«Et parmi les gens, il en est qui sacrifient leur propre personne pour rechercher l’agrément d’Allah, et Allah est plein de compassion envers Ses serviteurs.» (Al-Baqara, v. 207)
Ibn Ishaq a dit : «Parmi les pièces de poésie rapportées au sujet de cette expédition se trouve celle attribuée à Khubaib lorsqu’ils se mirent tous d’accord pour le mettre à mort.» Ibn Hisham ajoute : «Certaines personnes la lui contestent.» Voici les vers (mètre at-ṭawîl) qui lui sont attribués :
«Les coalitions se sont rassemblées autour de moi et ont ameuté
Leurs tribus, réunissant tout un rassemblement.
Tous manifestent leur hostilité et s’acharnent contre moi,
Car je suis captif, entravé et abandonné.
Ils ont fait venir leurs fils et leurs femmes,
Et l’on m’a conduit près d’un tronc robuste et élevé.
Je me tourne vers Allah, à qui je me plains de mon isolement puis de mon affliction,
Et de ce que les ennemis préparent pour l’instant de mon exécution.
Le Maître du Trône me donnera la patience face à ce qui m’attend,
Alors qu’ils découpent ma chair et anéantissent mon espoir.
Tout cela est pour la Cause d’Allah ; et s’Il le veut,
Il bénira les membres déchirés d’un corps morcelé.
Ils me proposèrent l’apostasie et, sans cela, la mort,
Mes yeux se remplirent de larmes, mais non par lâcheté.
Je ne crains pas la mort, c’est une fin inéluctable,
Mais je redoute le brasier d’un feu brûlant.
Par Allah, je n’attends rien d’autre, si je meurs en musulman,
Que peu importe le flanc sur lequel je serai étendu pour la cause d’Allah.
Je ne manifesterai aucun signe de soumission envers l’ennemi
Ni ne faiblirai, car c’est vers Allah que se fait mon retour.»
Dans le «Ṣaḥīḥ» d’al-Bukhārī, on rapporte deux vers issus de ce poème :
«Je ne me soucie guère, si je suis tué en tant que musulman,
Quel que soit le côté sur lequel je tombe pour la cause d’Allah.
Car tout cela est pour Allah, et s’Il le veut,
Il bénira les membres déchirés d’un corps morcelé.»
Hassân ibn Thâbit (2) pleura Khubaib (comme le rapporte Ibn Ishaq) en disant (mètre al-basît) :
«Pourquoi tes yeux ne cessent-ils de laisser couler leurs larmes,
Abondantes sur la poitrine comme des perles agitées ?
C’est à la mémoire de Khubaib, le plus vaillant des braves qu’ils connaissent,
Sans jamais faillir ni céder à la témérité quand tu le rencontres.
Pars donc, Khubaib, qu’Allah te rétribue de la meilleure façon,
Et t’accorde le Paradis éternel auprès des houris, dans la douceur.
Que direz-vous si le Prophète vous interroge,
Alors que se tiendront là les anges vertueux à l’horizon ?
Pourquoi avoir tué le martyr d’Allah pour un homme,
Tyran qui avait semé trouble et désolation à travers pays et contrées ?»
Ibn Hishâm précise qu’il a omis certains de ses vers, car ils étaient trop virulents. Enfin, Hassân (3) composa une satire à l’encontre de ceux, parmi Banû Lihyân, qui avaient trahi les compagnons d’ar-Rajî‘, toujours selon Ibn Ishaq (mètre al-basît) :