Selon ce qu’on rapporte, elle fit alors une fausse couche [de l’enfant qu’elle portait] (1). Son beau‑parent Kinanah s’agenouilla et vida son carquois, puis il déclara : « Par Dieu, si un homme s’approche de moi, je le transperce d’une flèche. » Les gens se retirèrent alors de lui (2).
Abou Soufyân arriva avec un groupe de Quraych et dit : « Ô homme, cesse donc de décocher tes flèches afin que nous puissions te parler. » Il s’arrêta, puis Abou Soufyân s’approcha de lui et se tint devant lui ; il dit : « Tu n’as pas bien agi : tu es sorti avec cette femme au vu et au su de tous, alors qu’on connaît déjà notre désastre et nos pertes subies de la part de Muhammad. Les gens penseront que si tu emmènes sa fille publiquement depuis nos rangs, c’est que nous avons été atteints de faiblesse et d’humiliation. Par ma vie, nous n’avons aucun intérêt à empêcher cette femme de rejoindre son père, pas plus que nous ne nourrissons de vengeance (3). Retourne donc avec elle jusqu’à ce que les clameurs s’apaisent et que l’on sache que nous l’avons effectivement renvoyée. Puis, lorsque tout sera redevenu calme et que les gens auront parlé de son renvoi, alors fais-la partir secrètement et laisse-la rejoindre son père. » Il s’exécuta (4).
Ibn Ishâq (4) rapporte que, lorsque ces hommes retournèrent à La Mecque en ramenant Zaynab, Hind les blâma en ces termes (5) :
« Dans la paix, vous êtes tels des bêtes sauvages, rustres et violents ;
et dans la guerre, vous n’êtes que semblables à des femmes démunies. »
On raconte également qu’elle adressa ces paroles à ceux qui revinrent de Badr après la mort de plusieurs des leurs. Ibn Ishâq précise (6) que Zaynab resta quelques jours ; puis, lorsque les voix se turent, Kinanah la fit sortir de nuit, la confia à Zayd ibn Hâritha et à son compagnon, et ceux-ci la conduisirent de nuit auprès du Messager de Dieu (ﷺ).
Al-Bayhaqî a rapporté dans son ouvrage « les Signes » (7), d’après ‘Umar ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Urwah ibn az-Zoubayr, selon ‘Urwah, selon ‘Â’ishah, cette histoire : Zaynab était sortie, puis on l’avait renvoyée, et elle avait fait une fausse couche. Le Messager de Dieu (ﷺ) envoya alors Zayd ibn Hâritha, lui remit sa bague pour qu’elle le reconnaisse et vienne avec lui. Zayd la fit transmettre par un berger de La Mecque, et celui-ci donna la bague à Zaynab. Quand elle la vit, elle la reconnut et demanda : « Qui te l’a donnée ? » Il répondit : « Un homme, à la périphérie de La Mecque. » Elle sortit donc de nuit, monta derrière lui et arriva jusqu’à Médine.
Le Messager de Dieu (ﷺ) disait : « Elle est la meilleure de mes filles, car elle a subi cette épreuve pour moi » (8). Lorsqu’Ali ibn al-Husayn ibn Zayn al-‘Âbidîn apprit ces propos, il vint trouver ‘Urwah et lui demanda : « Quelle est cette histoire que j’ai appris que tu rapportais (8) ? » ‘Urwah répondit : « Par Dieu, je ne voudrais pas échanger tout ce qui se trouve entre l’Orient et l’Occident contre le fait de diminuer ne serait-ce que d’un iota le droit de Fâtimah. Pour le reste (9), si tu le souhaites, je ne le rapporterai plus jamais. »