que l’assaillant fut Hibbân ibn Qays ibn Al-‘Arriqa, l’un des Banû ‘Âmir ibn Lu’ayy. Lorsqu’il le toucha, il s’écria : «Prends ça de ma part, je suis le fils d’Al-‘Arriqa !» Sa‘d rétorqua : «Puisses-tu voir ton visage marqué au feu de l’Enfer ! Ô Dieu, s’il reste encore un combat avec Quraych, alors laisse-moi en vie, car il n’y a pas de peuple que j’aime plus combattre que ceux qui ont offensé Ton Messager, l’ont traité de menteur et l’ont expulsé. Ô Dieu, et s’il n’y a plus aucune guerre entre nous et eux, accorde-moi le martyre, et ne me fais pas mourir avant d’avoir apaisé mes yeux en voyant le châtiment des Banû Qurayza.»