Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Je me disais en moi-même : « Je n’ai jamais vu chose pareille dont ne se soient enfuis que les femmes. Par Dieu, si les femmes de Quraych étaient sorties en leur entier(1), elles auraient repoussé Muhammad et ses compagnons. » Puis, après (la bataille du) Fossé, je me suis dit : « Si j’allais à Médine pour savoir ce que dit Muhammad, car l’islam avait déjà gagné mon cœur. » Je m’y rendis donc, et je demandai après lui. On me répondit : « Il est là-bas, à l’ombre de la mosquée, au milieu de ses compagnons. » J’y allai, sans le reconnaître parmi eux, et je le saluai. Il me dit :

« Ô Qubâth ibn Ashim, es-tu celui qui a déclaré, le jour de Badr : “Je n’ai jamais vu pareille affaire dont ne se soient enfuis que les femmes ?” »

Je lui répondis : « Je témoigne que tu es bel et bien le Messager d’Allah. En effet, je n’ai jamais dévoilé ce propos à personne et je ne l’ai même murmuré qu’à moi-même. Sans être Prophète, Allah ne t’en aurait pas informé(3). Approche que je te prête allégeance à l’islam. » C’est ainsi que je devins musulman.

Fait est que, lors de la bataille de Badr, les compagnons (qu’Allah les agrée) divergèrent au sujet du butin conquis ce jour-là sur les polythéistes : à qui devait-il revenir ? Ils s’étaient répartis en trois groupes lorsque les polythéistes prirent la fuite : un groupe forma un cercle autour du Messager d’Allah (ﷺ) afin de le protéger, au cas où certains polythéistes rebrousseraient chemin pour l’attaquer ; un autre groupe se lança à leur poursuite pour les combattre et les capturer ; enfin, un troisième groupe rassembla le butin disséminé en divers endroits. Dès lors, chaque groupe réclamait pour lui la part la plus importante du butin, estimant que son rôle avait été le plus décisif.

Ibn Ishaq(4) rapporte : « ‘Abd al-Rahmân ibn al-Hârith et d’autres m’ont relaté, d’après Sulaymân ibn Mûsâ, d’après Mak’houl, d’après Abû Umâma al-Bâhilî, qui raconta : “J’interrogeai ‘Ubâda ibn al-Sâmit au sujet des butins. Il expliqua : ‘C’est à notre propos, nous autres compagnons de Badr, qu’est descendu (le verset relatif au) butin, lorsque nous fûmes en désaccord et que nos comportements s’en trouvèrent altérés. Alors Allah nous le retira et en confia la répartition au Messager d’Allah (ﷺ), qui le distribua équitablement(5).’” » C’est ce que rapporte également Ahmad(6) d’après Muhammad ibn Salama, d’après Muhammad ibn Ishâq, selon cette transmission.

Le sens de son propos « équitablement » (c’est-à-dire en parfaite égalité) indique qu’il plaça sur le même pied ceux qui avaient rassemblé le butin, ceux qui avaient poursuivi l’ennemi et ceux qui étaient restés assurer la protection du Messager d’Allah (ﷺ).

(1) À l'origine : « أكمها » (elle le rend muet). Dans M : « بالها » (elle l'atteint). (2) Ainsi dans (A) et dans le terme maram : il a bougé les lèvres pour parler sans prononcer de mots. Dans (T) : « ولا تزمزمت » (et ne murmura pas) avec deux z, de même chez Ibn al-Athir dans al-Nihāyah (2/313), qui dit que le murmure est un son faible à peine compréhensible. (3) Le terme de la divinité (le nom divin) a été omis dans (T). (4) Voir la Sīrah an-Nabawīyah d’Ibn Hishām (1/642). (5) Dans (A) et (T) : « عن سواء » (sur un même niveau), tandis que dans la Sīrah an-Nabawīyah d’Ibn Hishām on trouve : « على السواء » (également), ce qui est correct et que nous avons maintenu, ce que confirmera prochainement l’explication de l’auteur. (6) Rapporté par Ahmad dans al-Musnad (5/322), et c’est un hadith hassan selon d’autres sources.
أقول في نفسي: ما رأيت مثل هذا الأمر فرّ منه إلّا النساء، واللَّه لو خرجت نساء قريشٍ بأكمتها (١) ، ردّت محمدًا وأصحابه، فلمّا كان بعد الخندق، قلت: لو قدمت المدينة فنظرت إلى ما يقول محمدٌ، وقد وقع في نفسي الإسلامُ. قال: فقدِمتها، فسألت عنه فقالوا: هو ذاك في ظلّ المسجد في ملأ من أصحابه، فأتيته وأنا لا أعرفه من بين أصحابه، فسلّمت، فقال: "يا قباث بن أشيم، أنت القائل يوم بدرٍ: ما رأيت مثل هذا الأمر فرّ منه إلا النّساء؟ " فقلت: أشهد أنّك رسول اللَّه؛ فإنّ هذا الأمر ما خرج منّي إلى أحدٍ قطّ، ولا ترمرمت (٢) به إلّا شيئًا حدّثت به نفسي، فلولا أنّك نبيٌّ ما أطلعك اللَّه (٣) عليه، هلمّ أبايعك على الإسلام؛ فأسلمت. فصلٌ وقد اختلفت الصحابة، (رضي الله عنها) ، يوم بدرٍ في المغانم من المشركين يومئذٍ؛ لمن تكون منهم، وكانوا ثلاثة أصنافٍ، حين ولّى المشركون؛ ففرقةٌ أحدقت برسول اللَّه ﷺ ، تحرسه خوفًا من أن يرجع أحدٌ من المشركين إليه، وفرقةٌ ساقت وراء المشركين يقتلون منهم ويأسرون، وفرقةٌ جمعت المغانم من متفرّقات الأماكن، فادّعى كلّ فريقٍ من هؤلاء أنّه أحقّ بالمغنم من الآخرين؛ لما صنع من الأمر المهمّ. قال ابن إسحاق (٤) : وحدّثني عبد الرحمن بن الحارث وغيره، عن سليمان بن موسى، عن مكحولٍ، عن أبي أُمَامَة الباهليّ، قال: سألت عبادة بن الصّامت عن الأنفال، فقال: فينا أصحابَ بدرٍ نزلت حين اختلفنا في النّفل وساءت فيه أخلاقنا، فنزعه اللَّه من أيدينا، فجعله إلى رسول اللَّه ﷺ ، فقسمه بين المسلمين عن بواءٍ، يقول: على السواء (٥) . وهكذا رواه أحمد (٦) ، عن محمد بن سلمة، عن محمد بن إسحاق به. ومعنى قوله: على السواء. أي: ساوى فيها بين الذين جمعوها، وبين الذين اتّبعوا العدوّ، وبين
(١) في الأصل: "أكمها". وفي م: "بالها". (٢) هكذا في (أ) وترمرم: حَرَّك فاه للكلام ولم يتكلم. وفي (ط) "ولا تزمزمت" بزاءين، وكذلك هو عند ابن الأثير في "النهاية" (٢/ ٣١٣)، وقال: الزمزمة: صوت خفي لا يكاد يُفهم. (٣) سقط لفظ الجلالة من (ط). (٤) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (١/ ٦٤٢). (٥) في (أ) و (ط): "عن سواء" وفي "السيرة النبوية" لابن هشام: "على السواء" وهو الصواب وقد أثبتناه عنه، ويؤكد ذلك شرح المؤلف الآتي بعد قليل. (٦) رواه أحمد في "المسند" (٥/ ٣٢٢). وهو حديث حسن لغيره.

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