(1) Younès, rapportant les propos d’Ibn Ishaq, a dit : « Yahya ibn ‘Abbad ibn ‘Abd Allah ibn az-Zoubayr m’a relaté, de la part de son père, que ‘Aïcha, Mère des Croyants, ne passait jamais à l’endroit d’Abou Lahab sans se couvrir d’un voile jusqu’à ce qu’elle l’ait dépassé. »
(2) Ibn Ishaq poursuivit : « Yahya ibn ‘Abbad [ibn ‘Abd Allah ibn az-Zoubayr, d’après son père ‘Abbad], rapportant de son père, a dit : “Les Quraychites se mirent un temps à pleurer leurs morts. Puis ils s’avertirent : ‘Ne le faites pas, de peur que cela ne parvienne à Mohammed et à ses Compagnons, et qu’ils ne s’en réjouissent à vos dépens. Ne dépêchez pas non plus d’envoyés pour racheter vos captifs avant d’avoir mûrement réfléchi, afin que Mohammed et ses compagnons ne cherchent pas à tirer avantage de vous dans le montant de la rançon.’” »
Et je dis : « Cela faisait partie de ce par quoi Dieu tourmenta ceux d’entre eux qui étaient encore en vie à ce moment-là, à savoir qu’ils se virent obligés d’abandonner leurs lamentations pour leurs morts. Car pleurer un défunt a pour effet d’alléger le chagrin de celui qui souffre. »
(5) Ibn Ishaq dit encore : « Al-Aswad ibn al-Mouttalib perdit trois de ses fils : Zam‘a, ‘Aqil et al-Harith, et il souhaitait vivement pleurer leur disparition. Un soir, alors qu’il en était affligé, il entendit une plainte durant la nuit. Il dit à son serviteur (qui avait perdu la vue) : ‘Va voir s’ils ont finalement autorisé le deuil ; peut-être que les Quraychites se sont mis à pleurer leurs morts. Je pourrais alors pleurer Abou Hakima – c’est-à-dire mon fils Zam‘a – car mon cœur est en feu.’ Le serviteur alla voir puis revint pour annoncer : ‘Il ne s’agit que d’une femme qui pleure un chameau qu’elle a perdu.’ »
C’est alors qu’al-Aswad récita ces vers (mètre wâfir) :
« Te voilà qui pleures parce que ton chameau s’est égaré…
et l’insomnie te tient éveillée.
Ne pleure pas le chamelon, mais pleure Badr,
car la destinée fut contraire.
Pleure donc Badr, fierté des fils de Housays,
la tribu de Makhzoum et le clan d’Abou al-Walid.
Si tu dois pleurer, verse des larmes pour ‘Aqil (6)
et pour Harith, le lion parmi les lions.
Pleure-les tous (7) sans honte…
nul ne saurait égaler Abou Hakima.
Certes, d’autres sont devenus des hommes de valeur après eux,
mais sans le jour de Badr (8), ils ne l’auraient jamais été. »