Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Au début du jour, le Prophète (ﷺ) et ses compagnons combattirent, jusqu’à ce qu’ils aient tué sept ou neuf des porteurs de la bannière des polythéistes, et les musulmans effectuèrent un repli vers la montagne. Cependant, contrairement à ce que les gens rapportent, ils ne parvinrent pas jusqu’à la grotte : ils se trouvaient plutôt au pied du rocher appelé Al-Mahras (1). C’est alors que Satan cria : « Muhammad a été tué. » Nul ne doutait de la véracité de cette rumeur. Nous continuâmes ainsi, convaincus qu’elle était fondée, jusqu’à ce que le Messager d’Allah (ﷺ) apparût entre les deux hauteurs, et nous le reconnûmes à sa démarche caractéristique. Le bonheur nous envahit alors, comme si aucun malheur ne nous avait atteints.

Il s’avança vers nous en disant : « La colère d’Allah s’est intensifiée contre des gens qui ont ensanglanté le visage du Messager d’Allah. » Puis il répéta une autre fois : « Ô Seigneur, il ne leur appartient pas de nous dominer. » Il resta un moment auprès de nous. C’est alors qu’Abou Soufyan cria du bas de la montagne : « ‘U'lou Hubal ! (Élevez Hubal !) » par deux fois, faisant référence à sa divinité. Puis il ajouta : « Où est le fils d’Abou Kabsha ? Où est le fils d’Abou Qouhafa ? Où est le fils d’Al-Khattab ? » Omar ibn Al-Khattab dit alors : « Ô Messager d’Allah, ne devrais-je pas lui répondre ? » Le Prophète (ﷺ) répondit : « Oui. »

Lorsque Abou Soufyan répéta « ‘U'lou Hubal », Omar répliqua : « Allah est le Plus-Haut et le Plus-Grand ! » [Abou Soufyan insista : « Ô fils d’Al-Khattab, elle (votre nation) avait retrouvé sa fierté, puis elle y a renoncé. Ou bien s’en est détournée. » Il ajouta : « Où est le fils d’Abou Kabsha ? Où est le fils d’Abou Qouhafa ? Où est le fils d’Al-Khattab ? » Omar rétorqua : « Voici le Messager d’Allah (ﷺ), voici Abou Bakr, et me voici, moi Omar. »]

Abou Soufyan poursuivit : « Ce jour-ci est en échange du jour de Badr. Les jours se succèdent, et la guerre est faite d’actions réciproques. » Omar répondit : « Non, cela ne se vaut pas : nos morts sont au Paradis, tandis que les vôtres sont en Enfer. » Abou Soufyan dit alors : « Voilà ce que vous prétendez. Si tel est le cas, nous sommes bel et bien perdus. » Puis il déclara : « Sachez que vous trouverez de la mutilation parmi vos morts, mais cela n’est pas venu de l’avis de nos notables. » Il fut ensuite pris d’un élan de la fierté antéislamique et ajouta : « Mais si cela s’est produit, nous ne l’avons pas désapprouvé. »

Ce récit a été rapporté par Ibn Abî Hâtim, par Al-Hâkim dans son “Mustadrak” et par Al-Bayhaqî dans ses “Dalâ’il” (2), d’après la chaîne de transmission de Sulaymân ibn Dâwud Al-Hâshimî. Ce hadith est jugé étrange (gharîb), et c’est l’un des récits interrompus (mursal) attribués à Ibn ‘Abbâs. Cependant, il possède de nombreux témoignages concordants provenant d’autres sources. Nous en mentionnerons autant que possible, si Allah le veut, car c’est en Lui que nous plaçons notre confiance et c’est de Lui que nous implorons l’aide [Il est Celui dont on recherche l’assistance].

Al-Bukhârî (3) rapporte : « ‘Ubayd Allâh ibn Mûsâ nous a transmis, d’après Isra’îl, d’après Abou Ishâq, d’après Al-Barrâ’, qui a dit : “Ce jour-là, nous rencontrâmes les polythéistes, et le Prophète (ﷺ) posta un détachement de tireurs à l’arc, dont il confia le commandement à ‘Abd Allâh ibn Jubayr. Il leur dit : ‘Ne quittez pas votre position. Même si vous nous voyez prendre le dessus sur eux, ne bougez pas de vos places, et si vous les voyez prendre le dessus sur nous, ne venez pas non plus nous aider.’ Lorsque la bataille s’engagea (4), leurs rangs se dispersèrent au point que je vis leurs femmes courir sur la montagne, relevant la robe au-dessus de leurs chevilles, laissant paraître leurs bracelets de chevilles. Les musulmans s’écrièrent alors : ‘Au butin ! Au butin !’ Mais ‘Abd Allâh répondit : ‘Le Prophète (ﷺ) m’a donné l’ordre de ne pas bouger.’ Ils refusèrent tout de même d’en tenir compte, et quand ils s’éloignèrent, nos lignes furent prises à revers et il y eut soixante-dix tués.” »

Puis Abou Soufyan apparut au sommet et cria : « Muhammad est-il parmi vous ? » Le Prophète (ﷺ) dit : « Ne lui répondez pas. »

