La stagnation et le retard intellectuel sont manifestes et solidement ancrés : l’enseignement repose sur la mémorisation des textes, les ouvrages se limitent à des commentaires ou des abrégés, ou bien à la rédaction de gloses et de notes en marge. Les nouvelles générations d’étudiants ne connaissent ni renouveau ni innovation. C’est ce que le cheikh Muhammad Abou Zahra a observé au sujet de la vie scientifique et de ses répercussions intellectuelles.
Il déclare : « Si les trois siècles – le sixième, le septième et le huitième – se sont distingués par quelque chose, c’est par l’abondance du savoir et non par la profondeur de la pensée. En effet, les informations étaient nombreuses, on les acquérait en grande quantité et les gens s’y consacraient fortement. Toutefois, la réflexion autonome portant sur leurs sources, la comparaison entre les avis justes et ceux erronés de manière libre et exempte de fanatisme intellectuel et de sectarisme doctrinal, en adoptant un examen scrupuleux et objectif, ou un point de vue englobant tous les aspects, n’était pas à la mesure de l’immense patrimoine transmis de génération en génération. » (1)
Ici, alors que nous envisageons la vie intellectuelle de l’époque, il convient de relever les remarques suivantes :
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L’existence d’un fanatisme doctrinal entre les quatre écoles juridiques et, parfois, au sein même d’une seule et même école.
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Le conflit qui opposa le cheikh Ibn Taymiyya et ses disciples aux soufis et à certains juristes, entraînant l’emprisonnement d’Ibn Taymiyya à trois reprises – dont l’une en Égypte – ainsi que celui d’Al-Hafiz Al-Mizzi et d’Ibn Al-Qayyim à Damas, en raison d’ijtihâds (interprétations) juridiques de détail, révélant un état d’esprit fermé et un horizon borné.
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L’intérêt porté à la science historique, mais sans le moindre renouvellement ni esprit critique – à l’exception d’Ibn Khaldoun et d’Al-Maqrizi –, et qui se borne à l’ajout de suppléments et à la rédaction d’abrégés. Cette approche a ainsi privé cette noble discipline de sa capacité à animer la construction de la communauté, à l’unifier et à l’inciter à bâtir une civilisation, renouant ainsi avec son unité.
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L’influence exercée par les doctrines de différentes nations et ethnies, l’implication dans la science du kalâm, la pénétration de la logique formelle, la dérive dans les méandres du fatalisme (jabr) et du libre arbitre, de l’interprétation (ta’wîl) et du « renvoi » (tafwîd), de l’anthropomorphisme (tajsîm) et de la négation (ta’tîl). Enfin, le maintien de ces divergences en suspens a divisé les rangs, menacé l’avenir et laissé présager l’anéantissement.