Cette année-là, parmi ceux qui moururent figurent les martyrs du jour de Badr, au nombre de quatorze – qu’il s’agisse d’émigrés (Mouhâjirîn) ou d’auxiliaires (Ansâr) –, dont les noms ont déjà été cités, ainsi que les chefs polythéistes de Quraysh, qui, selon l’opinion la plus répandue, étaient soixante-dix hommes. Peu de temps après la bataille, Abû Lahab, ‘Abd al-‘Uzzâ ibn ‘Abd al-Muttalib – qu’Allah le maudisse –, mourut, comme cela a déjà été mentionné. Lorsque la bonne nouvelle arriva aux croyants de Médine, transmise par Zayd ibn Hâritha et ‘Abd Allâh ibn Rawâha, à propos du châtiment infligé par Allah aux polythéistes et de la victoire accordée aux croyants, ils découvrirent que Ruqayya, la fille du Messager d’Allah (ﷺ), venait de décéder et avait déjà été inhumée. Son époux, ‘Uthmân ibn ‘Affân, était resté auprès d’elle afin de la soigner, sur instruction du Prophète (ﷺ). C’est pourquoi il reçut sa part dans les butins de Badr et aura une récompense auprès d’Allah au Jour de la Résurrection. Par la suite, le Prophète (ﷺ) lui donna en mariage sa seconde fille, Umm Kulthûm bint Rasûl Allâh (ﷺ). C’est ainsi que ‘Uthmân fut surnommé « Dhou al-Nourayn » (« l’homme aux deux lumières »), et l’on raconte que nul autre que lui ne s’est jamais marié, successivement, avec deux filles d’un Prophète, qu’Allah l’agrée et le comble de Sa satisfaction.
Cette même année, la direction de la prière (qibla) fut changée, comme mentionné précédemment (1), et le nombre d’unités de la prière à résidence (al-ḥaḍar) fut augmenté, selon ce qui a déjà été rappelé. Au cours de cette année également, le jeûne du mois de Ramaḍân fut instauré, comme on l’a vu. De même, l’aumône légale (zakât) assujettie aux biens atteignant le seuil imposable (niṣâb) fut rendue obligatoire, tout comme la Zakât al-Fitr. Au cours de cette période, les polythéistes de Médine et les Juifs qui s’y trouvaient – qu’il s’agisse des Banû Qaynuqâ‘, des Banû al-Naḍîr, des Banû Qurayẓa ou des Juifs de Banû Hâritha – s’étant inclinés, conclurent des pactes avec les musulmans. Un grand nombre de polythéistes et de Juifs affichèrent leur conversion à l’islam, tout en restant en réalité hypocrites : certains continuèrent d’adhérer à leurs anciennes croyances, tandis que d’autres se désolidarisèrent entièrement, demeurant indécis, ni d’un côté ni de l’autre, comme Allah les a décrits dans Son Livre.
Ibn Jarîr (2) signale qu’en cette même année, le Messager d’Allah (ﷺ) rédigea les pactes que l’on suspendit à son sabre. Ibn Jarîr (3) ajoute qu’on rapporte également que al-Ḥasan ibn ‘Alî naquit cette année-là. Quant à al-Wâqidî, il relate qu’Ibn Abî Sabra lui a transmis, d’après Isḥâq ibn ‘Abd Allâh, d’après Abû Ja‘far, qu’en Dhû al-Ḥijja de cette même année, ‘Alî ibn Abî Ṭâlib s’unit à Fâṭima. Et de conclure : « Si ce récit est exact, le premier avis s’en retrouve invalidé. »