(1) Al-Mahrās : une source sur le mont Uhud. Ceci est mentionné par Al-Fayrūzabādī dans "Al-Maghānim Al-Muṭābah", p. 396, édité par notre savant éminent Hamad Al-Jasser. (2) Rapporté par Ibn Abī Ḥātim dans son "Tafsīr" (1644), Al-Ḥākim dans son "Al-Mustadrak" (2/296) et Al-Bayhaqī dans "Dalāʾil al-Nubuwwah" (3/269). (3) Rapporté par Al-Bukhārī, hadith n° 4043. (4) Dans la version (ṭ): « Falammā laqaynā » (Lorsque nous nous sommes rencontrés).
وأصحابه أول النهار، حتى قتل من أصحاب لواء المشركين سبعةٌ أو تسعةٌ، وجال المسلمون جولةً نحو الجبل، ولم يبلغوا -حيث يقول الناس- الغار، إنما كانوا تحت المهراس (١) ، وصاح الشيطان: قتل محمدٌ. فلم يشكّ فيه أنّه حقٌّ، فما زلنا كذلك ما نشكّ أنّه حقٌّ، حتى طلع رسول اللَّه ﷺ بين السّعدين، نعرفه بتكفُّئه إذا مشى. قال: ففرحنا كأنّه لم يصبنا ما أصابنا. قال: فرقي نحونا وهو يقول: "اشتدّ غضب [اللَّه] على قومٍ دمّوا وجه رسول اللَّه" . ويقول مرّةً أخرى: "اللهمّ [إنّه] ليس لهم أن يعلونا" . حتى انتهى إلينا فمكث ساعةً، فإذا أبو سفيان يُصيح في أسفل الجبل: [اعْلُ هُبَلْ] مرّتين، يعني آلهته أين ابن أبي كبشة؟ أين ابن أبي قحافة؟ أين ابن الخطاب؟ فقال عمر بن الخطاب: ألا أُجيبه؟ قال: "بلى" . قال: فلمّا قال: اعل هبل. قال: اللَّه أعلى وأَجَلُّ. [فقال أبو سفيان: يا بن الخطّاب، قد أنعمت عينُها فعاد عنها. أو: فعال عنها. فقال: أين ابن أبي كبشة؟ أين ابن أبي قحافة؟ أين ابن الخطاب؟ فقال عمر: هذا رسول اللَّه ﷺ ، وهذا أبو بكرٍ، وها أنا ذا عمر. قال: ] فقال أبو سفيان: يومٌ بيوم بدر، والأيام دول، وإنّ الحرب سجال. قال: فقال عمر: لا سواء، قتلانا في الجنة وقتلاكم في النار. قال: إنّكم لتزعمون ذلك، لقد خبنا إذن وخسرنا. ثم قال أبو سفيان: [أما] إنكم [سوف] تجدون في قتلاكم مُثْلَةً، ولم يكن ذلك عن رأي سراتنا. قال: ثم أدركته حميّة الجاهليّة فقال: أما إنّه إن كان ذلك لم نكرهه. وقد رواه ابن أبي حاتمٍ، والحاكم في "مستدركه" والبيهقي في "الدلائل" (٢) من حديث سليمان بن داود الهاشميّ به. وهذا حديثٌ غريبٌ، وهو من مرسلات ابن عباسٍ، وله شواهد من وجوهٍ كثيرةٍ، سنذكر منها ما تيسر، إن شاء اللَّه، وبه الثقة وعليه التّكلان، [وهو المستعان] . قال البخاريّ (٣) : ثنا عبيد اللَّه بن موسى، عن إسرائيل، عن أبي إسحاق، عن البراء قال: لقينا المشركين يومئذٍ وأجلس النبيّ ﷺ جيشًا من الرّماة، وأمّر عليهم عبد اللَّه بن جبيرٍ، وقال: "لا تبرحوا؛ إن رأيتمونا ظهرنا عليهم فلا تبرحوا، وإن رأيتموهم ظهروا علينا [فلا] تعينونا" . فلما لقيناهم (٤) هربوا، حتى رأيت النساء يشتددن في الجبل، رفعن عن سوقهن قد بدت خلاخلهنّ، فأخذوا يقولون: الغنيمة الغنيمة. فقال عبد اللَّه: عهد [إليّ] النبيّ ﷺ : أن لا تبرحوا. فأبوا، فلمّا أبوا صرفت وجوههم، فأصيب سبعون قتيلًا، وأشرف أبو سفيان فقال: أفي القوم محمدٌ؟ فقال: "لا تجيبوه" .
(١) المهراس: ماء بجبل أحد. قاله الفيروزابادي في "المغانم المطابة" ص (٣٩٦) بتحقيق شيخنا العلَّامة حمد الجاسر (رحمه الله) . (٢) رواه ابن أبي حاتم في "التفسير" (١٦٤٤) والحاكم في "المستدرك" (٢/ ٢٩٦) والبيهقي في "دلائل النبوة" (٣/ ٢٦٩). (٣) رواه البخاري رقم (٤٠٤٣). (٤) في (ط): "فلما لقينا".

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