Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Dieu et Son Messager?»

Muhammad ibn Maslama se leva alors et dit : «Ô Messager de Dieu, souhaites-tu que je le tue ?» Il répondit : «Oui.» Il demanda : «Autorise-moi à dire certaines choses (pour tromper l’ennemi).» Le Prophète (ﷺ) dit alors : «Dis.»

Muhammad ibn Maslama alla trouver Kaʿb et lui déclara : «Cet homme (le Prophète) nous demande l’aumône, et cela nous a fatigués. Je suis donc venu te demander un prêt.» Kaʿb répondit : «Par Dieu, vous finirez par vous lasser de lui !» Muhammad ibn Maslama répliqua : «Nous l’avons suivi et ne désirons pas le quitter tant que nous ne saurons pas où ses affaires le mèneront. C’est pourquoi nous voulions que tu nous avances quelque chose.» Kaʿb accepta : «Très bien, mais en échange, laissez-moi un gage.» Muhammad ibn Maslama demanda : «Qu’attends-tu de nous ?» Il répondit : «Mettez en gage vos femmes.» Ils s’exclamèrent : «Comment pourrions-nous te donner nos femmes, alors que tu es le plus bel homme des Arabes ?» Kaʿb suggéra : «Alors, mettez en gage vos enfants.» Ils répondirent : «Comment pourrions-nous te remettre nos enfants ? S’il arrivait qu’on en insulte un en disant : “Il est l’otage d’un ou de deux sacs de provision”, ce serait pour nous un déshonneur. Nous pouvons toutefois te mettre en gage nos armes.» Sufyân (un autre rapporteur) précise : «C’est-à-dire leur armement.»

Ils convinrent de se rencontrer la nuit. Muhammad ibn Maslama s’y rendit en compagnie d’Abû Nâʾila, frère de lait de Kaʿb. Ils l’appelèrent du haut de la forteresse, si bien qu’il descendit. Son épouse lui avait dit : «Où vas-tu à cette heure-ci ?» (Selon une autre version rapportée par un autre que ʿAmr, elle dit : «J’entends une voix dont il me semble que le sang va couler.») Kaʿb répondit : «Ce n’est que mon frère Muhammad ibn Maslama et mon frère de lait Abû Nâʾila. Un homme de valeur répondrait même à une attaque de nuit s’il y était convié !»

Muhammad ibn Maslama fit entrer avec lui deux hommes. On demanda à Sufyân : «ʿAmr les a-t-il nommés ?» Il répondit qu’il en avait nommé certains. ʿAmr raconta : «Il vint avec deux hommes.» D’autres traditions mentionnent qu’il s’agissait d’Abû ʿAbs ibn Jabr, al-Hârith ibn Aws et ʿAbbâd ibn Bishr.

ʿAmr rapporte encore : Muhammad ibn Maslama recommanda : «Lorsque Kaʿb viendra, je toucherai ses cheveux et les respirerai. Quand vous me verrez l’avoir bien saisi par la tête, attaquez-le.» Une autre version dit : «Ensuite, je vous ferai sentir (son parfum).»

Kaʿb descendit, un sabre au côté, exhalant un parfum intense. Muhammad ibn Maslama lui dit : «Je n’ai jamais senti de parfum aussi agréable qu’aujourd’hui !» (Une autre version, rapportée par un autre que ʿAmr, précise : «Kaʿb répondit : “J’ai auprès de moi les femmes les plus parfumées et je suis le plus bel Arabe.”») ʿAmr ajoute : «Muhammad ibn Maslama lui demanda : “M’autorises-tu à sentir tes cheveux ?” Kaʿb accepta. Il en huma l’odeur, puis la fit humer à ses compagnons. Il répéta : “M’y autorises-tu à nouveau ?” – “Oui”, répondit Kaʿb.» Au moment où Muhammad ibn Maslama le tint fermement, il lança : «À vous de jouer !» Ils le frappèrent alors et le tuèrent. Puis ils revinrent auprès du Prophète (ﷺ) pour l’informer.

Selon Muhammad ibn Isḥâq (2), voici le récit au sujet de Kaʿb ibn al-Ashraf, lequel était un homme de la tribu de Ṭayyʾ, plus précisément des Banû Nabhân, et dont la mère appartenait aux Banû al-Naḍîr. Quand il apprit la nouvelle de la mort de ceux qui avaient combattu à Badr – nouvelle rapportée par Zayd ibn Ḥâritha et ʿAbd Allâh ibn Rawâḥa – Kaʿb s’écria : «Par Dieu, si Muḥammad a vaincu ces gens, il vaudrait mieux être enterré sous terre que de vivre à sa surface !» Lorsqu’il fut certain que cela était vrai, l’ennemi de Dieu partit pour La Mecque. Il y séjourna chez al-Muṭṭalib ibn Abî Wadâʿa ibn Ḍabîra al-Sahmî, où il fut reçu avec hospitalité par ‘Âtika bint Abî al-ʿÎṣ ibn Umayya ibn ʿAbd Shams ibn ʿAbd Manâf. Là, il incitait les Mecquois à combattre le Messager de Dieu (ﷺ), récitait des poèmes pour déplorer les morts parmi les polythéistes le jour de Badr.

Ibn Isḥâq mentionne ensuite la poésie de Kaʿb, commençant par ces vers (mètre kâmil) :
«La meule de Badr a écrasé ses victimes…
Pour des jours semblables à Badr, on pleure et on verse des larmes.»

