Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ibn Ishaq (1) a rapporté : « Husayn ibn ‘Abdallah ibn ‘Ubaydallah ibn ‘Abbas m’a transmis, d’après ‘Ikrima, le mawla d’Ibn ‘Abbas, qui a déclaré : Abu Rafi‘, le serviteur (mawla) du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), a dit : “J’étais un jeune esclave chez al-‘Abbas ibn ‘Abd al-Muttalib. Or, l’islam était déjà entré parmi nous, les gens de la maison. Ainsi, al-‘Abbas s’était converti à l’islam, [et] (2) Umm al-Fadl s’était également convertie, et moi aussi. Toutefois, al-‘Abbas redoutait son peuple et détestait l’idée de s’opposer à lui ; il dissimulait donc sa foi. Il était aussi très fortuné et distribuait largement ses biens à sa tribu.

Abu Lahab ne participa pas à Badr et envoya à sa place al-‘As ibn Hisham ibn al-Mughira. C’est de cette manière qu’ils procédèrent : quiconque se désistait de la bataille nommait quelqu’un pour le remplacer. Lorsque parvint à Abu Lahab la nouvelle des pertes subies par Quraysh à Badr, Dieu le couvrit de honte et l’humilia, tandis que nous, nous nous sentîmes plus forts et plus fiers. [Abu Rafi‘] poursuivit : “J’étais alors un homme faible. Je fabriquais des gobelets en les taillant dans la salle de Zamzam. Par Dieu, j’étais assis là, occupé à sculpter mes gobelets, et Umm al-Fadl était assise à côté de moi. Nous étions heureux de ce que nous venions d’apprendre. C’est alors qu’Abu Lahab arriva, traînant les pieds de colère, et s’assit tout près de la porte de la salle, le dos tourné au mien.

Il était là depuis un moment quand on dit : ‘Voici Abou Sufyân – de son vrai nom, al-Mughîra – fils de Harith ibn ‘Abd al-Muttalib, qui arrive.’ Abu Lahab s’exclama : ‘Viens donc, mon neveu, car c’est toi, par ma vie, qui as la vérité sur ce qui s’est passé.’ Il se plaça alors près de lui, tandis que les gens se tenaient debout autour d’eux. Abu Lahab lui demanda : ‘Ô fils de mon frère, raconte-moi comment les choses se sont déroulées.’ Et l’autre de répondre : ‘Par Dieu, à peine avons-nous croisé l’ennemi que nous leur avons tourné le dos. Ils nous tuaient à leur guise et nous faisaient prisonniers à leur gré. Et par Dieu, je ne blâme pas nos hommes, car voilà que nous avons vu des hommes d’un blanc éclatant sur des chevaux tachetés, se tenant entre le ciel et la terre : par Dieu, rien ne leur résistait et personne ne pouvait tenir face à eux.’

Abu Rafi‘ ajoute : ‘Alors, je soulevai le pan de la salle de ma main en disant : “C’étaient, par Dieu, les anges !” Aussitôt, Abu Lahab leva sa main et me frappa violemment au visage. Je me débattis contre lui, mais il me ceintura, me plaqua au sol et me battit. J’étais un homme chétif. C’est alors qu’Umm al-Fadl saisit un poteau parmi ceux qui soutenaient la salle et le frappa d’un coup qui lui ouvrit la tête d’une vilaine plaie. Puis elle s’écria : “Te permets-tu de t’en prendre à lui parce que son maître est absent ?” Abu Lahab se releva, humilié, et par Dieu, il ne vécut pas plus de sept nuits après cela, jusqu’à ce que Dieu ne l’atteigne de la ‘cloison’ (al-‘adasa), qui le tua.’

Younus, rapportant les propos d’Ibn Ishaq (5), ajoute : ‘Ses deux fils le laissèrent ensuite pendant trois jours sans l’enterrer, jusqu’à ce que son corps commence à se corrompre, car les Quraysh craignaient cette “cloison” comme on craint la peste. Finalement, un homme de Quraysh leur dit : “Malheur à vous, n’avez-vous pas honte ? Votre père se décompose chez lui et vous ne l’enterrez pas !” Ils répondirent : “Nous redoutons la contagion de cette plaie.” L’homme dit alors : “Venez, je vais vous aider.” Par Dieu, ils ne le lavèrent que de loin en lui jetant de l’eau sans s’approcher de lui. Puis ils le transportèrent au sommet de La Mecque, l’appuyèrent à un mur et l’entourèrent de pierres pour l’ensevelir.”»

