Abd Allâh a dit : « Le Messager d’Allâh (ﷺ) quitta Médine pour aller combattre les polythéistes. Mon père, ‘Abd Allâh, me dit alors : “Ô Jâbir, ne t’en fais pas si tu restes parmi ceux qui observent la situation à Médine, jusqu’à ce que tu voies ce qu’il adviendra de nous. Par Allâh, si je ne laissais pas derrière moi des filles, j’aurais aimé être tué sous tes yeux.” »
Jâbir poursuit : « Alors que j’étais parmi les observateurs, ma tante est arrivée avec mon père et mon oncle maternel, les ayant hissés sur le dos d’une monture. Elle les fit entrer à Médine afin de les enterrer dans nos cimetières. Soudain, un homme les rattrapa en proclamant : “Sachez que le Prophète (ﷺ) vous ordonne de ramener les martyrs et de les enterrer à l’endroit même où ils sont tombés.” Nous revînmes donc sur nos pas et les y enterrâmes. Plus tard, sous le califat de Mu‘âwiyah ibn Abî Sufyân, un homme vint me trouver et me dit : “Ô Jâbir ibn ‘Abd Allâh, par Allâh, les ouvriers de Mu‘âwiyah ont remué la tombe de ton père, si bien qu’une partie de sa dépouille est sortie.” Je m’y rendis, et je le trouvai tel que je l’avais enterré, inchangé, hormis ce qui relevait de la blessure ou du meurtre.” »
Puis, l’Imâm Ahmad rapporta le récit concernant la manière dont Jâbir s’acquitta de la dette de son père, comme cela est attesté dans « les deux Sahîh » (1).
Al-Bayhaqî (2) rapporte, par la chaîne de Hammâd ibn Zayd, d’après Ayyûb, d’après Abû al-Zubayr, d’après Jâbir ibn ‘Abd Allâh, qui dit : « Lorsque Mu‘âwiyah fit couler l’eau de la source (l’aqueduc) près des tombes de ceux qui avaient été tués à Uhud, quarante ans après cela, il nous appela à eux. Nous vînmes alors et nous les exhumâmes. La pioche atteignit alors le pied de Hamza, et le sang jaillit. »
Dans une autre version rapportée par Ibn Is h âq, d’après Jâbir, il est dit : « Nous les exhumâmes comme s’ils avaient été enterrés la veille. »
Al-Wâqidî (3) mentionne que lorsque Mu‘âwiyah voulut faire couler l’eau de la source, il fit proclamer : « Que ceux qui ont un proche tué à Uhud se présentent. » Jâbir témoigne : « Nous avons creusé et avons retrouvé mon père dans sa tombe comme s’il dormait, dans le même état où il était. J’ai aussi trouvé son voisin dans la tombe, ‘Amr ibn al-Jamûh, la main posée sur sa blessure. Quand on l’en écarta, le sang jaillit. » On raconte aussi que de leurs tombes se dégageait une odeur semblable à celle du musc — qu’Allâh leur accorde Sa miséricorde à tous —, et ce, quarante-six ans après leur inhumation.
Al-Bukhârî (4) a déclaré : « Nous a rapporté Massaddad, qui tînt de Bishr ibn al-Mufaddal, qui tînt de Husayn al-Mu‘allim, d’après ‘Atâ’, d’après Jâbir, qui dit : “Lorsque (la bataille de) Uhud arriva, mon père m’appela dans la nuit et me dit : ‘Je ne pense pas échapper à la mort. Je serai sans doute le premier de ceux qui seront tués parmi les Compagnons du Prophète (ﷺ). Or je ne laisse derrière moi personne de plus cher que toi, à part le Messager d’Allâh (ﷺ). J’ai aussi une dette à rembourser. Alors, acquitte-t’en, et veille soigneusement sur tes sœurs.’ Au matin, il fut le premier à être tué. Je l’enterrai dans la même tombe qu’un autre, mais je ne fus pas tranquille de le laisser avec quelqu’un d’autre. Je le dégageai donc six mois plus tard, et je le trouvai tel que le jour où je l’avais déposé, à l’exception d’une légère altération au niveau de son oreille.” »
Et il est établi dans « les deux Sahîh » (5), d’après une chaîne où figure Shu‘bah, d’après Muhammad ibn al-Munkadir, d’après Jâbir, que lorsqu’on tua son père