Il est rapporté :
Lorsque le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) se trouvait le soir du jour de la bataille de Badr, alors que les prisonniers étaient entravés par leurs liens, il veilla tard durant la première partie de la nuit. Ses Compagnons lui dirent : « Pourquoi ne dors-tu pas, ô Messager de Dieu ? » Il répondit : « J’entends le gémissement de mon oncle al-‘Abbâs dans ses entraves. » Ils le libérèrent alors de ses liens ; il se tut et le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) put s’endormir.
Ibn Ishâq (1) a dit : Al-‘Abbâs était un homme aisé et se racheta pour cent onces d’or. J’ajoute (Ibn Hajar) : Ces cent onces concernaient sa propre rançon, ainsi que celle des deux fils de ses frères, ‘Aqîl et Nawfal, et celle de son allié, ‘Utba ibn ‘Amr, l’un des Banû al-Hârith ibn Fihr, comme le lui avait ordonné le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) lorsqu’il prétendit qu’il s’était déjà converti. Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) lui dit alors : « En apparence, tu étais contre nous, mais Dieu sait mieux si tu étais musulman, et Il te récompensera. » Al-‘Abbâs prétendit qu’il n’avait pas de biens. Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) reprit : « Où est donc l’argent que tu as enterré avec Umm al-Fadl, lorsque tu lui as dit : “Si je venais à être touché lors de mon voyage, ceci sera pour mes fils al-Fadl, ‘Abd Allâh et Qutham” ? » Al-‘Abbâs répondit : « Par Dieu, je sais que tu es réellement le Messager de Dieu, car nul autre que moi et Umm al-Fadl n’était au courant de cela. » Ce récit fut transmis par Ibn Ishâq, d’après Ibn Abî Najîh, d’après ‘Atâ’, d’après Ibn ‘Abbâs (2).
Il est confirmé dans le “Sahîh d’al-Bukhârî” (3), selon Mûsâ ibn ‘Uqba, qu’al-Zuhrî raconta d’après Anas ibn Mâlik : des hommes parmi les Ançâr demandèrent au Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) : « Permets-nous de renoncer au rachat de notre neveu al-‘Abbâs. » Il répondit : « Non, par Dieu, vous n’en abandonnerez pas un seul dirham ! »
Selon al-Bukhârî (4), Ibrâhîm ibn Tuhmân transmit, d’après ‘Abd al-‘Azîz ibn Suhayb, d’après Anas (qu’Allâh l’agrée), que le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) reçut un jour un trésor venu de Bahreïn. Il dit alors : « Dispersez-le dans la mosquée. » Ce fut la somme la plus importante qui soit parvenue au Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui). Puis al-‘Abbâs se présenta et dit : « Ô Messager de Dieu, donne-moi quelque chose : j’ai payé ma propre rançon ainsi que celle de ‘Aqîl. » Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) lui répondit : « Prends. » Al-‘Abbâs en ramassa dans son vêtement puis tenta de l’emporter, sans y parvenir. Il dit : « Ordonne à quelqu’un de m’aider. » – « Non », répondit le Prophète. – « Alors toi, aide-moi », reprit-il. – « Non », répliqua le Prophète. Al-‘Abbâs en laissa alors tomber un peu, voulut le soulever de nouveau mais n’y parvint pas. Il demanda encore qu’on l’aide, et le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) refusa de nouveau. Al-‘Abbâs en retira encore et finit par emporter le reste sur son épaule, puis partit. Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) le regarda s’éloigner jusqu’à ce qu’il disparaisse à ses yeux, étonné de son empressement. Le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) ne laissa pas un seul dirham de ce trésor.
Al-Bayhaqî (5) rapporte : al-Hâkim nous informa, al-Aṣamm nous informa d’après Aḥmad ibn ‘Abd al-Jabbâr, d’après Yûnus, d’après Asbâṭ ibn Naṣr, d’après Ismâ‘îl ibn ‘Abd al-Raḥmân as-Suddî, que la rançon d’al-‘Abbâs et des deux fils de ses frères, ‘Aqîl ibn Abî Tâlib et Nawfal ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muṭṭalib, était de quatre cents dinars par homme. Dieu menaça ensuite les autres en disant : « Et s’ils cherchent à te trahir, ils ont déjà trahi Dieu auparavant ; Il a donc donné à tes mains le pouvoir sur eux. Et Dieu est Omniscient et Sage » [al-Anfâl : 71].