«Tu as prétendu qu’un homme passait sa vie dans la détresse… une sorte d’anéantissement pour celui que les dures épreuves accablent.
Si tu as menti au sujet de ce que tu m’as raconté, tu t’es alors tirée d’affaire comme l’a fait Al-Harith ibn Hishâm. Il a quitté ses proches sans combattre pour eux et s’est enfui en n’emportant qu’une monture et sa bride. Il laissa les chamelles vigoureuses dans la steppe, traversant ad-Damûk avec sa faux et sa corde. Il remplit de poussière les deux vallées et y sema l’obscurité, tandis que ses bien-aimés furent abandonnés dans la pire situation.
Quant aux fils de son père et à son clan, ils se trouvaient au cœur d’une bataille où Dieu accorda la victoire aux adeptes de l’islam. La guerre les broya, tandis que la volonté divine s’accomplissait, et ses flammes s’allumaient d’un feu ardent. Sans la protection de Dieu et la course de sa monture, on l’aurait laissé aux griffes des bêtes sauvages, piétiné et abandonné. Parmi eux, il est un captif dont on resserrait les liens, pris par un «faucon» qui, face aux lances, tenait bon; et un autre, gisant à terre et n’entendant plus aucun appel, tandis que les hautes bannières tombaient. C’est couvert de honte et d’humiliation qu’il vit les épées éclatantes repousser tout brave guerrier, entre les mains d’un noble champion, fort d’une ascendance irréprochable, intrépide et résolu. Ces lames blanches, lorsqu’elles rencontraient l’acier, portaient des coups décisifs, telles des éclairs sous l’ombre de chaque nuage.
Ibn Hishâm (1) déclara : «Nous avons omis à la fin trois vers dans lesquels le poète emploie un langage particulièrement virulent.» [Mètre : al-Kâmil]
Ibn Hishâm (2) ajouta : «Al-Hârith ibn Hishâm, frère d’Abû Jahl ‘Amr ibn Hishâm, lui répondit en ces termes [mètre : al-Kâmil] :
“Les gens le savent bien : je n’ai pas cessé de les affronter avant qu’ils ne m’offrent pour monture un alezan écumant. J’ai compris que si je combattais seul, je serais tué, sans infliger de grands dégâts à mon ennemi. Alors je me suis détourné d’eux, bien que mes proches fussent parmi eux, dans l’espoir qu’un jour néfaste leur infligerait un châtiment.”»
Hassân (3) a également dit [mètre : al-Kâmil] :
«Ô Hârith, tu as mis ta confiance en ce qui ne saurait te secourir à l’heure du tumulte et quand vient le moment de la vaillance. Lorsque tu chevauchais une chamelle aux allures rapides et aux pattes déliées, vigoureuse et à la longue encolure; et tandis que tu laissais derrière toi ceux que tu avais abandonnés au combat, espérant fuir alors qu’il n’était plus temps de s’échapper. Pourquoi n’as-tu pas secouru le fils de ta mère quand il gisait transpercé par les lances, dépouillé de ses biens? Le Souverain devança son sort et anéantit son groupe en leur infligeant un opprobre humiliant et un châtiment douloureux.»
Hassân (4) dit aussi [mètre : al-Wâfir]…»