Nous le savons, et ils ne s’attendent pas à pouvoir en manger ne serait-ce qu’une seule datte, hormis en étant hébergés ou en l’achetant. Ainsi, lorsque Dieu nous a honorés par l’islam, nous a guidés vers lui et nous a élevés en dignité par toi et grâce à lui, devrions-nous leur donner nos biens ? Nous n’en avons nul besoin. Par Dieu, nous ne leur céderons que l’épée, jusqu’à ce que Dieu tranche entre nous et eux.
Le Prophète (ﷺ) déclara alors : « Tu es libre de ta décision. » C’est alors que Sa‘d ibn Mu‘âdh prit la feuille et en effaça le contenu, puis il dit : « Qu’ils engagent toute leur force contre nous. »
Ibn Isḥâq (1) dit : Le Prophète (ﷺ) et ses compagnons demeurèrent en état de siège, mais il n’y eut pas de combat direct entre eux et l’ennemi, si ce n’est qu’un groupe de cavaliers de Quraysh, parmi lesquels ‘Amr ibn ‘Abd Wudd ibn Abî Qays, de Banî ‘Âmir ibn Lu’ayy, ainsi que ‘Ikrima ibn Abî Jahl, Hubayra ibn Abî Wahb al-Makhzûmî et Dirâr ibn al-Khaṭṭâb ibn Mirdâs (des Banû Muḥârib ibn Fihr), s’équipèrent pour le combat et partirent à cheval. Ils passèrent par les demeures des Banû Kinâna en leur disant : « Préparez-vous, ô Banû Kinâna, pour la guerre, car vous saurez aujourd’hui qui sont les véritables cavaliers. » Ils continuèrent jusqu’à s’arrêter devant le fossé.
Lorsqu’ils le virent, ils dirent : « Par Dieu, voilà bien un stratagème que les Arabes ne pratiquaient pas. » Ils se dirigèrent alors vers un endroit étroit du fossé et y lancèrent leurs montures, qui le franchirent pour se retrouver dans la zone sableuse entre le fossé et le mont Sal‘. ‘Alî ibn Abî Ṭâlib sortit avec un groupe de musulmans pour bloquer l’ouverture franchie par leurs chevaux. Les cavaliers vinrent alors au trot dans leur direction.
‘Amr ibn ‘Abd Wudd avait combattu lors de la bataille de Badr jusqu’à ce qu’il fût gravement blessé, si bien qu’il ne participa pas à Uḥud. Mais le jour du Fossé, il se présenta, son équipement de combat visible, pour faire étalage de sa bravoure. Quand il s’arrêta avec ses hommes, il cria : « Qui veut m’affronter en duel ? » Alors, ‘Alî ibn Abî Ṭâlib (qu’Allâh l’agrée) s’avança. ‘Alî lui dit : « Ô ‘Amr ! Tu avais promis devant Dieu que si un Qurayshite te conviait à l’une de deux choses, tu les accepterais. » Il répondit : « Oui. » ‘Alî répliqua : « Eh bien, je t’invite à Dieu, à Son Messager et à l’islam. » ‘Amr dit : « Je n’en ai que faire. » ‘Alî poursuivit : « Alors je t’appelle au combat. » ‘Amr répliqua : « Pourquoi, ô fils de mon frère ? Par Dieu, je n’aime pas devoir te tuer. » ‘Alî répondit : « Par Dieu, moi, j’aimerais te tuer. » À ces mots, ‘Amr se mit en colère, sauta de sa monture, lui coupa les jarrets et frappa son visage. Ensuite il s’avança vers ‘Alî, et ils s’affrontèrent jusqu’à ce qu’’Alî (qu’Allâh l’agrée) le tue. Les cavaliers ennemis s’enfuirent alors, franchissant le fossé pour s’échapper.
Ibn Isḥâq (2) dit : ‘Alî ibn Abî Ṭâlib composa à ce sujet ces vers :
« Il a défendu les pierres par la folie de son jugement, tandis que moi j’ai défendu le Seigneur de Muḥammad avec clairvoyance.
Puis je suis reparti alors qu’il gisait au sol, tel un tronc entre les collines et les amas de sable.
Je m’abstins de prendre ses vêtements ; pourtant, si j’avais été démuni, j’aurais pu en faire mon butin.
Ne pensez pas que Dieu abandonnera Sa religion ni Son Prophète, ô vous les coalisés. »
Ibn Hishâm ajoute : « La plupart de ceux qui s’y connaissent en poésie doutent que ces vers soient d’‘Alî. »