Ibn Ishaq (1) rapporte : « Il (Muʿawwidh) vécut ensuite jusqu’à l’époque de ʿUthmân. Plus tard, il passa auprès d’Abû Jahl, qui gisait à terre, grièvement blessé (2). Il le frappa jusqu’à l’achever, puis le laissa alors qu’il respirait encore faiblement. Muʿawwidh poursuivit le combat jusqu’à ce qu’il fût tué. Par la suite, ʿAbdullâh ibn Masʿûd passa près d’Abû Jahl, après que le Messager de Dieu (ﷺ) eut ordonné de le rechercher parmi les morts. Selon ce qui m’a été rapporté, le Messager de Dieu (ﷺ) leur avait dit : “Si jamais vous ne le reconnaissez pas facilement parmi les tués, cherchez la marque d’une blessure à son genou. Un jour, alors que nous n’étions encore que des enfants, nous nous disputions une place à la table de ʿAbdullâh ibn Judʿân. Comme j’étais un peu plus vigoureux que lui, je le bousculai : il tomba sur ses deux genoux, l’un d’eux fut écorché, et la trace de cette blessure ne l’a jamais quitté.” »
Ibn Masʿûd poursuit : « Je l’ai donc retrouvé à l’agonie, je l’ai reconnu et j’ai posé mon pied sur son cou (il m’avait autrefois rudoyé (3) à La Mecque et m’avait frappé). Puis je lui ai dit : “Dieu t’a-t-Il donc humilié, ô ennemi de Dieu ?” Il me répondit : “En quoi m’aurait-Il humilié ? Pour avoir porté un coup fatal à un homme que vous avez tué ? Dis-moi plutôt qui l’a emporté aujourd’hui ?” Je lui répondis : “C’est Dieu et Son Messager.” Ibn Masʿûd ajoute : “D’après certains hommes de Banû Makhzûm, il m’aurait alors dit : ‘Voilà donc que tu es monté bien haut, toi le petit berger !’ Ensuite, je lui ai tranché la tête et je l’ai apportée au Messager de Dieu (ﷺ). Je lui dis : ‘Ô Messager de Dieu, voici la tête de l’ennemi de Dieu.’ Il me demanda : ‘Par Dieu, Celui en dehors duquel il n’est point de divinité ?’ — c’était là le serment du Messager de Dieu (ﷺ). Je répondis : ‘Oui, par Dieu, en dehors duquel il n’est point de divinité.’ Puis je déposai sa tête devant le Messager de Dieu (ﷺ), qui loua Dieu.” C’est ainsi que l’a rapporté Ibn Ishâq (qu’Allâh lui fasse miséricorde).
Ce récit est également établi dans les deux Recueils authentiques (4), selon la chaîne de transmission de Yûsuf ibn Yaʿqûb ibn al-Mâjishûn, d’après Sâliḥ ibn Ibrâhîm ibn ʿAbd al-Raḥmân ibn ʿAwf, d’après son père, où ʿAbd al-Raḥmân ibn ʿAwf raconte : « Le jour de Badr, alors que j’étais debout dans le rang, je regardai à ma droite et à ma gauche et me trouvai entre deux jeunes des Anṣâr, tout juste sortis de l’adolescence. J’aurais préféré être auprès de personnes plus robustes. L’un d’eux me donna alors un coup de coude et me dit : “Mon oncle, connais-tu Abû Jahl ?” Je répondis : “Oui. Mais pourquoi ?” Il dit : “On m’a dit qu’il insulte le Messager de Dieu (ﷺ). Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, si je le vois, je ne le quitterai pas tant que l’un de nous ne sera pas mort.” Je fus surpris, puis l’autre me dit la même chose. Peu après, j’aperçus Abû Jahl qui se déplaçait parmi les rangs. Je leur dis : ‘Le voilà, c’est celui que vous cherchez.’ Ils se jetèrent alors sur lui avec leurs sabres et le frappèrent jusqu’à le tuer. Ils revinrent ensuite vers le Prophète (ﷺ) pour l’informer. Il leur dit : ‘Lequel de vous l’a tué ?’ Chacun répondit : ‘C’est moi qui l’ai tué.’ Il demanda : ‘Avez-vous essuyé vos sabres ?’ Ils dirent : ‘Non.’ Le Prophète (ﷺ) examina les deux lames et s’exclama : ‘C’est vous deux qui l’avez tué.’ Puis il attribua son butin de guerre à Muʿâdh ibn ʿAmr ibn al-Jamûḥ. Quant à l’autre jeune, c’était Muʿâdh ibn ʿAfra.” »