Nous les avons laissés aux bêtes hurlantes (1) qui les guettent… et ils goûteront un feu après la fournaise ardente du fond.
Par ta vie, les cavaliers de Mâlik et leurs partisans n’ont guère tournoyé le jour où nous nous sommes affrontés à Badr.
Ubayda ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib prononça également des vers, relatifs au jour de Badr et à la blessure qui lui trancha la jambe lors de son duel, en compagnie de Hamza et de ‘Alî, contre ‘Utba, Shayba et al-Walîd ibn ‘Utba. Ibn Hishâm rejeta toutefois l’authenticité de ces vers :
[mètre at-ṭawîl]
« Une bataille viendra de notre part frapper les gens de La Mecque :
elle fera trembler quiconque en était éloigné.
‘Utba dut s’enfuir, bientôt suivi par Shayba ;
jamais le fils aîné d’‘Utba ne s’en sentit satisfait.
Si vous me coupez la jambe, je demeure pourtant musulman ;
par elle, j’espère une vie plus rapprochée de Dieu.
Auprès des houris, semblables à de pures statues,
au plus haut Paradis, réservé à ceux qui s’élèvent.
Je l’ai troquée contre une existence dont j’avais goûté la douceur ;
je m’en suis hâté jusqu’à en perdre mon sort ici-bas.
Alors le Tout-Miséricordieux m’a couvert de Sa grâce :
un vêtement d’islam m’a préservé de mes tares.
Combattre ces hommes ne me parut point odieux,
le jour où fut lancé l’appel à la lutte entre égaux.
Et il ne chercha rien d’autre, quand ils réclamèrent au Prophète
de désigner parmi nous trois ce qu’ils demandaient à rencontrer.
Nous les avons affrontés tels des lions, avançant avec nos lances,
combattant pour le Miséricordieux quiconque persiste dans la désobéissance.
Et nos pieds n’ont quitté la terre de notre poste,
nous trois, avant de leur faire atteindre la mort. »
Selon Ibn Isḥâq (2), Ḥassân ibn Thâbit (3) composa également des vers pour blâmer al-Ḥârith ibn Hishâm de s’être enfui le jour de Badr, abandonnant les siens sans combattre :
[mètre al-kâmil]
« Une jeune beauté a ruiné ton cœur dans le songe ;
elle apaise son compagnon de couche par la fraîcheur de son sourire.
Tel le musc, mêlé à l’eau d’une averse,
ou un vin vieux semblable au sang de la bête immolée.
Elle gonfle sa sacoche de parfums multiples ;
ingénue, certes, mais prompte à se départir de ses présents.
Sa taille fut comme bâtie sur un coton épais ;
on dirait, quand elle s’assied, de blancs blocs de marbre poli.
Elle semble même trop lasse pour rejoindre sa couche :
corps élancé, proportions parfaites.
Le jour, je cesse à peine de penser à elle ;
la nuit apporte mille songes qui me la montrent.
J’ai juré de l’oublier, de ne plus la nommer,
jusqu’à ce que mes os disparaissent sous la terre.
Qui saura faire taire celle qui me blâme par pure sottise ?
J’ai pourtant résisté aux reproches insensés qu’on m’adressait.
Voilà qu’un matin, au sortir du sommeil et d’événements
rapprochés, elle m’a devancé dans sa venue… »