Mon œil a pleuré, et il est juste qu’il pleure… Mais que peuvent y changer les larmes et les lamentations ?
C’est pour le Lion de Dieu que je verse mes pleurs, au matin où l’on s’écria : « Est-ce Hamza, cet homme tombé au combat ? » Par sa perte, tous les musulmans ont été atteints, et le Messager lui-même en fut éprouvé. Ô Abâ Ya‘lâ, pour toi les fondements se sont ébranlés, et la noblesse bienfaisante et généreuse est endeuillée. Que la paix de ton Seigneur soit sur toi dans des Jardins où demeure un délice qui ne s’éteint jamais.
Ô vous, les vertueux de la famille Hâshim, patience ! Car tous vos actes sont honorables et beaux. Le Messager de Dieu se montre endurant, noble, et parle sous l’ordre de Dieu en disant : « Qui fera parvenir mes paroles à la tribu de Lu’ayy ? Après ce jour, la situation basculera. Et déjà auparavant, ils avaient connu nos assauts et en avaient ressenti la portée, apaisant ainsi toute soif de représailles. Auriez-vous donc oublié nos coups portés près du puits de Badr, cet aurore où la mort rapide vous a surpris ? »
Ce fut ce même matin où Abû Jahl gisait, foudroyé, tandis que les oiseaux rodaient au-dessus de lui ; où ‘Utba et son fils tombèrent tous deux, et où Shayba fut tranché par l’épée affûtée. Nous avons laissé Umayya gisant sur le sol, frappé en pleine poitrine par une lame puissante. Et si l’on interroge les fils de Rabî‘a, ils sauront dire qu’il demeure encore, sur nos épées, les brèches de leurs défaites.
(1) Ô Hind, pleure sans te lasser, toi qui es éplorée et bouleversée. Mais ne montre aucune joie maligne au sujet de Hamza, car voilà que votre gloire elle-même se trouve humiliée.
Ibn Ishaq rapporte (2) que Safiyya bint ‘Abd al-Muttalib, mère d’az-Zubayr, tante du Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) – qu’Allah soit satisfait d’eux tous – s’exprima ainsi pour pleurer son frère Hamza bint ‘Abd al-Muttalib :
« Craintive, je m’enquis des gens d’Uhud à propos de mon frère, de peur qu’un étranger ou un familier ne révèle la nouvelle à mes sœurs. Le connaisseur me dit : “Hamza a péri, lui qui fut le soutien du Messager de Dieu, le meilleur des soutiens.” Le Dieu de vérité, le Maître du Trône, l’a appelé à un Jardin où règnent la vie et la félicité. C’est bien là ce que nous espérions pour Hamza, le jour du Jugement : la meilleure destinée.
Par Dieu, je ne t’oublierai pas tant que soufflera la brise, te pleurant et m’attristant, que je sois au repos ou en voyage, pour le Lion de Dieu qui était un rempart défendant l’islam contre tout infidèle obstiné. Ah, si seulement ma chair et mes os eussent pu, à cet instant, être livrés aux grands fauves ou aux vautours ! Je dis cela, car ma tribu a fait connaître la triste nouvelle : que Dieu récompense au mieux quiconque fut un frère et un soutien. »