Je m’étonne de l’orgueil des Banû al-Aws, alors que le temps tourne contre eux dès demain, et que les jours portent des leçons en leur sein.
Et de la fierté des Banû an-Najjâr, car un groupe parmi eux a été touché à Badr – tous ensemble – puis a subi son sort.
Et s’il est vrai que des hommes de chez nous sont restés gisants, tu trouveras que nous sommes des hommes qui, après eux, quitterons ce monde (1).
Les montures robustes, rapides à la bataille, nous mèneront au milieu de vos rangs, ô Banû al-Aws, jusqu’à ce que l’esprit du vengeur soit rassasié.
Et au milieu des Banû an-Najjâr, nous lancerons contre eux de nouvelles attaques (2), lances à la main et armures serrées sur la poitrine.
Nous les laisserons étendus, les oiseaux tournoyant autour d’eux, et il ne leur restera pour soutien que des vœux illusoires.
Des femmes de Yathrib pleureront sur eux, des femmes dont la nuit demeure sans sommeil à cause de cette affliction.
Et c’est bien parce que nos sabres demeurent toujours imbibés du sang frais de ceux qui nous combattent.
Ainsi, si vous l’avez emporté le jour de Badr, ce n’est qu’avec l’aide d’Ahmed (le Prophète), devenu votre chance manifeste.
Et grâce au concours de ces hommes vertueux, ses alliés, qui se défendent dans l’adversité, tandis que la mort est à leurs portes.
Parmi eux se comptent Abû Bakr et Hamza, et ‘Alî est également cité au nombre de ceux dont tu parles.
Ce ne sont pas là ceux que les Banû al-Aws et an-Najjâr ont enfantés sur leurs terres lorsqu’ils se glorifient.
Leur père remonte plutôt à Lu’ayy ibn Ghâlib ; lorsque l’on énumère les lignées, apparaissent Ka‘b et ‘Âmir.
Ce sont eux qui frappent les chevaux en toute bataille, à l’aube du conflit, les plus valeureux et les plus nombreux (3).
Ka‘b ibn Mâlik lui répondit alors par ce poème que nous avons déjà mentionné (4), où il dit :
[Sur le mètre at-Tabîl]
« Je m’émerveille du commandement de Dieu, et Dieu est capable de tout ce qu’Il veut ; nul ne saurait contraindre Dieu. »
Ibn Is h âq (5) a dit : « Abû Bakr, dont le nom était Shaddâd ibn al-Aswad ibn Sha‘ûb, a également déclaré… » Et j’ajoute :
Al-Bukhârî (6) rapporte qu’il épousa la femme d’Abû Bakr as-Siddîq après que celui-ci l’eut répudiée, et ce fut lorsque (7) Dieu interdit aux musulmans d’épouser les polythéistes. Elle s’appelait Umm Bakr.
[Sur le mètre al-Wâfir]
« Porte donc le salut, ô Umm Bakr, mais me reste-t-il un salut après la perte des miens ?
Qu’y a-t-il donc au fond du puits, le puits de Badr, des chanteuses et des nobles buveurs ?
Et qu’y a-t-il au fond du puits, le puits de Badr, si ce n’est la shizâ couronnée du faîte (8) ? »