Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Puis nous nous mîmes en route, tels un nuage chargé de grésil… et les chefs des Banû an-Najjâr se levèrent pour la pleurer.

Comme si leurs têtes, au cœur de la mêlée, étaient des éclats d’œufs issus d’une couvée tachetée, jetés hors du nid par son oiseau.

Ou bien des coloquintes secouées par le vent sur une branche desséchée, qu’assaillent tour à tour ses rafales.

Nous prodiguons l’argent en abondance, sans compter, et nous frappons de biais les chevaux en plein coin de l’œil.

Et combien de nuits où le boucher se réchauffe auprès des entrailles, tandis que l’on réserve la banquet aux riches qui y ont été conviés.

Ou de nuits, lors du mois de Jumâdâ — si âpres, si typiques de la rudesse de Jumâdâ — qui ont dispersé leurs captifs.

En ces nuits, le chien n’aboie qu’une seule fois, transi de froid, et nulle vipère ne s’aventure au-dehors.

J’y ai allumé pour l’homme en détresse un brasier ardent, flamboyant comme l’éclair, dont je protégeais les feux.

‘Amr et son père avant lui m’ont légué tout cela : ils surpassaient les autres par ce don qu’ils renouvelaient sans cesse.

Ils rivalisaient avec les nuées chargées de pluie, et jamais leurs hauts faits ne déchurent de la cime de la grandeur.

Ibn Isḥâq (1) dit : Alors Ḥassân ibn Thâbit — qu’Allâh l’agrée — lui répondit :
(Ibn Hishâm ajoute : Ces vers sont aussi attribués à Ka‘b ibn Mâlik et à d’autres. Pour ma part, je remarque que l’attribution d’Ibn Isḥâq est plus répandue et mieux attestée, et Allâh sait mieux.)
— (mètre al-basît) —

“Vous avez conduit Kinâna, par ignorance et sottise,
vers le Messager, et l’armée de Dieu les couvrira de honte.

Vous les avez menés vers les abreuvoirs de la mort, à découvert :
l’Enfer les attend, et la tuerie les atteindra.

Vous les avez rassemblés comme un ramassis d’Aḥâbîsh sans noblesse :
chefs de l’incroyance, vos idoles vous ont leurrés.

Pourquoi n’avez-vous pas tiré leçon de la cavalerie de Dieu quand elle mit à mort
les gens du puits, et ceux que nous y avons précipités ?

Que de prisonniers avons-nous libérés sans rançon,
que de têtes rasées dont nous fûmes les protecteurs !”

Ibn Isḥâq (2) dit encore : Ka‘b ibn Mâlik s’exprima ainsi,
répondant également à Hubayra ibn Abî Wahb al-Makhzûmî :
(mètre at-ṭawîl)

“N’a-t-on pas informé Ghassân à notre sujet, bien qu’un vaste désert nous sépare ?
Terres pierreuses et distingues, où l’allure vacille.

Terres sablonneuses, hauts sommets dont l’atmosphère, vue de loin,
semble être un nuage stagné, partant en lambeaux.

Dans de tels lieux, les chamelles robustes progressent lentement,
et là où gronde la sécheresse, la pluie abondante s’épanouit.

On y voit les carcasses des bêtes épuisées, dont les ossements blanchissent
tout comme le lin blanchi des marchands.

Gazelles et oryx y errent à la file, et œufs d’autruche,
leur coquille fendillée, y sont exposés.

Dans la défense de notre religion, nous nous battons avec chaque épée redoutable,
affûtée, dont la garde brille.

Et tout glaive silencieux dans son fourreau, qui, lorsqu’on le brandit,
semble un récipient pleinement rempli d’eau.”

(1) Voir « La Sîra du Prophète » d’Ibn Hichâm (t. 2, p. 131) et les vers dans le « Dîwân de Ḥassān ibn Thâbit » (t. 1, p. 166), avec quelques différences dans leurs formulations. (2) Voir « La Sîra du Prophète » d’Ibn Hichâm (t. 2, p. 132) et les vers dans le « Dîwân de Kaʿb ibn Mālik al-Anṣârî », pp. 180‑185.
ثمّتَ رحنا كأنّا عارضٌ بردٌ … وقَام هام بني النجّار يبكيها كأنّ هامهم عند الوغى فلقٌ … من قيض رُبدٍ نفته عن أداحيها أو حنظلٌ ذعذعتْه الرِّيح في غصنٍ … بالٍ تعاوره منها سوافيها قد نبذل المال سَحّا لا حساب له … ونطعنُ الخيل شزرًا في مآقيها وليلةٍ يصطلي بالفرث جازرها … يختصّ بالنّقرى المثرين داعيها وليلةٍ من جمادى ذات أنديةٍ … جربى جُماديّةٍ قد بثّ أسريها لا ينبَح الكلب فيها غير واحدةٍ … من القريس ولا تسري أفاعيها أَوقدتُ فيها لذي الضّرّاء جاحمةً … كالبرق ذاكية الأركان أحميها أورثني ذاكمُ عمرٌو ووالده … من قبله كان بالمثني يغاليها كانوا يبارون أنواء النجوم فما … دنّت عن السّورة العليا مساعيها قال ابن إسحاق (١) : فأجابه حسان بن ثابتٍ، (رضي الله عنه) ، فقال - قال ابن هشامٍ: وتروى لكعب بن مالكٍ ولغيره. قلت: وقول ابن إسحاق أشهر وأكثر، واللَّه أعلم-: [من البسيط] سقتم كنانة جهلًا من سفاهتكم … إلى الرَّسول فجند اللَّه مخزيها أوردتموها حياض الموت ضاحيةً … فالنَّار موعدها والقتل لاقيها جمعتموهم أحابيشًا بلا حسبٍ … أئمة الكُفْر غرّتكم طواغيها ألّا اعتبرتم بخيل اللَّه إذ قَتلت … أهل القليب ومن ألقينه فيها كم من أسيرٍ فككناه بلا ثمنٍ … وجزِّ ناصيةٍ كنا مواليها قال ابن إسحاق (٢) : وقال كعب بن مالكٍ، يجيب هُبيرة بن أبي وهبٍ المخزوميّ أيضًا: [من الطويل] ألا هل أتى غسّان عنا ودونهم … من الأرض خرقٌ سيره متنعنعُ صحارٍ وأعلامٌ كأنّ قتامها … من البعد نقعٌ هامدٌ متقطّع تظلّ به البُزل العراميس رزّحًا … ويخلو به غيث السنين فيمرع به جيف الحسرى يلوح صليبها … كما لاح كتّان التّجار الموضّع به العين والآرام يمشين خلفةً … وبيض نعامٍ قيضه يتفلّع مُجالدنا عن ديننا كلّ فخمةٍ … مذرّبةٍ فيها القوانس تلمع وكلّ صموتٍ في الصّوان كأنها … إذا لبست نِهيٌ من الماء مترع
(١) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ١٣١) والأبيات في "ديوان حسَّان بن ثابت" (١/ ١٦٦) مع بعض الخلاف في ألفاظها. (٢) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ١٣٢) والأبيات في "ديوان كعب بن مالك الأنصاري" ص (١٨٠ - ١٨٥).

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