Ils dirent : « Quraych se prépara à combattre le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) lorsque Abū Sufyān et les gens de la caravane agirent ainsi, en mobilisant leurs alliés (les Aḥābīsh)(1) et ceux qui leur obéirent parmi les tribus de Kināna et les habitants de Tihāma. Abū ʿAzza ʿAmr ibn ʿAbd Allāh al-Jumaḥī, qui avait été gracié par le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) le jour de Badr, était alors prisonnier. Il était pauvre, chargé de famille et dans le besoin.
Ṣafwān ibn Umayya lui dit : « Ô Abū ʿAzza, tu es un poète, alors soutiens-nous de ta parole et pars avec nous. » Il répondit : « Muḥammad m’a fait grâce, je ne veux donc pas m’allier contre lui. » Ṣafwān insista : « Viens tout de même nous aider toi-même. Par Dieu, si tu reviens (vivant), je t’aiderai, et si tu es tué, je ferai que tes filles soient considérées au même titre que les miennes : elles partageront ainsi nos épreuves comme notre aisance. » Abū ʿAzza sortit donc pour parcourir Tihāma et appeler Banū Kināna, en disant (dans des vers de rajaz) :
« Ô descendants de ʿAbd Manāt al-Zuzzām, vous êtes des protecteurs et votre père est protecteur ! / Que votre soutien ne fasse pas défaut après cette année ! / Ne m’abandonnez pas, car il n’est pas permis de m’abandonner. »
Puis Masāfiʿ ibn ʿAbd Manāf ibn Wahb ibn Ḥudhāfa ibn Jumaḥ partit à la rencontre de Banū Mālik ibn Kināna pour les encourager en ces termes (toujours en rajaz) :
« Ô Mālik, ô Mālik de la noble ascendance, / Réclame l’aide de la parenté et de l’obligation de protection, / Quiconque a un lien de sang ou non ! / [Souvenez-vous de] l’alliance conclue au cœur de la Ville Sacrée, / Près du Ḥaṭīm de la Kaʿba vénérable ! »
De son côté, Jubayr ibn Muṭʿim appela un esclave abyssin nommé Waḥshī, qui maniait la lance à la manière des Éthiopiens, manquant rarement sa cible. Il lui dit : « Pars avec la troupe. Si tu tues Ḥamza, l’oncle de Muḥammad, en vengeance de mon oncle Ṭuʿayma ibn ʿAdiyy, alors tu seras libéré. » Ainsi, Quraych sortit avec toute sa force, ses armes, ses alliés Aḥābīsh et ceux de Banū Kināna comme des habitants de Tihāma qui les suivaient. Ils emmenèrent aussi leurs femmes, afin de stimuler l’ardeur au combat et empêcher leurs hommes de fuir.
Abū Sufyān (Ṣakhr ibn Ḥarb) sortit à la tête de cette armée, accompagné de son épouse Hind bint ʿUtba ibn Rabīʿa. ʿIkrima ibn Abī Jahl sortit, lui aussi, en compagnie de sa femme, sa cousine Umm Ḥakīm bint al-Ḥārith ibn Hishām ibn al-Mughīra. Son oncle, al-Ḥārith ibn Hishām, quitta également la Mecque avec son épouse Fāṭima bint al-Walīd ibn al-Mughīra. Ṣafwān ibn Umayya se joignit à la troupe avec Barza bint Masʿūd ibn ʿAmr ibn ʿUmayr al-Thaqafiyya. Quant à ʿAmr ibn al-ʿĀṣ, il marcha avec Rayṭa bint Munabbih ibn al-Ḥajjāj, la mère de son fils ʿAbd Allāh ibn ʿAmr — et on rapporte que d’autres encore partirent avec leurs épouses.
Chaque fois que Waḥshī croisait Hind bint ʿUtba ou qu’elle le croisait, elle lui répétait : « Allons, Abā Dasma, venge-nous et satisfais ta vengeance ! », l’incitant à tuer Ḥamza ibn ʿAbd al-Muṭṭalib. Ils avancèrent jusqu’à ce qu’ils campent à ʿAynayn, une hauteur près de la plaine sablonneuse de Qanāh, au bord de la vallée, face à Médine. Lorsque le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) et les musulmans l’apprirent, il déclara : « Par Dieu, j’ai eu une vision favorable : j’ai vu des bœufs qu’on égorgeait, j’ai vu une ébrèche au bout de mon épée, et j’ai vu que j’enfilais ma main dans une cotte de mailles solide — je l’ai interprétée comme représentant Médine. »
Ce ḥadīth a été rapporté conjointement par al-Bukhārī et Muslim(2), d’après Abū Kuraīb, d’après Abū Usāma, d’après Burayd ibn ʿAbd Allāh ibn Abī