Il rapporta :
« Mukhshî ibn ‘Amr ad-Damrî vint à la rencontre du Prophète (que la paix et la bénédiction soient sur lui) ; il avait conclu un pacte avec lui lors de l’expédition de Waddân au sujet des Banû Ḍumra. Il lui dit : “Ô Muhammad, es-tu venu pour affronter Quraych près de ce point d’eau ?” Il répondit : “Oui, ô frère des Banû Ḍumra. Et si tu le souhaites, nous pouvons annuler ce qui nous lie et te combattre, jusqu’à ce que Dieu tranche entre nous et toi.” Il rétorqua : “Non, par Dieu, ô Muhammad, nous n’avons nul besoin de cela.” Le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction soient sur lui) retourna alors à Médine sans avoir rencontré d’hostilités.
Ibn Isḥâq (1) a dit : ‘Abd Allâh ibn Rawâḥa prononça alors – au sujet de leur attente d’Abû Sufyân et de sa décision de rentrer avec Quraych cette année-là – les vers suivants. Ibn Hishâm rapporta également que Abû Zayd les lui récita, en les attribuant à Ka‘b ibn Mâlik (2) :
[de la mesure at-ṭawîl]
“Nous avions donné rendez-vous à Abû Sufyân à Badr, mais nous n’avons rien vu
De sa parole qui fût vraie, il ne tint pas son engagement.
Je jure que s’il nous avait rejoints et fait face,
Il serait rentré humilié et aurait perdu ses alliés.
Là-bas, nous avons laissé les membres déchirés de ‘Utba et de son fils,
Et ‘Amr Abû Jahl, nous l’avons abandonné gisant.
Vous avez désobéi au Messager de Dieu : malheur à votre religion
Et à votre sombre conduite, qui n’a fait que vous égarer.
Car, même si vous me réprimandez, je le dis haut et fort :
Je sacrifierais pour le Messager de Dieu ma famille et mes biens.
Nous l’avons écouté, nous n’en avons préféré aucun autre parmi nous :
Tel un astre lumineux, il nous guide dans la nuit obscure.”
Ibn Isḥâq poursuivit : Ḥassân ibn Thâbit composa aussi, à ce sujet (3) :
[de la même mesure]
“Abandonnez donc les routes menant au Shâm, car les sépare de vous
Une lutte féroce, aussi béante que la gueule des chamelles sur le point de mettre bas,
Aux mains d’hommes qui ont émigré vers leur Seigneur,
Véritables soutiens [de la cause divine], épaulés par les Anges.
Si elle [la caravane] prend pour le bas-pays la route depuis le fond de ‘Âlij,
Dites-lui qu’en vérité, cette voie n’est pas la sienne.
Nous sommes restés huit jours près du puits d’ar-Rass an-Nuzû‘,
Sur un plateau escarpé, imposant, aux vastes étendues.
Montés sur chaque cheval alezan dépassant la moitié de sa lignée,
Et sur de grandes chamelles aux cous hauts et saillants.
Tu vois les racines de l’arfaj sauvage dispersées
Par les sabots des montures qui arpentent la route.
Si, dans nos pérégrinations, nous croisons Furât ibn Ḥayyân,
Qu’il soit voué alors à la destruction.
Et si, après lui, nous rencontrons Qays ibn Imri’ al-Qays,
Son teint s’assombrira davantage sous l’effet de la terreur.
Transmets donc, de ma part, un message à Abû Sufyân,
Car tu comptes parmi ces hommes crédules, semblables à des vagabonds.”
Puis il dit : Abû Sufyân ibn al-Ḥârith ibn ‘Abd al-Muṭṭalib – qui embrassa l’islam par la suite – lui répondit :
[de la mesure at-ṭawîl]
“Ô Hassân, certes, nous aussi, ô fils de celle qui mange le ghaf,
Et ton aïeul tout autant, nous neutralisons les imprudents de même façon.”