L’Ashraf déclara : « Par Dieu, je t’avais pourtant averti, ô Ibn Salama, que l’affaire se conclurait exactement comme je l’affirmais. » Silkân lui répondit : « Mon intention était que tu nous vendes de la nourriture, que nous laissions un gage pour te rassurer et que tu nous fasses preuve de bienveillance dans cette transaction. »
Alors l’Ashraf dit : « Vous gageriez donc vos enfants ? » Silkân rétorqua : « Tu voulais nous couvrir de honte… Sache qu’il y a parmi mes compagnons des hommes qui partagent la même opinion que moi. J’avais l’intention de t’amener ces hommes afin que tu leur vendes également (de la nourriture) tout en nous traitant avec bonté. Nous pourrions alors te donner en gage des armes dont la valeur suffirait (à couvrir notre dette). » Silkân ne voulait pas que la présence d’armes soit source de méfiance lorsqu’ils viendraient.
Il continua : « Les armes fourniraient une garantie suffisante. » Après quoi Silkân retourna auprès de ses compagnons, leur raconta ce qui s’était passé et leur suggéra de se munir de leurs armes, puis de se rendre chez le Messager de Dieu (ﷺ). Ils se rassemblèrent donc auprès de lui.
Selon Ibn Ishaq (1), Thawr ibn Zayd a rapporté, d’après ‘Ikrima, d’après Ibn ‘Abbâs, que le Messager de Dieu (ﷺ) marcha en leur compagnie jusqu’au Baqî‘ al-Gharqad, puis les exhorta en ces termes : « Allez au nom de Dieu ! Ô Seigneur, apporte-leur Ton aide ! » Ensuite, le Messager de Dieu (ﷺ) retourna chez lui en cette nuit éclairée par la lune, tandis qu’eux poursuivirent leur route jusqu’au fortin (de leur cible). Abû Nâ’ila l’interpella, car il était tout juste marié. L’homme bondit de sa couche en gardant son drap autour de lui. Son épouse le retint par un pan du tissu en disant : « Tu es un homme impliqué dans des hostilités, et ceux qui se font la guerre ne descendent pas (de leur refuge) à une heure pareille. » Il répondit : « C’est Abû Nâ’ila ! S’il m’avait trouvé endormi, il ne m’aurait pas réveillé. » Elle reprit : « Par Dieu, je perçois dans sa voix quelque chose de mauvais. » Il la rassura en lui disant : « Mensonge ! Un jeune homme répond toujours à l’appel, même pour un coup (de poignard). » Il descendit donc et s’entretint un moment avec eux.
Ils lui dirent ensuite : « Ô fils d’al-Ashraf, voudrais-tu que nous allions discuter le reste de cette nuit vers la gorge d’al-‘Ajûz ? » Il répondit : « Si vous le souhaitez. » Et ils s’en allèrent en cheminant ensemble un certain temps. Abû Nâ’ila passa alors la main dans la chevelure qu’il avait sur la tempe de l’homme, puis huma sa main et s’exclama : « Je n’ai jamais respiré un parfum aussi exquis que celui de cette nuit ! » Ils poursuivirent leur marche un moment, puis il répéta le même geste, afin qu’il ne se méfie pas. Après un nouveau moment de marche, il réitéra et agrippa fermement cette chevelure en s’écriant : « Frappez l’ennemi de Dieu ! » Leurs sabres s’abattirent sur lui, mais sans grand effet.
Selon Muhammad ibn Maslama, il se souvint alors d’un poignard (mighwâl) dissimulé dans son fourreau. Il le saisit tandis que leur cible poussait un cri si puissant que tous les forts alentour s’illuminèrent. Il glissa alors l’arme à la base du ventre (de l’ennemi), puis appuya jusqu’à atteindre son pubis. L’ennemi de Dieu s’effondra. Mais al-Hārith ibn Aws ibn Ma‘âdh fut blessé à la jambe ou à la tête par un de leurs sabres.
Ils prirent la fuite en empruntant le chemin qui passait par chez les Banû Umayya ibn Zayd, puis par les Banû Qurayza, et enfin au niveau de Ba‘âth, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la lave de al-‘Uraydh. Al-Hârith ibn Aws était à la traîne, saignant abondamment, et ils attendirent un moment qu’il les rejoigne en suivant leurs traces. Ils le prirent alors avec eux et rejoignirent le Messager de Dieu (ﷺ) à la fin de la nuit, alors qu’il était debout en prière. Ils le saluèrent, il sortit vers eux, et ils lui annoncèrent la mort de l’ennemi de Dieu. Le Prophète (ﷺ) posa sa salive sur la plaie de leur compagnon. Puis ils regagnèrent leurs demeures.
Au matin, tous les Juifs de la cité furent saisis de peur à la nouvelle de ce qui était arrivé à l’ennemi de Dieu. Aucun d’entre eux n’était à l’abri de la crainte.
Selon Ibn Jarîr (2), al-Wâqidî assure qu’ils apportèrent la tête de Ka‘b ibn al-Ashraf au Messager de Dieu (ﷺ).
Toujours selon Ibn Ishaq (3), Ka‘b ibn Mâlik composa alors ces vers (dans la mètre al-wâfir) : [vers non reproduits ici].