(1) Voir « La Sira » d'Ibn Hicham (1/646-647). (2) Le terme « wa-aslamat » n’apparaît pas dans (A) mais a été retenu dans (T) et « La Sira » d'Ibn Hicham. (3) C’est-à-dire : « il l’a devancée ». (4) Dans (A) et (T) : « fa-balaghat ». La correction vient de « La Sira » d'Ibn Hicham, et « fala'at » signifie « elle s’est fendue ». (5) Rapporté également par al-Bayhaqî dans « Dalā'il an-Nubuwwa » (3/145-146).
قال ابن إسحاق (١) : وحدَّثني حسين بن عبد اللَّه بن عبيد اللَّه بن عباسٍ، عن عكرمة مولى ابن عباسٍ قال: قال أبو رافعٍ مولى رسول اللَّه ﷺ : كنت غلامًا للعباس بن عبد المطلب، وكان الإسلام قد دخلنا أهل البيت، فأسلم العباس، [وأسلمت] (٢) أمّ الفضل، وأسلمت، وكان العباس يهاب قومه ويكره خلافهم، وكان يكتم إسلامه، وكان ذا مالٍ كثيرٍ متفرّقٍ في قومه، وكان أبو لهبٍ قد تخلّف عن بدرٍ فبعث مكانه العاص بن هشام بن المغيرة، وكذلك كانوا صنعوا؛ لم يتخلّف رجلٌ إلّا بعث مكانه رجلًا، فلمّا جاءه الخبر عن مصاب أصحاب بدرِ من قريشٍ، كبته اللَّه وأخزاه، ووجدنا في أنفسنا قوةً وعزًّا. قال: وكنت رجلًا ضعيفًا، وكنت أعمل الأقداح أنحتها في حجرة زمزم، فواللَّه إنّي لجالسٌ فيها أنحت أقداحي، وعندي أمّ الفضل جالسةً، وقد سرّنا ما جاءنا من الخبر، إذ أقبل أبو لهبٍ يجرّ رجليه بشرٍّ، حتى جلس على طنب الحجرة، فكان ظهره إلى ظهري، فبينا هو جالسٌ إذ قال الناس: هذا أبو سفيان -واسمه المغيرة- بن الحارث بن عبد المطلب قد قدم. قال: فقال أبو لهبٍ: هلمّ إليّ، فعندك لعمري الخبر. قال: فجلس إليه والناس قيامٌ عليه فقال: يا بن أخي، أخبرني كيف كان أمر الناس؟ قال: واللَّه ما هو إلّا أن لقينا القوم فمنحناهم أكتافنا يقتلوننا كيف شاءوا، ويأسروننا كيف شاءوا، وايم اللَّه مع ذلك ما لمت الناس، لقينا رجالًا بيضًا على خيلٍ بلقٍ بين السماء والأرض، واللَّه ما تليق شيئًا ولا يقوم لها شيءٌ. قال أبو رافعٍ: فرفعت طنب الحجرة بيدي ثم قلت: تلك واللَّه الملائكة. قال: فرفع أبو لهبٍ يده فضرب وجهي ضربةً شديدة. قال: وثاورته (٣) ، فاحتملني وضرب بي الأرض، ثم برك عليّ يضربني، وكنت رجلًا ضعيفًا، فقامت أمّ الفضل إلى عمودٍ من عمد الحجرة فأخذته، فضربته به ضربةً فلعت (٤) في رأسه شجّةً منكرةً، وقالت: أَستضعفته أن غاب عنه سيده؟ فقام مولّيًا ذليلًا، فواللَّه ما عاش إلا سبع ليالٍ حتى رماه اللَّه بالعدسة فقتلته. زاد يونس، عن ابن إسحاق (٥) : فلقد تركه ابناه بعد موته ثلاثًا، ما دفناه حتى أنتن، وكانت قريشٌ تتّقي هذه العدسة كما تتّقى الطاعون، حتى قال لهما رجلٌ من قريش: ويحكما، ألا تستحيان! إنّ أباكما قد أنتن في بيته، لا تدفنانه؟ ! فقالا: إنّا نخشى عدوى هذه القرحة. فقال: انطلقا فأنا أعينكما عليه. فواللَّه ما غسّلوه إلّا قذفًا بالماء عليه من بعيدٍ، ما يدنون منه، ثم احتملوه إلى أعلى مكة، فأسندوه إلى جدارٍ ثم رضموا عليه بالحجارة.
(١) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (١/ ٦٤٦ - ٦٤٧). (٢) لفظ "وأسلمت" لم يرد في (أ) وأثبته من (ط) و"السيرة النبوية" لابن هشام. (٣) أي: "بادرته". (٤) في (أ) و (ط): "فبلغت". والتصحيح من "السيرة النبوية" لابن هشام، وفلَعَتْ: شقت. (٥) ورواه البيهقي في "دلائل النبوة" (٣/ ١٤٥ - ١٤٦).

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