Puis il cite la réponse que lui firent Ḥassân ibn Thâbit (3) – qu’Allâh l’agrée – et d’autres, après quoi Kaʿb retourna à Médine, où il se mit à faire l’éloge (et la description galante) des femmes musulmanes et à injurier le Prophète (ﷺ) ainsi que ses compagnons.

(1) Dans l'édition (Ṭ), le terme est « māʾil » (penché). (2) Voir La Sīra prophétique d'Ibn Isḥāq, p. 297. (3) Parmi les éléments figurant dans la réponse de Ḥassān ibn Thābit, que la paix soit sur lui, comme rapporté dans La Sīra d'Ibn Hishām (2/53), et qui se trouve également dans son Dīwān (1/426-427) avec quelques variantes. Voir aussi le commentaire de son éditeur critique à ce sujet :
اللَّه ورسوله؟ ". فقام محمد بن مسلمة فقال: يا رسول اللَّه، أتحبّ أن أقتله؟ قال: " نعم ". قال: فأذن لي أن أقول شيئًا. قال: " قل". فأتاه محمد بن مسلمة فقال: إن هذا الرجل قد سألنا صدقةً، وإنّه قد عنّانا، وإني قد أتيتك أستسلفك. قال: وأيضًا واللَّه لتملّنّه. قال: إنّا قد اتبعناه، فلا نحبّ أن ندعه حتى ننظر إلى أيّ شيءٍ يصير شأنه، وقد أردنا أن تسلفنا. قال: نعم، ارهنوني. قلت: أيّ شيءٍ تريد؟ قال: ارهنوني نساءكم. فقالوا: كيف نرهنك نساءنا، وأنت أجمل العرب. قال: فارهنوني أبناءكم. قالوا: كيف نرهنك أبناءنا؛ فيسبّ أحدهم، فيقال: رهن بوسقٍ أو وسقين. هذا عارٌ علينا، ولكن نرهنك اللأمَةَ. قال سفيان: يعني السلاح. فواعده أن يأتيه ليلًا، فجاءه ليلًا ومعه أبو نائلة، وهو أخو كعبٍ من الرضاعة، فدعاهم إلى الحصن، فنزل إليهم، فقالت له امرأته: أين تخرج هذه الساعة؟ وقال غير عمروٍ: قالت: أسمع صوتًا كأنّه يقطر منه الدم. قال: إنما هو أخي محمد بن مسلمة ورضيعي أبو نائلة، إن الكريم لو دعي إلى طعنةٍ بليلٍ لأجاب. قال: ويُدخل محمد بن مسلمة معه رجلين، قيل لسفيان: سمّاهم عمروٌ؟ قال: سمّى بعضهم. قال عمروٌ: جاء معه برجلين. وقال غير عمروٍ: أبو عبس بن جبرٍ والحارث بن أوسٍ وعبّاد بن بشرٍ - قال عمروٌ: جاء معه برجلين فقال: إذا ما جاء، فإني نائلٌ (١) بشَعره فأشمّه، فإذا رأيتموني استمكنت من رأسه فدونكم فاضربوه. وقال مرّةً: ثم أشمّكم. فنزل إليهم متوشّحًا وهو ينفح منه ريح الطّيب، فقال: ما رأيت كاليوم ريحًا. أي: أطيب. وقال غير عمروٍ: قال: عندي أعطر نساء العرب وأجمل العرب. قال عمروٌ: فقال: أتأذن لي أن أشمّ رأسك؟ قال: نعم. فشمّه ثم أشمّ أصحابه، ثم قال: أتأذن لي؟ قال: نعم. فلما استمكن مِنْهُ، قال: دونكم. فقتلوه، ثم أتوا النبيّ ﷺ فأخبروه. وقال محمد بن إسحاق (٢) : كان من حديث كعب بن الأشرف، وكان رجلًا من طيّئٍ ثم أحد بني نبهان، وأمّه من بني النّضير، أنه لما بلغه الخبر عن مقتل أهل بدرٍ، حين قدم زيد بن حارثة وعبد اللَّه بن رواحة، قال: واللَّه لئن كان محمدٌ أصاب هؤلاء القوم، لَبطن الأرض خير من ظهرها. فلما تيقّن عدوّ اللَّه الخبر، خرج إلى مكة، فنزل على المطّلب بن أبي وداعة بن ضبيرة السّهميّ، وعنده عاتكة بنت أبي العيص بن أمية بن عبد شمس بن عبد منافٍ فأنزلته وأكرمته، وجعل يحرّض على قتال رسول اللَّه ﷺ وينشد الأشعار، ويندب من قتل من المشركين يوم بدرٍ. فذكر ابن إسحاق قصيدته التي أولها: [من الكامل] طحنتْ رحى بدرٍ لمهلك أهله … ولمثل بدرٍ تستهلّ وتدمعُ وذكر جوابها من حسان بن ثابتٍ (٣) ، (رضي الله عنه) ، ومن غيره، ثم عاد إلى المدينة فجعل يشبّب بنساء المسلمين، ويهجو النبيّ ﷺ وأصحابه.
(١) في (ط): "مائلٌ". (٢) انظر "السيرة النبوية" لابن إسحاق ص (٢٩٧). (٣) ومما جاء في جواب حسَّان بن ثابت ﵁ عليه كما في "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ٥٣) وهي في "ديوانه" (١/ ٤٢٦ - ٤٢٧) مع بعض الخلاف وانظر تعليق محققه عليها: =

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