Ce fut au matin où, armés de leurs épées, les fils des Aws et des Khazraj répondirent tous ensemble, ainsi que les partisans d’Ahmad, lorsqu’ils s’allièrent autour de la Vérité, lumière et voie droite. Ils ne cessèrent de frapper les champions valeureux et d’avancer sous la poussière grandissante du combat, jusqu’à ce que le Souverain les appelât à un jardin, luxurieux refuge où l’on pénètre. Ainsi en fut-il pour Hamza, qui tint fidèlement sa promesse, muni d’une épée intrépide et tranchante. Tous périrent dans l’épreuve, restant fermes dans la religion de Dieu, sans jamais s’en détourner.
C’est alors qu’il croisa l’esclave des Banou Noufel, furieux comme un chameau noir, qui lui porta un coup de lance comparable à un météore enflammé, s’embrasant dans la ardente braise. Nu‘mân fut loyal à son pacte et Hanzala le vertueux ne manqua point à sa parole, demeurant dans la vérité jusqu’à ce que son âme atteigne cette demeure superbe, ornée de pierreries. Jamais ils ne feront partie de ceux qui, parmi vous, gisent dans l’abîme redouté du Feu.
Ibn Ishaq (1) rapporte ces vers attribués à Hassan ibn Thabit, qui pleure Hamza et ceux qui tombèrent parmi les musulmans au jour d’Uhud. Ils suivent la même rime qu’une ode d’Umayya ibn Abi al-Salt dédiée aux polythéistes tués lors de la bataille de Badr. Ibn Hisham note que certains spécialistes de la poésie mettent en doute l’attribution de ce poème à Hassan — Dieu sait mieux.
[Extrait en mètre « maǧzūʾ ar-raǧaz »] :
« Ô Mayy, lève-toi avec ton clan et pleurez, à Suḥayra, la peine des lamentations, telles celles qui portent un lourd fardeau, ployant sous leur charge et criant leur détresse. Elles poussent des plaintes, se griffant le visage, elles qui étaient nobles et préservées. Les flots de leurs larmes rappellent ces pierres dressées, teintes du sang des sacrifices. Elles détachent leurs tresses, faisant apparaître leurs mèches, telles des queues de chevaux sous le soleil, prêtes à charger. Au milieu des combattants vaincus ou captifs, ballottés par les vents contraires, elles pleurent d’intense chagrin, épuisées par le coup du destin. Leur cœur est atteint par une blessure dont la violence brise et ravage.
C’est ainsi que l’adversité a frappé ceux que nous espérions lorsque nous apparaissions au grand jour : les compagnons d’Uhud, emportés par le destin, d’un coup qui mutile. Ils étaient nos cavaliers et nos protecteurs quand nous dépêchions des patrouilles. Ô Hamza, non — par Dieu, je ne t’oublierai jamais, tant que les chamelles gémiront. »