Ibn Jarîr et al-Bayhaqî (1) ont rapporté ce récit. Al-Hâfiz Abû Mûsâ al-Madînî l’a également transmis dans son ouvrage intitulé 'al-Tawâlât' (2), où il mentionne un ajout surprenant en ces termes : Dieu lui dit alors : 'Tu es une créature issue de Ma création ; Je t’ai créé pour ce que J’ai voulu. Meurs donc d’une mort après laquelle tu ne vivras jamais.'
Parmi les anges dont les noms sont explicitement mentionnés dans le Coran, on compte Hârût et Mârût, selon l’avis de nombreux Anciens. Il existe à leur sujet quantité de récits relatant leur histoire et leur destinée, dont la plupart relèvent des traditions israélites.
L’imam Ahmad a rapporté un hadith remontant au Prophète, attribué à Ibn ‘Umar, qu’Ibn Hibbân a déclaré authentique dans son livre 'Taqâsîm' (3). Pour ma part, j’émets des doutes quant à son authenticité. Il est plus plausible qu’il s’agisse d’un hadith interrompu (mauqûf) attribué à ‘Abd Allâh ibn ‘Umar et qu’il fasse partie de ce qu’il a entendu de Ka‘b al-Ahbâr, comme l’expliquera la suite, et Dieu est plus savant. Ce hadith relate qu’al-Zuhra (Vénus) se présenta à eux sous la forme d’une femme parmi les plus belles créatures.
‘Alî, Ibn ‘Abbâs et Ibn ‘Umar ont également rapporté qu’al-Zuhra était une femme. Quand ils lui demandèrent ce dont il est fait mention, elle refusa de leur répondre jusqu’à ce qu’ils lui enseignent le Nom Suprême ; ils le lui enseignèrent, et lorsqu’elle le prononça, elle s’éleva jusqu’au ciel pour devenir une étoile (4).
Quant à al-Hâkim, il rapporte dans son 'Mustadrak', d’après Ibn ‘Abbâs : 'À cette époque, il y avait une femme dont la beauté surpassait celle de toutes les femmes, comme l’éclat de la planète Vénus domine celui des autres astres' (5). C’est là le meilleur propos connu au sujet d’al-Zuhra.
Certains ont avancé que leur histoire et ce qui leur advint eurent lieu à l’époque du Prophète Idrîs. D’autres ont dit que cela se déroula à l’époque de Salomon, fils de Dâwud, comme nous l’avons précisé dans le Tafsîr (6).
En somme, il s’agit d’un récit d’origine israélite qui remonte à Ka‘b al-Ahbâr, comme le rapporte ‘Abd al-Razzâq dans son Tafsîr, d’après al-Thawrî, d’après Mûsâ ibn ‘Uqba, d’après Sâlim, d’après Ibn ‘Umar, lequel le tient de Ka‘b al-Ahbâr (7). Cette chaîne de transmission est la plus solide et la plus fiable, et Dieu est plus savant.
On a par ailleurs avancé que, dans le verset : '… et ce qui fut révélé aux deux anges à Babylone, Hârût et Mârût' [al-Baqara, 102], il serait question de deux tribus de jinns, comme l’a affirmé Ibn Hazm. C’est une opinion singulière, qui s’éloigne du sens premier du texte.