Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ce jour-là, il était encore polythéiste et passa devant le Messager d’Allah (ﷺ), qui se trouvait à Ḥamrā’ al-Asad. Il lui dit : «Ô Muhammad, par Allah, ce qui t’est arrivé, à toi et à tes compagnons, nous a peinés ; nous aurions souhaité qu’Allah te préserve parmi eux.» Puis il s’en alla, tandis que le Messager d’Allah (ﷺ) séjournait à Ḥamrā’ al-Asad jusqu’à ce qu’il rencontrât Abū Sufyān ibn Ḥarb et ceux qui l’accompagnaient à ar-Rawḥā’. Eux avaient résolu de faire demi-tour pour attaquer de nouveau le Messager d’Allah (ﷺ) et ses compagnons, en disant : «Nous avons déjà frappé le cœur de ses compagnons, ainsi que leurs chefs et leurs notables, et nous nous en irions sans les anéantir complètement ? Non, nous allons revenir à la charge contre ceux qui restent pour en finir définitivement avec eux !»

Quand Abū Sufyān aperçut Ma‘bad, il lui demanda : «Quelles nouvelles apportes-tu, ô Ma‘bad ?» Il répondit : «Muhammad est sorti avec ses compagnons et vous recherche à la tête d’une armée dont je n’ai jamais vu l’équivalent, brûlant d’envie de vous retrouver. Se sont joints à lui ceux qui étaient restés en arrière lors de votre précédente attaque et qui regrettent maintenant leur manque de participation. Ils sont animés d’une colère contre vous que je n’ai jamais vue auparavant.» Abū Sufyān répliqua : «Malheur à toi, qu’es-tu en train de dire ?» Ma‘bad reprit : «Par Allah, je crois que vous ne pourrez partir avant de voir la crinière de leurs chevaux !» Abū Sufyān déclara : «Par Allah, nous avons bien l’intention de revenir à la charge pour les anéantir !» Mais Ma‘bad insista : «Je te déconseille vivement de le faire. Par Allah, ce que j’ai vu m’a poussé à composer à leur sujet quelques vers.» Abū Sufyān demanda : «Qu’as-tu dit ?» Ma‘bad récita :

(1) [mètre al-Basît] :
«La clameur de leurs voix faillit faire trembler ma monture
Quand la terre se mit à bouillonner sous des coursiers innombrables.
Ils chargent tels des lions d’ascendance noble, n’étant point de simples archers,
Ni des créatures lâches qui fuient au moment de l’affrontement.
Alors j’ai fui, croyant la terre penchée,
Lorsqu’ils se rallièrent sous un chef qui jamais ne fut abandonné.
J’ai dit : Malheur au fils de Ḥarb quand il les rencontrera,
Quand la plaine se gonflera d’une multitude déferlante.
Je suis un avertisseur pour quiconque est exposé au châtiment,
Pour tout homme doué d’intelligence ou de prudence.
Ils sont l’armée d’Ahmed, dont les catapultes ne sont nullement faibles (2),
Et il ne saurait être question d’ignorer l’avertissement que j’ai donné.»

Ces propos firent renoncer Abū Sufyān et les siens. Passa alors un convoi de la tribu de ‘Abd al-Qays. Abū Sufyān les appela : «Où allez-vous ?» Ils répondirent : «Vers Médine.» Il demanda : «Pourquoi ?» Ils répondirent : «Pour y chercher des vivres.» Abū Sufyān leur proposa : «Accepteriez-vous de délivrer un message de ma part à Muhammad ? En échange, je vous fournirai demain des raisins secs à ‘Ukāẓ quand vous y serez.» Ils dirent : «Oui.» Il reprit : «Lorsque vous le verrez, informez-le que nous avons décidé de marcher contre lui et ses compagnons, afin d’anéantir ceux qui restent d’entre eux.»

Le convoi parvint au Messager d’Allah (ﷺ), qui se trouvait encore à Ḥamrā’ al-Asad, et ils lui transmirent les propos d’Abū Sufyān. Alors il dit : «حَسْبُنَا اللَّهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ» («Allah nous suffit ; Il est le Meilleur garant»). Al-Ḥasan al-Baṣrī a rapporté la même chose.

Al-Bukhārī (3) a rapporté : «Nous a transmis Aḥmad ibn Yūnus – je crois qu’il a dit : “nous a transmis Abū Bakr” –, d’après Abū Ḥaṣīn, d’après Abū ḍ-Ḍuḥā, selon Ibn ‘Abbās : “﴿حَسْبُنَا اللَّهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ﴾ (Allah nous suffit ; Il est le Meilleur garant).” Ibrahim (sur lui la paix) l’a prononcé lorsqu’il fut jeté au feu, et Muhammad (ﷺ) l’a prononcé lorsque l’on vint lui dire : “﴿إِنَّ النَّاسَ قَدْ جَمَعُوا لَكُمْ فَاخْشَوْهُمْ﴾” (Sourate Āl ‘Imrān, 3:173). Cela ne fit qu’augmenter leur foi, et ils dirent : “﴿حَسْبُنَا اللَّهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ﴾.”” Ce hadith a été rapporté exclusivement par Al-Bukhārī.

