Les Banû an-Nadîr reçurent ces propos : « Tenez bon et fortifiez-vous ! Nous ne vous abandonnerons pas. Si l’on vous combat, nous combattrons à vos côtés. Si l’on vous chasse, nous partirons avec vous. » Ils attendirent donc ce soutien, qui ne se produisit pas ; et Dieu jeta la terreur dans leurs cœurs. Ils demandèrent alors au Messager d’Allah (ﷺ) de leur permettre de partir et d’épargner leur vie, à condition qu’ils puissent emporter tout ce que leurs chameaux pourraient porter de leurs biens, à l’exception de l’armement (1). Il accepta.
Al-‘Awfî rapporte, d’après Ibn ‘Abbâs, qu’il leur a donné à chaque groupe de trois hommes un chameau pour se relayer (monture) ainsi qu’une outre (2).
Il est également rapporté (3), par la chaîne de transmission issue de Ya‘qûb ibn Muhammad az-Zuhrî, d’Ibrâhîm ibn Ja‘far ibn Mahmûd ibn Muhammad ibn Maslamah, de son père, de son grand-père, de Muhammad ibn Maslamah, que le Messager d’Allah (ﷺ) l’envoya auprès des Banû an-Nadîr pour leur accorder un délai de trois nuits avant leur exil.
Al-Bayhaqî (4) et d’autres ont transmis qu’ils (les Banû an-Nadîr) possédaient des dettes à échéance. Le Messager d’Allah (ﷺ) leur aurait dit : « Réduisez-en la somme et voulez-en le paiement immédiat. » L’authenticité de ce récit suscite toutefois des réserves ; Dieu sait mieux.
Ibn Ishâq (5) rapporte qu’ils emportèrent leurs biens dans la limite de ce que les chameaux pouvaient porter. Chacun d’eux démolissait sa maison : il en retirait le bâti de la porte pour le charger sur le dos du chameau, puis partait ainsi. Certains se rendirent à Khaybar, d’autres en Syrie. Parmi les notables qui gagnèrent Khaybar, on compte Sallâm ibn Abî al-Huqayq, Kinânah ibn al-Rabî‘ ibn Abî al-Huqayq et Huyayy ibn Akhtab. Lorsqu’ils s’y installèrent, les habitants de Khaybar leur prêtèrent allégeance.
Selon le récit qu’Abd Allâh ibn Abî Bakr (6) a rapporté à Ibn Ishâq, ces émigrés furent accueillis par leurs femmes, leurs enfants et leurs biens, aux sons des tambourins et des flûtes, accompagnés de chanteuses se produisant derrière eux, dans une ostentation et une vanité que l’on n’avait jamais vues chez une tribu de leur époque.
Ils laissèrent donc leurs propriétés – palmeraies et terres cultivables – au Messager d’Allah (ﷺ), lesquelles devinrent un bien qui lui était exclusivement réservé ; il pouvait en disposer comme il l’entendait. Il les répartit entre les tout premiers Émigrés, à l’exclusion des Ansâr, sauf pour Sahl ibn Hunayf et Abû Dujâna, qui mentionnèrent leur indigence : il leur octroya alors une part. Certains auteurs ajoutent aussi al-Hârith ibn as-Simmah, comme le rapporte as-Suhaylî (7).
Ibn Ishâq (8) précise qu’aucun membre des Banû an-Nadîr n’embrassa l’islam, hormis deux hommes : Yâmîn ibn ‘Umayr ibn Ka‘b – cousin de ‘Amr ibn Juhâsh – et Abû Sa‘d ibn Wahb, qui purent ainsi préserver leurs biens. Ibn Ishâq ajoute encore : certains membres de la famille de Yâmîn m’ont rapporté que le Messager d’Allah (ﷺ) lui dit : « Ne vois-tu pas ce que nous a fait subir Ibn… »