Il est rapporté d’Ibrâhîm que ‘Abd al-Raḥmân ibn ‘Awf reçut un plat alors qu’il était en train de jeûner. Il déclara : « Muṣ‘ab ibn ‘Umayr a été tué et il était meilleur que moi. Il fut enveloppé dans une pièce d’étoffe : si l’on recouvrait sa tête, ses pieds apparaissaient, et si l’on recouvrait ses pieds, sa tête était découverte. » (Et je pense qu’il ajouta :) « Ḥamza fut également tué, or il était meilleur que moi. Puis, on nous a étendu de ce monde ce qu’on nous a étendu – ou l’on nous a donné de ce bas-monde ce qu’on nous a donné –, et nous avons craint (1) que nos bonnes actions ne nous aient déjà été accordées (en ce monde). » Il se mit alors à pleurer jusqu’à délaisser son plat. Al-Bukhârî est le seul à l’avoir rapporté.
Al-Bukhârî a également dit (2) : « Aḥmad ibn Yûnus nous raconta, Zuhayr nous raconta, al-A‘mash nous raconta, d’après Shaqîq, d’après Khabbâb ibn al-Aratt, qui dit : “Nous avons émigré avec le Prophète (ﷺ), recherchant la Face d’Allâh ; dès lors, notre récompense nous fut assurée auprès de Lui. Parmi nous, certains sont partis – ou ont disparu – sans rien avoir perçu de leur rétribution. De ceux-là figure Muṣ‘ab ibn ‘Umayr, tué le jour de Uḥud. Il ne nous laissa pour tout linceul qu’une simple étoffe. À chaque fois que nous recouvrions sa tête, ses pieds apparaissaient, et quand nous recouvrions ses pieds, sa tête était découverte. Alors le Prophète (ﷺ) nous dit : « Couvrez sa tête avec l’étoffe et mettez de l’idhkhir (une plante odoriférante) sur ses pieds. » Quant à certains d’entre nous, leurs fruits ont mûri et ils les cueillent.” » Tous, à l’exception d’Ibn Mâjah, ont rapporté ce ḥadîth par diverses chaînes de l’A‘mash (3).
Al-Bukhârî rapporta encore (4) : « ‘Ubaydullâh ibn Sa‘îd nous raconta, Abû Usâmah nous raconta, d’après Hishâm ibn ‘Urwah, d’après son père, d’après ‘Â’ishah, qui raconta : “Le jour de Uḥud, les polythéistes furent mis en déroute. Alors Iblîs (qu’Allâh le maudisse) poussa un cri : ‘Ô serviteurs d’Allâh, fuyez derrière vous !’ Les premiers firent demi-tour et se heurtèrent aux derniers, si bien qu’ils se livrèrent bataille. Ḥudhayfah tomba sur eux, et s’aperçut que son père, al-Yamân, se trouvait parmi ces hommes, alors il s’écria : ‘Ô serviteurs d’Allâh, c’est mon père ! C’est mon père !’” [Et elle ajouta :] “Par Allâh, ils n’eurent pas le temps de s’arrêter avant de le tuer.” Ḥudhayfah dit alors : ‘Qu’Allâh vous pardonne.’ » ʿUrwah poursuivit : « Par Allâh, il demeura toujours chez Ḥudhayfah un reste de bien jusqu’à ce qu’il rencontrât Allâh (– glorifié soit Sa majesté –). » »
J’ai dit : « La raison en est que al-Yamân et Thâbit ibn Waqsh, vu leur âge avancé et leur faiblesse, s’étaient mis à l’abri avec les femmes dans les tours. Ils déclarèrent toutefois : ‘Il ne nous reste plus de notre délai sur terre que le temps (aussi court) que met un âne à s’abreuver.’ Ils descendirent donc pour participer au combat, et leur chemin passa près des polythéistes. Thâbit fut tué par eux, tandis qu’al-Yamân fut par erreur tué par les musulmans. Ḥudhayfah donna alors la valeur du prix du sang de son père en aumône aux musulmans et ne reprocha rien à personne, car leur excuse était manifeste. »
Section (Faṣl)
Ibn Isḥâq dit (5) : « Ce jour-là, l’œil de Qatâdah ibn Nu‘mân (6) fut atteint au point de pendre sur sa joue. Le Messager d’Allâh (ﷺ) le lui remit de sa propre main, et il devint alors l’œil le plus beau et le plus perçant de Qatâdah. »