Abou Sufyân ibn Harb, si vous trouvez une occasion favorable, tuez-le ! »
‘Amr raconta : « Mon compagnon et moi nous mîmes donc en route jusqu’à atteindre la vallée de Ya’jaj. Nous y avons attaché notre chameau. Mon compagnon me dit : « Ô ‘Amr, souhaiterais-tu que nous entrions à La Mecque, que nous fassions sept tours autour de la Ka‘ba et que nous priions deux unités de prière ? » Je lui répondis : « Je connais La Mecque mieux que quiconque. Si ses habitants me voient, ils me reconnaîtront. Je sais aussi comment est le peuple de La Mecque : quand vient le soir, ils se rassemblent devant leurs maisons, et ils ne nous laisseront pas passer inaperçus. » Cependant, il insista, et nous nous y rendîmes. Nous accomplîmes sept tours autour de la Ka‘ba(1) et priâmes deux unités de prière.
Lorsque je sortis, je tombai nez à nez avec Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân, qui me reconnut et s’écria : « C’est ‘Amr ibn Umayya ! » Il en informa aussitôt son père, et les gens de La Mecque dirent alors : « ‘Amr ne vient jamais pour une bonne cause. » En effet, ‘Amr avait la réputation d’être un homme redoutable à l’époque préislamique. Les Mecquois se mobilisèrent et se rassemblèrent, tandis que ‘Amr et Salama s’enfuirent et se réfugièrent en hauteur dans la montagne. ‘Amr raconta : « Je me suis dissimulé dans une grotte et y suis resté jusqu’au matin. Eux, de leur côté, passèrent la nuit à nous chercher sur la montagne, mais Dieu leur rendit la route de Médine introuvable, si bien qu’ils ne détectèrent pas notre monture. Lorsque vint le lendemain en fin de matinée, voilà qu’arriva ‘Uthmân ibn Mâlik ibn ‘Ubayd Allâh at-Taymî, venu couper de l’herbe pour son cheval.
Je dis alors à Salama ibn Aslam : « S’il nous aperçoit, il va alerter les gens de La Mecque, qui ne sont plus très loin de nous. » Il s’approcha peu à peu de l’entrée de la grotte, jusqu’à ce qu’il découvre notre présence. Je sortis alors vers lui et le frappai d’un coup de poignard sous la poitrine. Il tomba avec un grand cri, alertant ainsi les Mecquois. Ils accoururent après s’être dispersés, tandis que je me réfugiais dans la grotte en disant à mon compagnon : « Ne bouge pas. » Ils le trouvèrent et l’interrogèrent : « Qui t’a tué ? » Il répondit : « ‘Amr ibn Umayya ad-Damrî. » Abou Sufyân s’exclama : « Nous savions bien qu’il n’était pas venu pour un bien ! » Il ne put cependant pas leur indiquer où nous nous trouvions, car il rendit l’âme à ce moment-là. Ils furent occupés par le sort de leur homme, le portèrent ailleurs, et abandonnèrent nos recherches. Nous restâmes donc deux nuits à cet endroit avant de reprendre la route.
Mon compagnon me dit ensuite : « Ô ‘Amr ibn Umayya, voudrais-tu que nous fassions descendre Khubayb ibn ‘Adî ? » Je lui demandai : « Où est-il ? » Il répondit : « Là-bas, il est attaché à un poteau, avec des gardes tout autour. » Je lui dis : « Laisse-moi faire et éloigne-toi de moi. Si tu constates le moindre danger, pars vers notre chameau et rejoins le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) pour l’informer, et laisse-moi me débrouiller ; je connais bien la route de Médine. » Je fonçai donc jusqu’à lui. Je le décrochai et le mis sur mon dos. Mais à peine avais-je parcouru une vingtaine de coudées qu’ils se réveillèrent et se mirent à ma poursuite. Je jetai alors le corps, et je n’oublierai jamais le bruit sourd(2) qu’il fit en touchant le sol. Puis je le recouvris rapidement de terre avec mes pieds. Je partis ensuite vers la route de Safrâ’, tandis qu’ils abandonnèrent la chasse à cause de leur fatigue. Je savais qu’ils ne pourraient pas m’atteindre tant qu’il me resterait un souffle de vie.
Mon compagnon, de son côté, se dirigea vers notre chameau, le monta et rejoignit le Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) pour l’informer de la situation, tandis que je continuai seul jusqu’à ce que j’arrive à al-Ghamîm, près de Dajjân. Je me cachai dans une grotte avec mon arc, mes flèches et mon poignard. Alors qu’y demeurais, un homme de Banû Bakr, de la branche de Banû Dayl, apparut : il était borgne, de grande taille, et conduisait chèvres et moutons. Il entra dans la grotte et s’exclama : « Qui est là ? » Je répondis : « Un homme de Banû Bakr. » Il me dit : « Je suis aussi des Banû Bakr. » Il s’allongea et se mit à fredonner à pleine voix :
« Tant que je vivrai, je ne suis pas musulman,
Et jamais je ne suivrai la religion des musulmans. »
Je me dis alors : « Par Dieu, j’espère bien te tuer. » Lorsqu’il s’endormit, je me levai et lui infligeai le coup de grâce, sans doute le plus violent que j’aie jamais porté. Puis je sortis de la grotte et poursuivis mon chemin. Une fois arrivé sur le sentier en contrebas, je tombai sur deux hommes que Quraysh avait dépêchés pour recueillir des renseignements. Je leur criai : « Rendez-vous ! » Mais l’un d’eux refusa. Je le visai alors avec une flèche et le tuai. Constatant cela, l’autre se rendit. Je l’attachai solidement et repris ma route. »