Al-Bukhārī (4) a également rapporté : «Nous a transmis Muḥammad ibn Salām, nous a transmis Abū Mu‘āwiyah, d’après Hishām, d’après son père, d’après ‘Ā’ishah…»

(1) Les vers dans la « Sīra an-Nabawiyya » d’Ibn Hichām (2/103). (2) Dans la « Sīra an-Nabawiyya » d’Ibn Hichām, « Tanābila ». (3) Rapporté par al-Bukhārī, n° 4563. (4) Rapporté par al-Bukhārī, n° 4077.
يومئذٍ مشركٌ، مرّ برسول اللَّه ﷺ وهو مقيمٌ بحمراء الأسد، فقال: يا محمد، أما واللَّه لقد عزّ علينا ما أصابك في أصحابك، ولوددنا أن اللَّه عافاك فيهم. ثم خرج ورسول اللَّه ﷺ بحمراء الأسد حتى لقي أبا سفيان بن حربٍ ومن معه بالرّوحاء، وقد أجمعوا الرّجعة إلى رسول اللَّه ﷺ وأصحابه، وقالوا: أصبنا حدّ أصحابه وقادتهم وأشرافهم، ثم نرجع قبل أن نستأصلهم؟! لنكرّنّ على بقيتهم فلنفرغنّ منهم. فلما رأى أبو سفيان معبدًا قال: ما وراءك يا معبد؟ قال: محمدٌ قد خرج في أصحابه، يطلبكم في جمعٍ لم أر مثله قطُّ؛ يتحرّقون عليكم تحرّقًا، قد اجتمع معه من كان تخلّف عنه في يومكم، وندموا على ما صنعوا، فيهم من الحنَق عليكم شيءٌ لم أر مثله قطُّ. قال: ويلك ما تقول؟ قال: واللَّهِ ما أُراك ترتحل حتى ترى نواصي الخيل، قال: فواللَّه لقد أجمعنا الكرّة عليهم؛ لنستأصل شأفتهم. قال: فإني أنهاك عن ذلك، واللَّه لقد حملني ما رأيت على أن قلتُ فيه أبياتًا من شعرٍ. قال: وما قلتَ؟ قال: قلتُ (١) : [من البسيط] كادت تهدّ من الأصوات راحلتي … إذ سالت الأرض بالجرد الأبابيل تردي بأسدٍ كرامٍ لا تنابلةٍ … عند اللقاء ولا ميلٍ معازيل فظلت عدوًا أظنّ الأرض مائلةً … لمّا سموا برئيسٍ غير مخذول فقلت: ويل ابن حربٍ من لقائكمُ … إذا تغطمطت البطحاء بالجيل إني نذيرٌ لأهل البسل ضاحيةً … لكلّ ذى إربةٍ منهم ومعقول من جيش أحمد لا وخشٍ قنابلُه (٢) … وليس يُوصف ما أنذرت بالقيل قال: فثنى ذلك أبا سفيان ومن معه. ومرّ به ركبٌ من عبد القيس، فقال: أين تريدون؟ قالوا: المدينة. قال: ولم؟ قالوا: نريد الميرة؟ قال: فهل أنتم مبلّغون عني محمدًا رسالةً أرسلكم بها إليه وأحمّل لكم هذه غدًا زبيبًا بعكاظٍ إذا وافيتموها؟ قالوا: نعم. قال: فإذا وافيتموه، فأخبروه أنّا قد أجمعنا السّير إليه وإلى أصحابه؛ لنستأصل بقيتهم. فمرّ الرّكب برسول اللَّه ﷺ وهو بحمراء الأسد، فأخبروه بالذي قال أبو سفيان، فقال: "حسبنا اللَّه ونعم الوكيل" . وكذا قال الحسن البصريّ. وقد قال البخاريُّ (٣) : ثنا أحمد بن يونس - أُراه قال: - ثنا أبو بكرٍ، عن أبي حَصينٍ، عن أبي الضّحى، عن ابن عباسٍ: ﴿حَسْبُنَا اللَّهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ﴾. قالها إبراهيم، (عليه السلام) ، حين ألقي في النار، وقالها محمدٌ ﷺ حين قالوا: ﴿إِنَّ النَّاسَ قَدْ جَمَعُوا لَكُمْ فَاخْشَوْهُمْ فَزَادَهُمْ إِيمَانًا وَقَالُوا حَسْبُنَا اللَّهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ﴾ [آل عمران: ١٧٣] تفرّد بروايته البخاريّ. وقد قال البخاريُّ (٤) : حدّثنا محمد بن سَلَامٍ، حدّثنا أبو معاوية، عن هشامٍ، عن أبيه، عن عائشة،
(١) الأبيات في "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ١٠٣). (٢) في "السيرة النبوية": لابن هشام "تنابلة". (٣) رواه البخاري رقم (٤٥٦٣). (٤) رواه البخاري رقم (٤٠٧٧).

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