Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

J’ai juré que, s’ils reviennent, nous les consumerons dans des mers qu’ont déjà affrontées des escouades rompu es à l’épreuve,
semblables à la clarté du soleil qui scintille sur le tranchant de leurs lames ; on croirait qu’un rayon de lumière leur forme une corne et un front.

Et ʿAtika déclara aussi, selon ce qu’a rapporté l’Amawī :

[sur le mètre at-Ṭawīl]
« Pourquoi n’avez-vous pas patienté pour le Prophète Muḥammad à Badr ?
Car celui qui pénètre dans la mêlée doit se montrer endurant.
Vous n’avez pas reculé devant des lames affûtées qui semblaient
un feu ardent dans les mains des croyants.
Vous n’avez pas résisté aux épées blanches jusqu’à être saisis
par les croyants, prompts à l’assaut, alors que vous étiez en petit nombre.
Vous avez fui en groupes, et jamais le héros qui va au-devant des armes ne recule.
Il vous a apporté ce que les prophètes avant lui avaient annoncé,
et ce fils d’oncle — ce juste véridique — n’est point un simple poète.
Il pourvoira à tout ce que vous avez manqué pour votre Prophète,
et les deux branches de ʿAmr et ʿĀmir le soutiendront. »

Puis Ṭālib ibn Abī Ṭālib prononça des vers pour faire l’éloge du Messager de Dieu (que la paix soit sur lui) et pour pleurer ceux de Quraych dits « gens du puits », tombés ce jour-là parmi les siens, alors qu’il suivait encore à ce moment la religion de son peuple :

[sur le mètre at-Ṭawīl]
« Hélas ! Mes yeux ont épuisé leurs larmes, versées en abondance
pour pleurer Kaʿb, bien qu’ils ne le contemplent plus.
En vérité, ceux de Kaʿb se sont laissés abattre dans les guerres ;
le destin les a fauchés et ils ont commis un péché.
ʿĀmir, quant à lui, se lamente dès l’aurore sur ces épreuves :
puissé-je savoir si je les reverrai un jour !
Ô vous, nos deux frères, ʿAbd Shubay et Nawfal,
que je sois votre rançon, ne réveillez pas la guerre entre nous.
Ne faites pas qu’après l’affection et l’entente,
nous nous échangions des propos où vous seriez tous à vous plaindre du malheur.
Ignorez-vous ce qu’il advint durant la guerre de Dāḥis
et celle d’Abū Yaksūm, lorsqu’ils envahirent la vallée ?
Sans la protection de Dieu, nulle autre force,
vous n’auriez pu défendre vos chemins.
Nous n’avons causé dans Quraych aucun grand tort,
sinon de préserver le meilleur être à fouler la terre.
C’est un frère sûr en cas d’adversité, solide et généreux,
jamais avare ni d’un mot blessant.
Les nécessiteux entourent sa demeure, y affluent,
comme à un fleuve où l’on s’abreuve sans qu’il ne tarisse ni ne se corrompe.
Par Dieu, mon âme ne cessera d’être en peine,
s’affligeant tant que vous n’aurez pas, face aux Khazraj, prouvé votre vaillance. »

[Section]
Ibn Isḥāq (2) a par ailleurs rapporté plusieurs poèmes composés par les polythéistes pour déplorer leurs morts le jour de Badr, dont la facture est très soignée. Parmi eux, on trouve les vers de Ḍirār ibn al-Khaṭṭāb ibn Murdās, des Banū Muḥārib ibn Fihr, qui se convertit plus tard à l’islam. As-Suhaylī, dans son « Rawḍ », commente les poèmes de ceux qui embrassèrent la foi après coup :

[sur le mètre at-Ṭawīl]

(1) Une certaine vigueur se dégage de certains de ces vers. (2) Voir "La Sīra prophétique" d’Ibn Hichām (vol. 2, pp. 13‑14).
حلفت لئن عادوا لَنصطلينّهم … بحارًا تردّى تجربتْها المقانب كأنّ ضياء الشمس لمع ظباتها … لها من شعاع النور قرنٌ وحاجب وقالت عاتكة أيضًا فيما نقله الأمويّ: [من الطويل] هلّا صبرتم للنبيّ محمدٍ … ببدرٍ ومن يغشى الوغى حقّ صابرِ (١) ولم ترجعوا عن مرهفاتٍ كأنّها … حريقٌ بأيدي المؤمنين بواترُ ولم تصبروا للبيض حتى أُخذتمُ … قليلًا بأيدي المؤمنين المساعر وولّيتم نفرًا وما البطل الذي … يقاتل من وقع السلاح بنافرِ أتاكم بما جاء النبيّون قبله … وما ابن أخي البرّ الصّدوق بشاعرِ سيكفي الذي ضيّعتمُ من نبيّكم … وينصره الحيّان عمروٌ وعامرُ وقال طالب بن أبي طالبٍ يمدح رسول اللَّه ﷺ ويرثي أصحاب القليب من قريشٍ الذين قتلوا يومئذٍ من قومه، وهو بعد على دين قومه إذ ذاك: [من الطويل] ألا إن عيني أنفدت دمعها سكبًا … تبكّي على كعبٍ وما إن ترى كعبا ألا إنّ كعبًا في الحروب تخاذلوا … وأرداهمُ ذا الدهر واجترحوا ذنبا وعامر تبكي للملمّات غدوةً … فيا ليت شعري هل أرى لهمُ قربا فيا أخوينا عبد شصبى ونوفلًا … فدى لكما لا تبعثوا بيننا حربا ولا تصبحوا من بعد ودٍّ وألفةٍ … أحاديث فيها كلّكم يشتكي النّكبا ألم تعلموا ما كان في حرب داحسٍ … وحرب أبي يكسوم إذ ملؤوا الشّعبا فلولا دفاع اللَّه لا شيء غيره … لأصبحتم لا تمنعون لكم سربا فما إن جنينا في قريشٍ عظيمةً … سوى أنْ حمينا خير من وطئ التّربا أخا ثقةٍ في النائبات مُرَزًّا … كريمًا نثاه لا بخيلًا ولا ذربا يطيف به العافون يغشَون بابه … يؤمّون نهرًا لا نزورًا ولا صربا فواللَّه لا تنفكّ نفسي حزينةً … تململ حتى تصدقوا الخزرج الضّربا [فصل] وقد ذكر ابن إسحاق (٢) أشعارًا من جهة المشركين قويّة الصّنعة، يرثون بها قتلاهم يوم بدرٍ، فمن ذلك قول ضرار بن الخَطَّاب بن مرداس أخي بني محارب بن فهرٍ، وقد أسلم بعد ذلك، والسّهيليّ في "روضه" يتكلّم على أشعار من أسلم منهم بعد ذلك: [من الطويل]
(١) من بعض هذه الأبيات إقواء. (٢) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ١٣ - ١٤).

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